Energie et digital : les innovations qui peuvent intéresser le Maroc
[Envoyé spécial]. Schneider Electric a organisé le ‘Paris Innovation Summit’ les 5 et 6 avril derniers dans la capitale française. Parmi les innovations technologiques exposées, certaines présentent un intérêt certain et immédiat pour le Maroc, notamment en matière de performance industrielle et de production décentralisée d’énergie.
"Nous sommes les pionniers de la convergence de l’énergie et du digital, ce dernier segment représentant 45% du chiffre d’affaires du groupe", souligne Jean-Pascal Tricoire, président du directoire de Schneider Electricn l’un des leaders mondiaux de la gestion de l’énergie et des automatismes.
Sur plus de 12.000 m², cette grand-messe technologique a concentré en un seul lieu une multitude d’innovations, qui façonnent d’ores et déjà l’avenir de la gestion énergétique. L’intérêt pour les solutions proposées par Schneider Electric s’est d’ailleurs traduit par une forte affluence, avec des visiteurs issus des 4 coins du globe.
L’Afrique était présente et bien visible, avec des délégations venues de Tunisie, d’Egypte et de pays subsahariens. On regrette toutefois la quasi-absence de délégation marocaine, à l’exception -selon les organisateurs- de quelques représentants de l’agro-alimentaire, de l’ONEE et de la Lydec. Pourtant, certaines solutions technologiques présentent un réel intérêt économique, notamment à la lumière des stratégies sectorielles déployées au sein du Royaume dans les secteurs de l’industrie et de l’énergie.
Gestion optimisée et prédictive des unités industrielles
Optimisation du rendement industriel, recueil d’indicateurs de performance, monitoring prédictif… La star du Paris Innovation Summit était sans aucun doute "EcoStruxure".
Définie comme un écosystème digital complet, cette plateforme octroie la capacité à gérer et optimiser, sur tout type d’installation, quatre axes industriels majeurs: design et ingénierie, construction de l’installation, opérationnalisation et gestion optimale des ressources, management de la performance et maintenance prédictive.
La gestion en temps réel de la production s’opère grâce à une série de capteurs, qui transmettent les données collectées à une ‘couche’ software. Dans un premier temps, cela permet à un directeur d’exploitation de disposer en temps réel d’un ensemble d’indicateurs: consommation énergétique, productivité, rendement,… et ce aussi bien pour l’usine en sa globalité que pour une unique ligne de production - voire pour une seule machine.
Ce système est supervisé par un programme analytique, qui vient consolider l’ensemble des données collectées et permet de disposer d’informations prédictives, à même d’optimiser le pilotage en temps réel d’une installation industrielle. La dimension analytique d’EcoStruxure permettant de générer automatiquement différents tableaux de bord qui se révèlent d’un grand apport en matière de management industriel, à travers notamment une meilleure adéquation entre ressources énergétiques et production, ainsi que par l’anticipation des arrêts – surtout les coûts que cela implique- grâce à la maintenance prédictive.
On pourrait croire que seules de grandes unités industrielles sont en mesure de profiter de ces atouts. Sauf que les équipes de Schneider ont conçu EcoStruxure de manière à pouvoir l’adapter à toute unité, quelle que soit sa taille. "On pourrait même l’implémenter dans une boulangerie, avec des résultats plus que probants", affirme le PDG du groupe.
Cerise sur le gâteau, la domotique, le cloud computing et la cyber-sécurité confèrent à un directeur d’entreprise la capacité de superviser et de gérer en temps réel son installation industrielle, en se connectant simplement sur son smartphone.
"Micro-grids", l’avenir de la production énergétique?
Dans l’une de ses variantes, EcoStruxure assure la gestion d’un réseau de production énergétique, notamment les ‘micro-grids’, ces réseaux de production décentralisée d’électricité moyenne et basse tension.
Un créneau plus que porteur, sur lequel le Maroc s’est positionné depuis l’adoption des lois 13-09 et 58-15 -qui autorisent la production et la consommation d’électricité d’origine renouvelable par des producteurs publics et privés et donne la possibilité de réinjecter l’excédent énergétique dans le réseau de l’ONEE.
"La production décentralisée d’électricité, de source renouvelable, offre une compétitivité très intéressante. Quand on compare son ‘Levelized cost of energy’ -qui représente le coût amorti d’une installation de production électrique sur toute sa durée de vie-, ce ratio dépasse de loin les niveaux d’installations conventionnelles’’, précise Jean-Yves Bodin, Directeur marketing du groupe Schneider Electric – réseau EcoStruxure.
A l’international, on constate actuellement l’émergence de larges réseaux de production décentralisée, principalement en Australie, en Angleterre et dans certains pays des USA – notamment Hawaï qui atteindra ainsi un objectif de 100% d’énergie propre dès 2025.
Des expériences pionnières riches en enseignements.
On réalise en premier lieu que le réseau électrique conventionnel n’est pas conçu pour gérer des flux d’énergies multidirectionnels. L’adapter nécessite donc l’installation d’instrumentation automatisée et d’une multitude de capteurs, afin de maîtriser et réguler l’impact des fluctuations de tension.
"C’est à l’opérateur historique de mener à bien cette transformation et de réussir sa révolution numérique. De toutes façons, cette mutation est inévitable, surtout compte tenu de l’évolution des modèles de consommation énergétique ainsi que de l’essor du marché des véhicules électriques. Les bornes de recharge rapide ayant des ‘besoins’ nécessitant de sur-dimensionner le réseau électrique,’’ avertit Bodin.
Définie comme l’un des principaux piliers de l’avenir énergétique, la production décentralisée d’électricité confère un gain de flexibilité, mais aussi de compétitivité grâce une réduction sensible de la facture énergétique. ‘’Le micro-grid est un choix encore plus pertinent pour les pays émergents comme le Maroc, où le solaire représente une source d’énergie très économique. C’est également le moyen de migrer vers un modèle énergétique beaucoup plus indépendant, avec des enjeux économiques et stratégiques extrêmement forts’’ souligne Jean-Yves Bodin.
Ne reste donc plus qu’à espérer une réelle prise de conscience des officiels du secteur – notamment à travers la pleine opérationnalisation de la loi 13-09, ce qui permettra de saisir cette opportunité et de réellement positionner le Maroc sur la voie de la transition énergétique. La simple construction de centrales solaires et éoliennes étant insuffisante en l’absence d’infrastructures à même de tirer pleinement profit du potentiel de cette énergie propre, aujourd’hui comme demain…
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