Programmes: en matière de culture, plus d’argent, peu d’idées

La culture occupe une place toujours plus importante dans les programmes électoraux. Malgré tout, les imprécisions sont encore nombreuses et les ambitions parfois décevantes.  

Programmes: en matière de culture, plus d’argent, peu d’idées

Le 27 septembre 2016 à 17h02

Modifié 11 avril 2021 à 2h38

La culture occupe une place toujours plus importante dans les programmes électoraux. Malgré tout, les imprécisions sont encore nombreuses et les ambitions parfois décevantes.  

Dans plusieurs programmes électoraux, la création culturelle est mélangée à d'autres thèmes. Le secteur culturel est par exemple mêlé aux médias dans le programme du RNI, tantôt à des questions ayant trait au secteur universitaire, tantôt au sport, dans celui du PJD.

L'USFP est un des rares partis à bien opérer la différence et à consacrer à "la culture et la création" une partie bien individualisée dans son programme.

D'une manière générale, la culture semble perçue par les rédacteurs des programmes comme un engagement électoral à destination de la jeunesse. Si les programmes en matière de culture perdent du coup parfois en précision et en cohérence, l'intention semble louable. Si la question culturelle est comprise avec d'autres, c'est que les partis semblent assimiler peu à peu le rôle de l'éducation culturelle dans la formation des citoyens, comme dans le développement social.

L'UC perçoit la culture comme un moyen de lutter contre "l'exclusion et l'ostracisme social", et au PPS, la culture permet l'inclusion des personnes en situation de handicap.

Aadel Essadani, activiste culturel, ancien président de l'association Racines (qui avait 2011, initié des rencontres avec les partis politiques pour les sensibiliser à la question culturelle) est en revanche plus embêté de remarquer que la création culturelle est souvent confondue avec la culture au sens anthropologique du terme.

C'est que comprise dans un grand sac, avec le patrimoine, les langues et les traditions, la culture sert aussi une vision sociétale. AU PJD, elle se doit ainsi d'être "corrélée aux valeurs religieuses et nationales".

Au PPS et à la FGD, la culture vient concrétiser le projet démocratique et moderniste. Le PPS mêle aussi la culture à la question linguistique, tout comme le PAM, qui va même jusqu'à la faire participer à forger "l'identité nationale".

Augmenter les budgets

Au rang des propositions concernant le secteur culturel, il en est une qui fait l'unanimité: augmenter les budgets. Ce budget est cette année de 580 MDH, soit 0,3% du budget général de l'Etat.

Le PJD préconise une "augmentation progressive du budget dédié au département de la culture". Son principal concurrent, le PAM, lui, entend "doubler le budget au terme de la législature". Le PPS entend "porter à court terme le budget à 0,5% avec la perspective de le porter à 1%". La FGD promet d'accorder à la culture 1,5% du PIB et entend pousser les communes à investir en la matière. L'USFP promet un "relèvement du niveau du budget alloué à la culture et dont une grande partie est consommée par les charges de fonctionnement administratif, en vue de renforcer l’investissement culturel proprement dit". Parmi les plus généreux, on compte le RNI, pour qui il faut multiplier par cinq le budget alloué au secteur.

Cette générosité s'explique: petit à petit, la culture est assimilée au développement national, y compris économique. Ainsi, dans la "vision sociale" de l'UC, le "recrutement d'animateurs culturels" (aux côtés d'assistants scolaires, d'encadrants sportifs…) entre dans le cadre d'un accord entre régions et Etat, en faveur de la création d'emplois. Le RNI s'engage de son côté à créer 100.000 emplois directs et 500.000 indirects dans les secteurs de la culture et des médias.

Le RNI et l'USFP insistent aussi tous deux sur le développement du tourisme culturel. Ayant compris que la culture au sens large pouvait rapporter, les partis semblent plus enclins à investir…

Plus de lieux, rien pour les pros

Autre constat unanime: la culture manque de lieux de représentation.

Le PPS promet l'ouverture de plus nombreux lieux dédiés à la culture. Le RNI propose de réhabiliter les théâtres de quartier et de "généraliser les maisons de jeunes", de – proposition originale -"convertir les bâtiments publics vacants en espaces dédiés à la culture"et à ce que chaque commune dispose d'une bibliothèque. Le parti continue et promet de mettre en gestion déléguée les centres culturels publics qui n'ont pas de programme permanent.

L'UC, à l'instar d'autres partis, propose de "généraliser les maisons de jeunesse". En revanche, remarque Aadel Essaadani, les programmes parlent peu des lieux de formation. En effet, difficile de trouver la trace d'un conservatoire ou d'une école d'art dans les programmes. Une preuve selon lui, que nos politiques peinent encore à adopter une vision globale du secteur dans son ensemble et à l'envisager comme une longue chaîne logique, comme une filière pour reprendre un concept économique.

Sur le plan technique, en effet, l'unanimité n'est plus de mise, la précision non plus. Chacun y va de son idée. Certaines sont bonnes, beaucoup semblent déconnectées d'un cadre global ou restent floues.

Au chapitre des propositions concrètes, l'UC promet d'accorder "un statut spécifique aux sociétés de production artistique". Le PPS entend mener "la conduite d'une grande politique de formation des cadres en matière de gestion culturelle".

L'USPF promet des "incitations financières et fiscales" et toujours dans la logique d'un état actif, "l’organisation de campagnes de promotion et de marketing". L'Istiqlal, vague, évoque la création d'une agence dédiée à la création culturelle, sans plus préciser son rôle. Nulle part il n'est question de quotas dans les diffusions télévisuelles ou de prix unique du livre par exemple.

Peu de partis zooment sur les conditions des professionnels. Le RNI s'en tient à promettre aux artistes de plus de soixante ans une généralisation de la couverture santé et retraite. Le PPS promet de son côté de "mettre en œuvre les dispositions de lois garantissant les droits économiques et sociaux des artistes et des métiers artistiques". Là encore, l'absence quasi-totale de la question des professionnels du secteur est un indicateur pour Essadaani d'une méconnaissance d'un secteur encore perçu comme secondaire ou mineur.

 

Une vision maigrelette

Les partis semblent enfin globalement compter sur la société civile afin de mener des politiques culturelles. Le PAM, le PPS et l'UC roulent en faveur de partenariats publics-privés. L'Istiqlal et l'USFP plaident pour un rôle accru de la société civile en matière de politique culturelle. Un point a priori positif, mais, remarque Essaadani, qui s'accompagne d'un manque de vision concernant les politiques publiques.

Les partis politiques offrent une place toujours plus importante au secteur culturel, ce qui réjouit Essaadani. En revanche, ils maîtrisent toujours mal le sujet et les propositions concrètes se résument en fait le plus souvent à la seule promesse budgétaire. Enfin, s'ils corrèlent la question culturelle à leur projet de société, aucun ne propose de mécanismes rigoureux pour assurer la liberté de création.

Pour plus d'informations voici les programmes électoraux des 9 grands partis à feuilleter
 

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