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Jerada: voici le cahier revendicatif des protestataires

Aziz Rabbah, ministre de l’Energie et des Mines, devait rencontrer mercredi après-midi à Jerada les représentants de la jeunesse de la ville, aux côtés des délégués syndicaux. Une rencontre en terrain miné, eu égard à l’ampleur de la gronde populaire. Voici les principales revendications des protestataires, étayées par des exemples qui incarnent de manière flagrante le déficit de gouvernance qui ‘mine’ la ville.

Jerada: voici le cahier revendicatif des protestataires

Le 3 janvier 2018 à 17h18

Modifié 11 avril 2021 à 1h24

Aziz Rabbah, ministre de l’Energie et des Mines, devait rencontrer mercredi après-midi à Jerada les représentants de la jeunesse de la ville, aux côtés des délégués syndicaux. Une rencontre en terrain miné, eu égard à l’ampleur de la gronde populaire. Voici les principales revendications des protestataires, étayées par des exemples qui incarnent de manière flagrante le déficit de gouvernance qui ‘mine’ la ville.

Aziz Rabbah a déjà rencontré – la semaine dernière à Rabat, les représentants des principales centrales syndicales. « Nous avons essentiellement suivi un exposé sur l’activité minière et la situation à Jerada. Il n’y a pas vraiment eu d’échanges, juste des discussions normales» nous déclare Abdelkader Zair, SG adjoint de la CDT.

Ce mercredi (3 janvier) en fin d’après-midi, le ministre de l’Energie et des Mines devait se réunir à Jerada avec les délégués syndicaux – accompagnés de représentants des jeunes de la ville.

Les revendications sont nombreuses, et portent principalement sur trois axes:

– Emploi: création d’alternatives économiques dans la province.

– Eau et électricité: les habitants se plaignent de la cherté des factures.

– Reddition des comptes et enquête sur les barons du charbon.

Les doléances portent également sur des projets restés en suspens, ainsi que sur le déplorable état des établissements de santé de la province.

Médias24 a sollicité Abdelilah Laâraj, délégué syndical de la CDT à Jerada, qui fera partie du groupe devant rencontrer le ministre de l’Energie et des Mines.

> Emploi

«La ville est décimée par le chômage, qui sévit surtout parmi les jeunes et les femmes. Le quartier industriel est mort, aucune usine ne fonctionne» déplore le syndicaliste, qui soupçonne des malversations lors de l’octroi des autorisations et terrains relatifs au quartier industriel.

« Des pseudo-investisseurs – dont une majorité de locaux, ont déposé leurs dossiers dans le cadre du programme de développement de l’Oriental, suite aux directives royales. Ces investisseurs ont obtenu les autorisations nécessaires, ainsi que des terrains à prix préférentiel. Certains ont même signé des conventions en présence du Roi en personne. Sans que rien ne soit concrétisé par la suite… ».

Une situation qui a étouffé toute dynamique économique dans la ville, selon notre interlocuteur. Abdelilah Laâraj nous apprend que seules 250 personnes travaillent au sein de la centrale thermique, mais uniquement via des sociétés d’intérim. « Leurs conditions de travail, leur rémunération sont en totale violation du code du travail. C’est pourquoi nous demandons l’intégration de ces employés en tant que personnel de l’ONEE, afin de préserver leurs droits ».

Le syndicaliste fustige également l’absence de formation adéquate: « Jerada abrite l’une des plus importantes centrales thermiques du pays. La logique aurait voulu que soit créé un centre de formation à ces métiers, afin d’offrir aux jeunes de la ville de meilleures opportunités. Or, nous disposons d’un seul et unique centre de formation professionnelle, avec des cursus basiques ».

> Projets en suspens

A notre grand étonnement, Jerada comprendrait plusieurs projets qui – bien que menés à terme, ne sont jamais entrés en service selon le syndicaliste.

– Abattoirs municipaux: construits il y a quelques années, mais inactifs à ce jour. La raison ? « Les responsables sont les membres du conseil municipal, qui fixent des cahiers de charges irréalisables ».

– Marché hebdomadaire de Souk El Had: son aménagement a coûté la bagatelle de 6 M de DH d’après Laâraj. Toutefois, « nous avons été étonnés de voir les murs s’effriter pour s’écrouler petit à petit. Malgré tout l’argent investi, le marché hebdomadaire n’est pas exploité – sauf le jour de la fête du sacrifice. Ce marché a d’ailleurs été abandonné, et les élus comptent en construire un autre ».

-Piscine municipale: opérationnelle, mais toujours fermée depuis sa construction il y a 4 ans. « On refuse de l’ouvrir au public alors que les étés sont très chauds à Jerada. Toujours à cause du conseil municipal et de son cahier des charges irréaliste ». Aux yeux de Laâraj, ce blocage est purement politique. « Quand un élu n’est plus aux commandes, il estime que c’est à lui ou à son entourage de gérer les projets validés sous son mandat, dans une logique de rente. Le rôle des élus est de réfléchir à des solutions qui améliorent le vécu de la population, pas de bloquer des projets déjà existants ».

-Rond-point fontaine: en attente d’être finalisé, ce carrefour a englouti "des sommes colossales" aux dires du syndicaliste. « C’est l’un des projets les plus étranges de la ville. Ce carrefour a déjà bénéficié de deux budgets de plus de 1 M de DH chacun, avant de faire l’objet d’une nouvelle relance assortie d’une enveloppe de 1,79 M de DH, il y a seulement quelques mois ».

 

 

Ces chantiers qui n’en finissent jamais sont monnaie courante à Jerada. Selon le délégué, les autorités locales n’ont jamais vraiment eu le sens des priorités. « A titre d’exemple, rien n’a été fait concernant l’habitat menaçant ruine. Cela conduit à des drames, à l’instar de l’homme qui est décédé après s’être immolé par le feu à Hassi Blal, il y a deux ans à peu près ».

> Reddition des comptes et enquête

Les barons du charbon sont apparus au lendemain de la fermeture de la mine. « Ils exploitent des concessions octroyées par le ministère de tutelle, rachètent le charbon à bas prix pour le revendre au niveau national. Ils exploitent la misère des habitants sans être inquiétés, le plus souvent en raison de leurs accointances politiques ».

> Eau et électricité

Les habitants de Jerada protestent également contre la cherté des factures d’eau et d’électricité, et comptent s’en ouvrir à Aziz Rabbah. Est-ce légitime ? « Jerada abrite l’une des plus grandes centrales thermiques du Maroc. La province dispose, à Ain Bni Mathar, de la plus importante nappe phréatique d’Afrique du Nord. Compte tenu de l’enclavement et de la paupérisation de la ville, il serait normal que des tarifs préférentiels soient appliqués » estime le délégué CDT.

> Santé

Jerada connaît une importante prévalence des allergies et des maladies professionnelles telles que la silicose. Selon les habitants, cela est dû partiellement aux émanations nocives, riches en soufre, de la centrale thermique.

 

L’hôpital de la ville, bien que construit selon les dernières normes, manque cruellement d’équipements et d’offres de soins spécialisés, d’après le syndicaliste.

Par ailleurs, l’établissement se situe dans la commune de Laâouinate, à 4 km de Jerada. « Les taxis ne s’y rendent pas. Les ambulances se déplacent rarement; seuls les pompiers réagissent de temps à autre. Quand un silicosé s’y rend en pleine nuit, il se retrouve souvent bloqué sur place, faute de moyens de transport … ».

Ces exemples, que Abdelilah Laâraj a partagés avec nous, illustrent le déficit de gouvernance qui accable Jerada et ses habitants. On ignore quelle sera la portée de l’intervention de Rabbah dans cette affaire, mais la question qui se pose avec acuité consiste à savoir ce que faisaient les élus depuis toutes ces années, au point de laisser une ville – jadis pionnière, s’embourber dans les marasmes du sous-développement et de la précarité.

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