Pour Meryem Demnati, l’officialisation de Yennayer est légitime et urgente
ENTRETIEN. Le 12 janvier de chaque année, tous les Amazighs d’Afrique du Nord fêtent le jour du nouvel an berbère. Cette année, de nombreux Amazighs souhaient voir officialiser Yennayer en le consacrant journée chômée et payée. Qu'en est-il du Maroc ?
Comme chaque année, les Amazighs du Maroc et d’ailleurs se souhaiteront dans quelques jours ‘Asgwas Ambarki’ à l'occasion de Yennayer 2968. De belles images de félicitations seront partagées ici et là sur les réseaux sociaux, non seulement par la communauté amazighe mais aussi par des célébrités et des personnalités publiques. Sauf que cette célébration n’est toujours pas officielle au Maroc.
Meryem Demnati qui est l'une des militantes pour la cause amazighe, nous livre sa pensée sur le sujet.
- Médias24. Que représente ce jour pour les Amazighs ?
- Meryem Demnati: Ce jour fait partie de notre culture ancestrale, cela fait des siècles que nous fêtons le nouvel an amazigh. Cette célébration fait partie de notre identité, de notre culture et de notre civilisation, non seulement pour le Maroc mais aussi pour toute l’Afrique du Nord.
- Que signifierait l’officialisation de ce jour pour les Amazighs ?
- Une véritable reconnaissance et une concrétisation de l’amazighité officielle. Et ce n’est pas seulement l’officialisation du jour de l’an qui fera cette reconnaissance, mais aussi celle de la langue amazighe qui n’est toujours pas réellement officielle puisque la loi organique n’a pas encore été votée au parlement.
Tamazight est toujours dans l'état où elle était avant son ‘officialisation’. Rien n’a changé pour le moment, pourtant c’est l’une des composantes de l’identité amazighe et nationale. Quand on reconnaît la culture, l’identité et la langue amazighes en tant « qu’officielles », il faut reconnaitre le Tout, l’Ensemble.

- Qu’est ce qui retarde, à votre avis, l’Etat marocain à officialiser le jour de l’an amazigh au Maroc ?
- La question est plutôt : qu’est ce qui retarde le parlement à officialiser les Amazighs. Je me demande s’il y a une véritable volonté politique. C’est en 2011 que la langue amazighe est reconnue officiellement dans la Constitution, mais il ne suffit pas de le dire, il faut aussi le concrétiser.
Nous sommes aujourd’hui en 2018 et il n’y a aucune avancée, alors on commence à se poser des questions : Est-ce que cette langue est bien officielle ? Est-ce que l’identité amazighe est réellement reconnue ?
« Ils » vont donc, apparemment, à l’encontre de la Constitution, alors que le gouvernement même est élu grâce à cette dernière. Nous nous inquiétons de plus en plus de savoir qu’il y a des gens qui remettent en cause l’amazighité alors qu’elle est constitutionnellement reconnue.
- Quel a donc été le bilan 2017 en amazighité ?
- C’est un désastre. L’enseignement fonctionnait beaucoup mieux quand la langue amazighe n’était pas officielle. Aujourd’hui, c’est une langue marginalisée, non seulement dans l’enseignement mais aussi dans les médias.
L’introduction de la langue amazighe dans les institutions publiques est nulle. On nous donne toujours la même réponse : On attend la loi organique. Cette dernière aurait dû être votée juste après la Constitution et non des années après.
En tout cas, j’ai l’impression que pour « eux », le mot « officialisation » n’a pas le même sens que celui que nous lui donnons. Officialisation veut dire que l’Etat doit prendre en charge cette langue, et il est également du devoir de l’Etat de la mettre à la disposition de tout le monde. Le citoyen marocain a le droit d’utiliser sa langue dans toutes les institutions, dans les écoles et dans les médias. D’ailleurs, dans plusieurs pays modernes, il y a deux langues officielles et elles sont traitées également. Au Maroc il y a toujours une supériorité de l’arabe par rapport au Tamazight.
- Quel est le lien avec le jour de l'an amazigh ?
- Officialiser le jour de l’an amazigh, c’est reconnaitre l’une des composantes de notre culture. La reconnaissance ne se fait pas seulement à travers la langue mais à travers toute la culture sur laquelle elle est basée. Nous avons toujours fêté le nouvel an amazigh en dehors de l’officialisation, ce devrait être pourtant un jour férié pour permettre à l’ensemble des Amazighs de le fêter dans un cadre institutionnel.
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