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ECONOMIE

Carburants: Le gouvernement envisage de revenir au plafonnement des prix

Depuis la présentation du rapport de la commission parlementaire sur les hydrocarbures mardi 15 mai, la question du changement du mode de détermination des prix des carburants revient avec insistance. Des sources de haut niveau au gouvernement assurent que ce dernier souhaite revenir au plafonnement des prix. Une décision aux implications importantes tant pour les pétroliers que pour l'Exécutif.

Carburants: Le gouvernement envisage de revenir au plafonnement des prix
Souhail Nhaili
Le 17 mai 2018 à 13h50 | Modifié 11 avril 2021 à 2h46

Le PJD a clairement demandé un retour au plafonnement des prix.

Son président de groupe parlementaire, Driss Azami Idrissi, l’a affirmé lors de la réunion de présentation du rapport de la commission d'information parlementaire, le mardi 15 mai: l'Etat doit intervenir en fixant un plafond des prix, système qui prévalait jusqu'au 30 novembre 2015. A l'époque, une formule était appliquée, tenant compte de la parité Dirham/Dollar et des cours du brut. Les prix changeaient tous les 15 jours.

Par la suite, le secrétariat général du PJD a publié un communiqué où il "invite le gouvernement à réagir rapidement aux conclusions du rapport de la commission parlementaire, particulièrement en ce qui concerne le plafonnement des marges des sociétés pétrolières pour la préservation du pouvoir d’achat des citoyens".

Jeudi 17 mai, au cours du conseil de gouvernement, Saâdeddine Elotmani a annoncé que le gouvernement étudie des mesures pour régler définitivement la question des prix du carburants, "d'une manière conforme aux aspirations des citoyens". Il a ajouté qu'il a reçu les conclusions du rapport et qu'il attend de recevoir officiellement le rapport après la séance plénière qui lui aura été consacrée.

>>Lire aussi: Parlement. Rapport sur les hydrocarbures: le PJD demande un retour aux prix plafonnés

Selon des sources de haut niveau au sein du gouvernement, ce dernier envisage de revenir à l’ancienne formule de plafonnement des prix. D’ailleurs, Lahcen Daoudi, ministre délégué chargé des affaires générales et de la gouvernance, a affirmé lors de la présentation du rapport que: "Nous avons fait un benchmark avec le modèle belge. Nous y travaillons au ministère. La semaine prochaine, un draft sera prêt". Autrement dit, ça se précise pour le plafonnement des prix, car le modèle belge repose sur l’intervention du gouvernement dans la fixation des prix maximum.

Notons que l’idée de revenir à l’administration des prix des carburants germe au sein du gouvernement depuis plusieurs mois. En janvier dernier, Aziz Rabbah, ministre de l’Energie, avait déclaré à notre confrère Telquel, alors que la commission parlementaire venait d’entamer son travail, que la question de la régulation des prix s’impose.

«Aujourd’hui, le cours du baril de pétrole est à 60 dollars. Si demain nous sommes à 100 dollars ou même si on revient à 20 dollars, qu’adviendra-t-il ? A la baisse comme à la hausse, il y a un système à revoir (…)», avait-il déclaré.

Le gouvernement et les pétroliers se rejettent la balle

Mais le retour à des prix plafonnés n’est pas une chose aisée. D’abord, il faudra déterminer les responsabilités dans l’évolution des prix depuis leur libération.

Pour Driss Azami Idrissi, ce sont les pétroliers qu’il faut blâmer. "Le secteur des hydrocarbures n'a pas été au rendez-vous de la libéralisation. Alors que la libéralisation était destinée à émanciper les acteurs du secteur, leur permettre d'évoluer dans un marché concurrentiel où ils préservent le pouvoir d'achat des citoyens", a-t-il dit lors de la présentation du rapport sur les hydrocarbures.

Mais pour plusieurs autres députés, c’est le gouvernement (Abdelilah Benkirane et Mohamed Louafa) qui a libéré les prix sans prendre les mesures d’accompagnement nécessaires, notamment en matière de contrôle des prix.

Toujours dans le cadre de l’interview accordée à notre confrère Telquel, Aziz Rebbah avait expliqué qu’au départ, "il y avait deux doctrines. La première est celle prônant la décompensation avec la libéralisation et un conseil de la concurrence fort. La seconde disant que même avec la décompensation, il se doit de maintenir un système de régulation des prix. En d’autres termes, il s'agit de permettre aux opérateurs de gagner, mais jusqu’à un certain niveau. Cette théorie est défendue par ceux qui pensent que lorsqu’il s’agit d’un produit essentiel, stratégique, un des moteurs de l’économie, il faut qu’il y ait des garde-fous et une régulation. Toute la question est de savoir quel est le meilleur des deux schémas pour notre pays".

De leur côté, les pétroliers justifient les différences de prix et de marges (0,50 à 1 DH par rapport à l’ancienne formule), par la structure des prix appliquée dans la formule du ministère et qui remonte à 1997. Pour eux, l'apparition d'un différentiel est naturelle dans un marché qui vient d'être libéré mais ce différentiel s'est réduit au fil des mois et ne représente actuellement que 7% du prix de vente global. Selon eux, il faut tenir compte des surcoûts occasionnés par les investissements lancés pour augmenter les capacités de stockage et améliorer la qualité du produit, mais également de l'inflation qui est de 1 à 3% par an. Ils soulignent par ailleurs, l'importance des coûts d'assurance sur le prix des hydrocarbures et de la couverture du risque de change.

Contacté par Médias24, le président du Groupement des pétroliers du Maroc n’a pas donné suite à notre demande.

Un risque pour l'Exécutif

S’il revient au système d’administration des prix, le gouvernement sera le seul responsable devant les consommateurs en cas d’envolée de leur niveau. Situation qu’il veut éviter. Solution ? Compenser les prix à partir d’un certain niveau ? Souscrire une couverture internationale contre l’évolution du cours du baril ? L’avenir nous le dira.

>>Lire aussi:

Carburants: ce que dit le rapport de la commission parlementaire

Carburant: les principaux chiffres du rapport parlementaire 

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Souhail Nhaili
Le 17 mai 2018 à 13h50

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