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L'agriculture africaine menacée d'hécatombe à cause d'une chenille

Dans les grandes exploitations agricoles comme dans les plus petites parcelles d'Afrique se joue une guerre silencieuse, imposée par une petite chenille qui a su en deux ans conquérir le continent et menace la sécurité alimentaire de ses habitants.  

L'agriculture africaine menacée d'hécatombe à cause d'une chenille
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Le 3 mai 2018 à 10h45 | Modifié 3 mai 2018 à 10h45

La chenille légionnaire d'automne ("Fall army worm" en anglais) a désormais colonisé les trois-quarts du continent et s'attaque à l'une de ses ressources stratégiques, la culture du maïs dont dépendent plus de 200 millions de petits fermiers et leurs proches, selon le Centre international pour l'agriculture et les biosciences (CABI).

Officiellement détectée pour la première fois en Afrique de l'Ouest en 2016, la chenille beige et marron a débarqué vraisemblablement à bord de cargaisons en provenance d'Amérique du Sud, par mer ou par avion.

"Depuis, elle s'est rapidement propagée à travers le continent. Elle fait des ravages dans plus de 40 pays en Afrique", explique Boddupalli Prasanna, directeur du programme maïs pour le Centre international d'amélioration du maïs et du blé (CYMMYT).

La chenille légionnaire, à l'état de larve ou de chenille, est une véritable machine à détruire: elle se niche dans la végétation entourant l'épi et s'y attaque méthodiquement, comme en attestent dans les parcelles affectées les feuilles déchiquetées et des épis en partie dévorés.

"Ce fut une attaque-éclair et sans merci. En très peu de temps, de larges portions de terres cultivées ont été mangées", se rappelle Wycliffe Ngoda, un fermier de 64 ans des environs de Kisumu (ouest du Kenya), en parlant de sa principale récolte de 2017.

Résultat: "J'ai perdu 50% de ma récolte. D'autres jusqu'à 70%", explique le cultivateur.

100 kilomètres en une nuit

Le cycle de vie de la "Spodoptera frugiperda" est certes relativement court - environ un mois et demi - mais la chenille légionnaire se transforme pour ses deux dernières semaines en papillon: aux chenilles fantassins font place les divisions aéroportées, capables de parcourir 100 kilomètres en une seule nuit.

Chaque femelle peut pondre entre 1.000 et 1.500 oeufs, assurant une croissance exponentielle à cette armée dotée d'une remarquable capacité d'adaptation.

Si le maïs est sa cible prioritaire, la chenille s'attaque sans problème à environ 80 cultures différentes. Ainsi, une des mesures de prophylaxie suggérée au Kenya et consistant à sauter une des deux saisons de culture de maïs par an n'a pas eu les effets escomptés: la chenille s'est rabattue sur les bananiers, les plans de millet, de sorgho etc.

Une caractéristique très préoccupante dans un continent théâtre de sécheresses à répétition et où millet comme sorgho, qui nécessitent moins d'eau, sont régulièrement mis en avant pour parer aux crises alimentaires ou en atténuer les conséquences dramatiques.

L'invasion de la chenille légionnaire a pris tout le monde de court, au Kenya comme dans nombre de pays du continent.

Dans un premier temps, elle a été confondue avec une chenille locale, l'Africa Army Worm, beaucoup moins vorace et plus facile à contenir.

Une fois correctement identifiée, c'est au "doigt mouillé" que M. Ngoda et ses voisins ont mis en place leurs tentatives de riposte.

Armée d'occupation

"Certains utilisent des détergents domestiques, et d'ailleurs ils nous disent qu'ils ont des résultats, d'autres de la cendre (qu'ils épandent sur les épis) - ça a marché pour certains - et il y a des cultivateurs qui mettent de la terre (dans les trous creusés par les chenilles) pour les asphyxier", résume Brigid Cheloti, du département agricole du comté de Vihiga (ouest).

Le secteur des pesticides n'est pas en reste mais il lui a fallu d'abord identifier, grâce à l'expérience de pays d'Amérique latine, quelles molécules étaient efficaces et déjà accessibles sur le marché kényan, explique Patrick Amuyunzu, de l'Association kényane pour les produits agrochimiques (AAK).

Mais la chenille légionnaire développe une résistance à l'utilisation prolongée d'un même pesticide et il faut donc en changer régulièrement pour obtenir des résultats.

De plus, le recours aux pesticides se heurte à la réticence de cultivateurs kényans qui n'en n'ont jamais utilisé pour le maïs et dont certains craignent les conséquences pour l'environnement.

La science n'est pas en reste, qui développe et teste des variétés de maïs génétiquement modifiées. Mais leur utilisation demeure sujette à controverse: en l'état, l'Afrique du Sud est le seul pays africain à autoriser la commercialisation de semences de maïs génétiquement modifié (maïs BT).

Les prochains mois permettront de savoir si les campagnes de sensibilisation, les conseils prodigués - cultures alternées, ensemencements précoces etc - auront permis de limiter les dégâts dans les champs.

Une chose est sûre pour les spécialistes, la "Fall Army Worm" est désormais installée sur le continent et elle va y rester.

Faute de solution miracle pour l'éradiquer, les chercheurs du CYMMYT préconisent aussi l'adoption de meilleures pratiques agronomiques pour augmenter les rendements et compenser ainsi les pertes occasionnées par la "chenille légionnaire d'automne".

(Avec AFP)

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Le 3 mai 2018 à 10h45

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