Khalfi condamne l’usage de la Darija dans le doublage de fictions étrangères à la tv
Le ministre de la Communication a affirmé que l’utilisation de la darija dans les séries télévisées étrangères impacte les comportements socio-économiques des téléspectateurs, au détriment des intérêts du Maroc. Explications de l’intéressé.
Lors de son intervention au sommet national de la langue arabe, qui s’est tenu le lundi 28 décembre à Rabat, Mustapha El Khalfi a appelé les chaînes télévisées à remplacer la darija utilisée dans certaines séries étrangères par l’arabe classique.
Une position (pas nouvelle) qui risque de crisper certains défenseurs des libertés soutenant que les Marocains doivent disposer de leur libre-arbitre et voir ce que bon leur semble. Bref, avoir le choix, ce qui est une forme élevée de liberté.
Rappelons qu’ils sont plusieurs millions de téléspectateurs et auditeurs à apprécier ces fictions étrangères en darija, dont les audiences TV pulvérisent littéralement celles qui sont en arabe classique.
Certains pensent que le ministre fait preuve d’idéologie en voulant débanaliser l’usage de ce dialecte qui n’est pas le vernaculaire du livre saint de l’Islam. A ce propos, la Constitution a érigé la langue arabe (et la langue amazigh) au rang de langue officielle sans toutefois préciser s’il s'agit d'arabe classique ou dialectal. Car ne nous y trompons pas, lorsque nous parlons darija, nous ne parlons pas chinois, mais arabe.
Interrogé par Médias 24, Mustapha El Khalfi se défend de toute volonté de censure ou d’imposer un choix dicté par des considérations religieuses ou doctrinaires.
«Dans mon allocution, j’ai précisé que la darija est une composante essentielle de l’identité marocaine et qu’elle a une relation de complémentarité avec l’utilisation de l’arabe classique».
Pour le ministre, le dialecte marocain a des fonctions communicationnelles au sein de la société, mais son utilisation dans les feuilletons étrangers représente un danger contre les valeurs marocaines.
«Son utilisation dans ces séries peut créer des contradictions avec des valeurs liées à d’autres sociétés et engendrer des comportements négatifs qui n’appartiennent pas à notre culture».
Le porte-parole du gouvernement pense qu’il faut homogénéiser la politique audio-visuelle sans déséquilibres entre l’arabe, l’amazigh et les expressions orales (dialectes) comme prôné par la Constitution.
El Khalfi poursuit qu’il a tenu à féliciter la SNRT, qui a choisi de diffuser des productions étrangères en arabe classique ou en langue originale.
«Je me réjouis aussi que 2M a récemment décidé de relever le niveau de la darija utilisée dans ses séries étrangères en le rapprochant de l’arabe classique, même si elle a encore des efforts à fournir. Je n’ai aucun problème avec cette chaîne, car j’ai été le premier à saluer son choix d’arrêter la diffusion de l’émission «Dangereux criminels», qui pouvait inciter certains à s’inspirer des modes opératoires criminels décrits».
S’il assure diriger sa diatribe contre l’ensemble du champ médiatique, on comprend cependant qu’elle vise cette chaîne qui est celle qui diffuse le plus de feuilletons étrangers traduits en darija.
«Je n’ai aucune velléité de censurer ces programmes, car je ne demande que leur traduction en arabe classique. Je suis ouvert sur les autres cultures, mais il faut un juste équilibre linguistique». Si on a bien compris, le ministre de la Communication estime:
-que les productions étrangères en question sont dangereuses pour nos valeurs et notre culture;
-les diffuser en arabe dialectal est dangereux, car l'usage du dialectal les rend plus audibles;
-de ce fait, il vaut mieux les doubler en arabe classique, car moins de Marocains le comprennent.
Autrement dit, M. Khalfi est en train de reconnaître que l'arabe classique est une langue élitiste et que la vraie langue que comprennent les Marocains est la darija.
A la question d’illustrer par un exemple précis la diffusion problématique d’un épisode en darija plutôt qu’en arabe classique, le ministre refuse d’endosser le rôle d’ennemi d’une série particulière.
«Je défends nos intérêts et la langue en fait partie. Je refuse que notre consommation devienne calquée sur certaines habitudes étrangères et nuise à nos intérêts. Personne ne s’est insurgé contre l’exception culturelle prônée par la France qui défend son économie et son identité nationales». [NDLR: Il n'y a aucune contradiction entre les deux situations: les Français défendent une langue maternelle, les Marocains aussi. Le problème, c'est que M. Khalfi comme beaucoup d'autres, considère la darija comme une non-langue ou une sous-langue, au mieux comme une forme de communication orale].
El Khalfi inscrit sa position comme celle d’un responsable, qui veut attirer l’attention de l’instance concernée (HACA), pour faire respecter les orientations linguistiques de la Constitution de 2011.
«Je suis pour l’ouverture sur les autres cultures et langues mais pour des raisons identitaires, j’affirme que la traduction des séries étrangères en darija a des répercussions négatives sur les comportements socio-économiques des Marocains. Leurs priorités changent et leurs tendances de consommation se transforment, au détriment du pays (influence sur les décisions d’achat, voyages)".
Il poursuit que sa position n’est qu’un appel à la HACA pour jouer son rôle de gendarme et que son poste de ministre ne l’empêche pas de respecter pleinement l’indépendance des médias en cause.
Interrogé sur la différence entre un feuilleton étranger diffusé en dialecte ou en arabe classique, El Khalfi affirme que la perception du programme en question par les téléspectateurs sera changée.
«En tant qu’homme politique, je connais l’importance de la darija pour toucher le cœur des gens, mais les feuilletons étrangers en arabe classique de la SNRT marchent autant que ceux en darija». [NDLR: toutes choses étant égales par ailleurs, tout programme en darija réalisera un score de deux à quatre fois celui du même programme en arabe classique].
Pour le ministre de la Communication, le service public a d’abord pour mission de défendre les intérêts de l’économie nationale et même s’il sait qu’il risque de se faire des ennemis parmi les défenseurs de la diversité, il assume et rappelle que ce n’est pas la première fois qu’il se prononce sur le sujet de la darija à la télévision.
«J’encourage l’utilisation des dialectes, mais ma position de responsable politique m’oblige à rappeler que l’article 28 de la Constitution stipule que la HACA doit faire respecter la diversité linguistique du paysage audio-visuel. Ouverture oui, mais protection des langues officielles». Effectivement, il ne considère pas la darija comme une langue. Alors que la Constitution ne précise pas de quel arabe il s'agit. Celui d'Al Jazeera? De la grande poésie, d'Al Mutanabbi? Des Marocains?
Il assure ne pas être contre la darija, car il souhaite que les producteurs nationaux de feuilletons consolident son utilisation, mais que les Marocains n’auront aucun mal à voir les fictions étrangères en arabe classique.
Interrogé sur son obédience islamiste qui le pousserait à privilégier l’utilisation de l’arabe (langue du Coran) au détriment de la darija, le responsable du PJD s’inscrit en faux contre «ces raccourcis».
«Je ne suis pas dans une démarche d’idéologue, car même le Livre Saint nous encourage à utiliser des locutions orales comme la darija. Si vous deviez me classer, je suis un nationaliste pur et dur».
Quoi qu’il en soit et malgré ses assurances de neutralité, la question du libre choix des Marocains reste posée, car il n’est pas sûr que les téléspectateurs du feuilleton turc «Samihini» en darija, qui cartonne sur 2M soient convaincus par ces recommandations "nationalistes". Le nationalisme ne consisterait-il pas plutôt à promouvoir la langue maternelle de très nombreux marocains?
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