Mohamed Amahjour: “Oui, le PJD traverse des moments difficiles”
Proche de Abdelilah Benkirane et cadre actif du parti à Tanger et au sein des instances nationales, Mohamed Amahjour exprime au grand jour son opposition à un éventuel changement des statuts du Parti de la justice et du développement.
“Il faut bien comprendre“, et Amahjour le répétera à plusieurs reprises au cours de notre entretien téléphonique, “que mon opposition à la décision de la commission des procédures du PJD de proposer un changement des statuts du parti pour permettre à Benkirane d’effectuer un troisième mandat est d’abord une opposition sur la méthode“.
Le 16 octobre dernier, Amahjour a publié un post, très commenté, à ce sujet sur son compte Facebook.
Opposé à la méthode
“Depuis le blocage de la formation du gouvernement par Abdelilah Benkirane entre octobre 2016 et avril 2017, constate Amahjour, notre parti n’a pas discuté de la situation politique du parti; nous n’avons pas de boussole“, se désole-t-il.
“Avant, nous avions une vision et des analyses et ce n’est qu’ensuite que se posait le choix des personnes; aujourd’hui, constate Amahjour, nous n’avons pas de lecture concertée, nous n’avons pas d'évaluation collective du présent politique marocain et nous n’avons pas d’éléments pour asseoir et refaçonner notre vision“, précise le premier vice-président du maire de Tanger.
Comme de nombreux militants et cadres du PJD, Amahjour reste déstabilisé par le non-aboutissement de la formation du gouvernement par Benkirane entre octobre 2016 et mars 2017. Il constate “que de nombreux milieux politiques ne pouvaient rien contre la victoire du PJD mais qu’ils ne voulaient pas de Benkirane à la tête du gouvernement pour un second mandat législatif“.
Amahjour analyse qu’après les victoires électorales du PJD en 2015 et en 2016, “une alliance s’est créée contre lui et le succès de la transition démocratique n’était plus prioritaire“. D’où le blocage, la nomination de Saâdeddine Elotmani pour former un gouvernement et le fait que le PJD occupe surtout des strapontins au sein de l’actuelle équipe gouvernementale.
Sur la méthode plus précisément, Amahjour estime que le PJD commet une erreur en faisant l’inverse de ce qu’il faisait avant. “Maintenant, au parti, on dit la solution c’est Benkirane“, indique Amahjour qui ajoute aussitôt: “mais pour faire quoi?“.
“Pire, ajoute-t-il, on agit alors que l’on ne sait pas quel est le problème tout en affirmant détenir la solution?“. “Le PJD passe par des moments difficiles,“ déplore-t-il. Amahjour modère son propos en indiquant également que “si le secrétaire général est élu par le conseil national, il ne décide pas seul“.
“Au lieu de gérer le pays, on gère le PJD“
Pour Amahjour, la crise du PJD est interne mais est aussi le reflet de la crise politique marocaine. “Au lieu de gérer la transition démocratique marocaine, affirme-t-il, on gère depuis les élections de 2015 et de 2016 le PJD. On sait, affirme-t-il, que les négociations ayant précédé la formation du gouvernement actuel avaient pour but de faire échouer Benkirane“.
Amahjour illustre le malaise politique actuel par d’autres signes. “Lorsque je voyageais à l’étranger ou rencontrait des observateurs étrangers avant 2016, la question qu’ils me posaient était de savoir comment vous faites pour conduire un gouvernement de coalition conduit par des islamistes et dirigé de manière consensuelle?“ Après 2016, la question est devenue “qu’est-ce qu’il se passe chez vous?“, indique Amahjour.
“Les autres signes du malaise politique actuel, rappelle Amahjour, se retrouvent dans les récentes sorties du Roi qui a tancé de reproches ministres et hauts fonctionnaires notamment sur la gestion des programmes de développement et du dossier d’Al Hoceima“. “Y a-t-il quelqu’un qui souhaite ou qui avertit de la venue d’un séisme lorsque les choses vont bien?“ interroge Amahjour, faisant référence au discours royal du vendredi 13 octobre.
Le PJD doit élire son futur secrétaire général lors de son congrès national prévu le 9 décembre prochain.
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