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Violences à Al Hoceima, gueule de bois et vide politique

ANALYSE. Les Marocains se réveillent ce mardi avec une forte gueule de bois. Les images et les informations en provenance d’Al Hoceima sont pleines de violence.

Violences à Al Hoceima, gueule de bois et vide politique
Jamal Amiar
Le 27 juin 2017 à 16h53 | Modifié 27 juin 2017 à 16h53

Les médias marocains regorgent ce matin d’informations sur la journée de l’Aid al Fitr à Al Hoceima et dans la province. A l’étranger aussi, à Madrid ou à Bruxelles, les violences du lundi à Al  Hoceima figurent en bonne place dans les médias ce matin. A Amsterdam, la télévision consacre des émissions spéciales au dossier du Rif et à Said Chaou.

Al Hoceima a offert des images de troubles politiques hier lundi: courses-poursuites dans les rues de la ville; jets de pierre contre coups de matraque et gaz lacrymogènes; lances à eau pour disperser les manifestants à Ajdir, quelques visages ensanglantés et beaucoup de coups de pieds et de coups de poings échangés.

Alors que la population d’Al Hoceima attendait un geste de Rabat au niveau de la libération des militants et des manifestants du Hirak à la veille de l’Aid Al Fitr, la réponse de (non) nominations de walis et de nouveaux mots sur des enquêtes administratives à mener n’ont pas dissuadé les populations d’Al Hoceima, d’Imzouren, d’Ajdir et d’El Aroui de sortir dans la rue comme cela était annoncé depuis plus d’une semaine.

L’Aid, jour de fête, était devenu “jour de deuil“ pour beaucoup de familles d’Al Hoceima et d’Imzouren.

Vers le malentendu total?

Tout comme l’administration semble avoir du mal à saisir la frustration et le ressentiment des populations du Rif depuis 30 ou 40 ans, elle a semblé avoir du mal à saisir la colère des gens d’Al Hoceima après la mort de Mohcine Fikri le 28 octobre dernier. Cette mort fut l’étincelle, le prétexte et le catalyseur de profondes frustrations mais aussi de vieilles revendications politiques et culturelles.

Dans le même ordre d’idées, on peut considérer que l’administration semble sous-évaluer l’impact des arrestations sur les familles à Al Hoceima et dans le Rif. Aucune famille ne sort indemne de l’arrestation arbitraire –ou vécue comme telle- de l’un ou de plusieurs de ses membres et l’Instance Equité et Réconciliation et le CNDH sont extrêmement bien placés pour le savoir.

Les arrestations intervenues depuis fin mai alors que jusqu’alors, les manifestations étaient pacifiques, symbolisent tout ce que les Rifains et les organisations des droits de l’homme dénoncent depuis des décennies dans la région: une répression politique sans discrimination, une présence sécuritaire massive et un centre politique qui vient imposer son ordre dans une région périphérique qui n’en demande pas tant. Le malentendu était important, il devient plus grand voire désormais total entre Rabat et le Rif.

Depuis 40 ou 50 ans, toutes les erreurs politiques imaginables ont été commises. Répression, oubli, promotion d’une économie mafieuse faite de haschich, de contrebande et de trafics d’êtres humains, beaux discours et manque d’actions concrètes comme l’illustre le court et triste destin d’Al Hoceima Phare de la Méditerranée.

Pendant les années Basri, la gestion du Nord était confiée aux partis de l’administration. Ici le RNI ou l’UC, sans oublier le Mouvement populaire et quelques solides appuis dans les baronnies du haschich et de la promotion immobilière et le tour était joué.

Depuis 15 ans, les visages ont un peu changé mais pas beaucoup. Si les leviers locaux et les sources du financement politique sont plus équitablement répartis entre les différentes forces politiques, c’est la montée du PAM d’Ilyas Elomari qui fait figure d’épouvantail et d’enfant terrible.

L’homme et le parti sont réputés puissants et de ce fait, suscitent admiration et crainte. Le fait est que la donne a changé. L’époque de Basri était une autre époque. A l’époque de Mohammed VI, il y a les réseaux sociaux, le PJD rare parti de la scène politique marocaine organisé de manière moderne et démocratique et les manifestations du mouvement du 20 Février et le discours royal du 9 mars 2011 qui ont modifié les perceptions et les analyses politiques des citoyens marocains, ceux d’Al Hoceima inclus.

Quid de Tanger Métropole et des autres programmes?

Face à la crise d’Al Hoceima, les Marocains découvrent éberlués que le jour de l’Aïd n’est pas assez sacré pour que des Marocains ne cognent pas sur d’autres Marocains.

C’est la sécularisation par la baston faute d’une plus intelligente sécularisation par des programmes éducatifs appropriés et dotés d’une vision à long terme.

Subitement, nous découvrons qu’Al Hoceima Phare de la Méditerranée va dans le mur. Cela provoquera-t-il, il faut l’espérer, un électrochoc salutaire au PAM et au Conseil régional, dans le cabinet du wali et chez les patrons du RNI et de l’Istiqlal? Car cette mauvaise problématique est largement partagée.

Pour parler du Nord encore, que sait-on au juste de l’avancement du plan Tanger Métropole sur lequel la wilaya de Tanger-Tétouan-Al Hoceima ne communique pas? Le wali Yacoubi va-t-il nous gratifier de quelques informations crédibles au cours des prochains jours? Et le plan de développement de Tétouan également lancé par le Roi Mohammed VI en personne?

Les partis politiques peinent à se faire entendre mais ce n’est pas toujours faute d’avoir essayé. Les sections locales et régionales sont parfois mieux ancrées et plus à l’écoute que les équipes partisanes nationales qui ont vite tendance à se complaire dans l’entre-soi et le confort d’un Rabat entouré d’une ceinture verte que les autres villes du pays lui envient et géré par une wilaya aux pouvoirs spéciaux.  

Les partis politiques doivent se réapproprier leur rôle social et leurs prérogatives. La classe politique, doit faire le choix de la démocratie, de la bonne gouvernance et de l’Etat de droit. Les gens d’Al Hoceima sont en colère depuis des décennies et le Maroc a fait mine de l’ignorer comptant sur les trafics et l’émigration pour le résoudre.

Un vide politique inquiétant

Oui, les partis ne jouent pas leur rôle et le gouvernement non plus. Le problème est là mais il est plus profond. Le vide politique est inquiétant. La cité ne peut plus vivre, de nos jours, sans politique. La plupart des partis sont perçus par l’opinion comme étant des partis administratifs. Comment s’étonner dès lors qu’ils ne soient pas audibles à la moindre crise? La chute du taux de participation aux élections n’est qu’une conséquence de cela.

L’absence de vie politique partisane autonome, concurrentielle, animée, est une donnée inquiétante. Les jeunes ont des aspirations: travailler et aussi s’engager. S’il n’y a ni l’un ni l’autre, la radicalisation menace, les discours les plus inachevés  trouvent un public, car la nature a horreur du vide.

Le syndrome du vide est également perceptible dans les médias, notamment les médias publics. 45% à 50% de l’audience tv s’évade vers les chaînes étrangères, chiffre qui n’est pas anodin et qui n’est pas courant dans le monde.

Les jeunes sont demandeurs d’attention, de participation, d’emploi, de moralisation de la vie publique, de réduction des inégalités sociales, de dignité, de sincérité dans les discours. Voilà la voie à suivre.

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Jamal Amiar
Le 27 juin 2017 à 16h53

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