Khadija Rouissi, la dame de fer du PAM
On aimerait voir plus souvent ce genre d’interviews télévisées sans concession et sans langue de bois, où les deux protagonistes, le journaliste comme l’invité, ont du répondant et de la consistance.
Khadija Rouissi, membre du bureau politique du PAM, a été brillante mardi soir 3 novembre sur Al-Aoula, la chaîne nationale de tv.
Maîtrisant parfaitement la langue ainsi que la plupart de ses sujets, elle a été cohérente même si on peut ne pas être d’accord avec tout ce qu’elle a dit. Pour ceux qui la connaissent, elle a été elle-même, n’a pas joué un rôle, n’a pas endossé un costume qui n’est pas le sien. On lui sera même reconnaissant de ne pas avoir versé dans ce travers des politiques qui consiste à fuir les questions embarrassantes pour ne pas donner de réponses qui déplaisent.
Khadija Rouissi n’a pas cherché à plaire, mais à convaincre. Elle a été fidèle aux idées qu’on lui connaît. Elle avait une attitude sincère et c’est le plus grand compliment que l’on peut faire à un homme ou une femme politique.
Sur le fond maintenant.
Elle a défendu son parti, le PAM, a su déconstruire ou dégoupiller un certain nombre de questions pièges. Pour elle, le PAM est un parti de centre gauche démocratique et social, ce qui figure d’ailleurs dans les documents du parti mais ne correspond pas obligatoirement à la perception de l’opinion publique, ni à l’esprit de certains de ses fondateurs qui continuent à le prendre pour un parti libéral à l’anglo saxonne (libéralisme économique et libéralisme politique).
Le PAM, affirme-t-elle, a un projet de société complètement opposé à celui du PJD. Le PAM, selon elle, est un parti qui accepte les avis divergents, les opinions contraires, qui est favorable à la diversité. Un parti démocrate qui n’essaie pas de s’imposer comme détenteur de la vérité. Un parti favorable à la modernité, car celle-ci est indissociable de la démocratie, or le PAM défend, promeut la démocratie.
Sur la condition de la femme, elle avait un boulevard devant elle et elle s’y est engouffrée. Elle s’est interrogée sur le devenir du projet de loi contre les violences faites aux femmes. Sur la faible audience du rapport accablant du CNDH sur la parité et l’égalité dont "on" n’a retenu que la recommandation sur l’héritage. Sur l’officialisation de la langue amazighe qui avance à reculons.
Voici un verbatim des principaux points que nous avons retenus:
>Sahara: Il existe 126 mouvements sécessionnistes de par le monde. Selon une étude de l’ONU, un Etat qui a fait sécession devient généralement un failed state ou Etat défaillant, avec à sa tête une oligarchie qui pille sa propre population. L’autonomie, c’est l’autodétermination. Nous, Marocains, n’avons pas fait tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre cette cause. Nous devons commencer par nous interroger sur ce que nous pouvons encore faire.
>Mehdi Ben Barka: Sa famille a le droit de savoir et de se recueillir sur une tombe. Avec l’USFP, on se connaît bien, on s’est connu dans les luttes, les combats pour les droits humains, pour la démocratie, dans les prisons…
>Amendis: Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi on parle de "fitna" (discorde) [allusion à des propos de Benkirane]. Il est sain que les gens protestent, qu’ils expriment leur mécontentement, dès lors qu’ils le font dans le respect de la loi et de la Constitution. On veut faire taire toute contestation, on n’accepte pas l’avis différent ou contraire.
Dans une démocratie au contraire, il est sain d’avoir des différends, c’est pour cela qu’il y a une Constitution et des mécanismes pacifiques pour régler les différends.
>Amazigh: Pour Benkirane, c’est du chinois. Le chef du PJD a dit que l’amazigh est une rivière et la langue arabe une mer. Eh bien, moi je dis que cette rivière est antérieure à cette mer. La langue amazighe est antérieure à la langue arabe.
Il existe une idéologie [allusion au PJD] ennemie de la diversité. Elle veut que nous ayons une seule langue, une seule tenue vestimentaire, un seul discours. Cela fait quatre ans que nous attendons cette loi organique qui va officialiser la langue amazighe.
>PJD: Il y a un problème d’état d’esprit, de projet de société mais également un problème de compétence. Le Maroc ne doit pas être dans une mentalité de bienfaisance; il n’y a pas de vision stratégique; seuls 53% de la population bénéficient d’une couverture santé [en fait, le gouvernement veut atteindre la couverture universelle d’ici la fin de l’année]. Il faut être volontariste et audacieux.
>Comment a fait le PAM, un parti très jeune, pour obtenir ces résultats aux communales et régionales? Nous sommes des militants depuis longtemps, nous ne sommes pas venus du néant, nous sommes connus depuis les années 60 et 70 pour notre implication dans le combat pour les libertés, les droits humains…
>Le CNDH, l’héritage: Il y a eu des attaques graves contre le CNDH, une instance constitutionnelle. Le CNDH est dans son rôle, tel que le définit la Constitution. Il doit se préoccuper, prendre connaissance, de TOUTES les questions qui relèvent des droits humains. Il était dans son rôle en publiant ce rapport sur la parité et l’égalité.
Nous avons besoin d’Ijtihad et de dialogue. Est-ce que la religion interdit le débat? L’élite est une locomotive, c’est son rôle de mettre le doigt sur les problèmes d’aujourd’hui et de demain. Celui qui attire l’attention sur un incendie n’est pas celui qui a allumé l’incendie. Et on lui demande de regarder ailleurs et de laisser l’incendie.
Nous avons été nombreux à militer pour la condition de la femme, pour la réforme de la moudawana. Et maintenant, je vois le ministre de la Justice s’approprier cette réforme comme une avancée, alors qu’il l’avait combattue.
Le problème de l’héritage, dans le cas où le défunt ne laisse que des filles, nous l’avons posé au sein du PAM depuis un an. Les Marocains savent, connaissent les situations d’injustice nées de la législation actuelle.
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