Irrigation: Les ressources hydriques non conventionnelles deviennent indispensables
La construction de la station de dessalement de Chtouka Ait Baha débutera dans quelques semaines, tandis que l’appel d’offres pour la station de Dakhla sera clôturé en juin 2018 – pour un démarrage des travaux début 2019, apprend Médias24 auprès de la Direction de l’Irrigation relevant du ministère de l’Agriculture. A l’occasion des 10 années du Plan Maroc Vert, une série d’articles Médias24 permettra à nos lecteurs de mieux appréhender les différentes facettes de l’agriculture marocaine, à quelques jours du SIAM 2018.
Le recours aux ressources non conventionnelles occupe une place croissante dans la stratégie ‘Irrigation’ du PMV, et pour cause: ‘’Le Maroc connaît un déficit en énergie et en eau. Les apports hydriques ont même diminué de 30% au cours des 20 dernières années,’’ souligne Ahmed El Bouari, directeur de l’Irrigation et de l’Aménagement de l’espace agricole au ministère de l’Agriculture.
C’est dans ce contexte que l’un des 3 axes de la stratégie ‘Irrigation’ du Plan Maroc Vert porte sur le recours aux ressources hydriques non conventionnelles afin de répondre aux besoins croissants en irrigation – notamment à travers la promotion des partenariats public-privé. Les deux autres axes visent l’extension des surfaces irriguées et le développement de l’irrigation localisée (goutte à goutte).
Le dessalement pour éviter un désastre économique à Souss-Massa
C’est ainsi que la région de Souss-Massa verra, dans quelques semaines, le démarrage des travaux de la plus grande station de dessalement d’eau de mer au monde. D’une capacité de 400.000 m3/jour, la moitié de sa production alimentera le Grand Agadir en eau potable, l'autre moitié servira à l’irrigation des cultures.
L’opérateur en charge de la construction de la station de dessalement de Chtouka, l’Espagnol Abengoa, couvrira également l’ensemble de la chaîne de valeur: construction d’un réseau d’irrigation, production et distribution d’eau dessalée.
Nécessitant un budget de près de 2,5 MM DH, ce projet est également le fruit d’un partenariat public-privé novateur, agriculteurs et investisseurs agricoles ayant contribué au financement de la station, faisant preuve d’un engouement qui a permis de clôturer les souscriptions dans un délai de 3 mois, au lieu des 6 mois initialement prévus. Quant aux tarifs, le mètre-cube d’eau dessalée sera facturé autour de 5 DH aux agriculteurs.
Cette station de dessalement d’eau de mer arrive à point nommé dans une région fortement exposée au stress hydrique, avec très peu de ressources superficielles. Alors que l’accroissement démographique et l’agriculture intensive – la région assurant 90% des exportations nationales de tomates, poussent à surexploiter la nappe phréatique en y puisant chaque année 60 M de mètres-cube, l’eau des nappes étant par essence une ressource non renouvelable.
Mais il y a pire… ‘’Compte tenu de la surexploitation des nappes et de la proximité du littoral, les experts du ministère ont détecté le début d’infiltrations d’eau de mer dans la nappe phréatique. Ce qui est très dangereux car cela menace la nappe dans son intégralité’’ avertit Ahmed El Bouari, qui nous assure d’une forte mobilisation gouvernementale pour éviter un désastre écologique, mais aussi le naufrage économique de toute une région. ‘’ L’agriculture assure environ 100.000 emplois permanents et des milliards de DH d’investissements, qui risquent de disparaître… Sans oublier la valeur ajoutée agricole de la région, qui est de quelque 9 MM DH par an. C’est toute l’économie régionale, et même nationale qui est menacée’’.
Dakhla: l’éolien pour dessaler l’eau de mer
Un projet quasi-similaire de dessalement d’eau de mer sera opérationnel à Dakhla en 2021. Dotée d’une capacité de 100.000 m3/jr et nécessitant un investissement de 1 MM DH, l’appel d’offres de cette station sera clôturé dès juin 2018. L’opérateur retenu conclura le contrat à la fin de l’année, pour un démarrage des travaux début 2019.
L’implantation de cette station à Dakhla vise à préserver les nappes phréatiques des provinces du Sud, mais aussi à bénéficier du caractère ‘précoce’ de l’agriculture dans cette région – les cultures arrivant à maturité 2 à 3 semaines avant celles de Souss-Massa, par exemple.
‘’La station de Dakhla a pour finalité l’irrigation de cultures à forte valeur ajoutée, dans un périmètre de 5000 ha. C’est une première mondiale car ce sera la pionnière en matière de recours à l’énergie éolienne, pour le dessalement d’eau de mer’’ précise le directeur de l’Irrigation.
Les éoliennes permettront notamment de réduire le prix de revient du mètre-cube d’eau dessalée, qui sera moins cher comparé à l’eau produite par la station de Chtouka. L’Etat est également à créditer. Si le montage des deux projets répond à une logique de partenariat public-privé, l’Etat intervient fortement en tant que régulateur sur le projet de Dakhla.
En effet, et contrairement à la station de Chtouka où Abengoa gère seul l’ensemble de la chaîne de valeur, la station de dessalement de Dakhla sera pilotée par un premier opérateur qui verra sa production d’eau dessalée sécurisée via des contrats garantis par l’Etat. Ce dernier confiera les volumes acquis à un 2nd opérateur, exclusivement en charge de la distribution.
Des stations de dessalement tout au long des côtes marocaines?
L’évolution des technologies de dessalement, couplées aux énergies renouvelables, rend le mètre-cube d’eau dessalée de plus en plus compétitif, pouvant atteindre 4 DH le mètre-cube en fonction des optimisations énergétiques retenues. Ce qui pousse actuellement les cadres du ministère de l’Agriculture à mener une réflexion en ce sens, portant sur la multiplication de stations de dessalement tout au long des 3.500 km de côtes marocaines.
Cela permettrait non seulement d’alléger la pression exercée sur les ressources conventionnelles, mais aussi d’assurer l’approvisionnement en eau d’irrigation ainsi qu’en eau potable, la quasi-totalité des grandes villes du Royaume, étant toutes situées à proximité du littoral.
‘’Le dessalement d’eau de mer présente l’avantage de sécuriser l’approvisionnement en eau et de s’affranchir des aléas climatiques. Une station de dessalement est aussi plus rentable qu’un barrage, dont les taux de remplissage fluctuent en fonction des précipitations’’ souligne Ahmed El Bouari.
Verrons-nous un jour des stations de dessalement éclore dans chaque ville côtière? Ce modèle d’approvisionnement a en tout cas fait ses preuves sous d’autres cieux. L’ile de Malte tire en effet 100% de son eau potable du dessalement d’eau de mer, les ressources superficielles étant exclusivement dédiées à l’irrigation des surfaces agricoles.
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