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Le PJD, l’Istiqlal, le RNI, le PAM et la Gauche Unifiée se frottent et se piquent chez HEM

Il en faut beaucoup pour faire perdre son calme à Mohamed Sassi, homme politique de la gauche unifiée connu pour sa douceur et son flegme presque britannique. Et qui mieux que «khoukom» Moncef Belkhayat, membre du bureau politique du RNI, siégeant en conseil de la région de Casablanca Settat, pour faire sortir Sassi de ses gonds?  

Le PJD, l’Istiqlal, le RNI, le PAM et la Gauche Unifiée se frottent et se piquent chez HEM
Khalid Tritki
Le 31 octobre 2015 à 20h17 | Modifié 31 octobre 2015 à 20h17

C’était lors de la soirée débat organisée par HEM à Casablanca le jeudi 29  octobre. L’idée du débat était de faire partager avec le public les analyses ou les lectures de  formations politiques au sujet des élections du 4 septembre dernier ainsi que sur leur prolongement jusqu’à l’installation de la deuxième chambre du Parlement.

Ce qui devait être un débat serein, entre acteurs qui idéologiquement se rejettent, s’est transformé en un affrontement ouvert.  Dès le début, la tension était palpable. A commencer par le discours de Khadija Rouissi, parlementaire au nom du PAM. Pour cette dernière, le gouvernement en place a failli à ses engagements en installant une opacité.

«Jusqu’à cet instant où nous débattons, nous n’avons pas toutes les informations sur les élections», martèle d’emblée Khadija Rouissi. Une façon, pour elle, d’impliquer le parti de Benkirane, sachant que même ce dernier ne dispose pas du détail des résultats des urnes. Rouissi trouve dans cette opacité l’occasion de mettre sur la table le projet de loi sur le droit à l’information. «Ce projet important tarde à voir le jour et n’a même pas été, jusqu’à maintenant, débattu au Parlement», ajoute-t-elle.

Karim Ghallab, représentant de l’Istiqlal, est plus lisse. Il attaque le PJD sur son discours électoral mais sans citer de nom. «Le PJD a utilisé à outrance un discours de victimisation pour se tailler une bonne place auprès des électeurs», affirme l’ancien président de la Chambre des Représentants.

Pour lui, Benkirane a matraqué sur l’idée que son action gouvernementale a souffert de blocages. «Dans la gestion de la chose publique, il faut assumer la fonction avec ses contraintes», précise l’istiqlalien. Comprendre: ces contraintes sont connues de tous et dès qu’un homme politique accepte la responsabilité de l’exécutif, il doit savoir, en s’engageant, que sur certains dossiers il sera confronté à des obstacles. Pour lui, l’excuse des blocages ou des mains invisibles n’est pas acceptable et donc le PJD doit cesser de jouer à la victime.

Nezha El Ouafi, du PJD, n’en démord pas. Le succès du PJD vient, entre autres, des talents de Abdellah Benkirane. «Au début, nous ne voulions pas que Benkirane s’implique directement dans des meetings populaires, mais il a pris la décision d’y aller», informe-t-elle un public attentif et nombreux ayant fait le déplacement pour assister à cette rencontre.  Une décision qui a donné ses fruits avec son orientation axée sur un discours francs et accessibles à tous.

L’entrée en scène de Belkhayat

Décidément, Moncef Belkhayat ne passe pas inaperçu. Dès qu’il a pris la parole, des voix du public fusaient des quatre coins de la salle lui signifiant le rejet de son discours et de sa méthode. Loin de plier, l’homme du RNI trouve la parade pour fédérer la salle et la rendre plus attentif à son discours: il rend hommage à feu Driss Benali, cofondateur de HEM et professeur très respecté dans les milieux universitaires.

Il faut dire aussi que son entrée en la matière n’était pas la bonne. Pour mettre en valeur son parti, Moncef Belkhayat prend le chemin le plus pernicieux. «La participation du RNI au gouvernement, depuis trois ans, a amélioré les fondamentaux économiques du pays et le ministre des Finances est un Rniste», déclare-t-il. En peu de mots, l’élu régional a dressé la salle contre lui.

Au lieu de la calmer, il enchaîne sur les raisons l’ayant poussé à voter PAM lors des élections du président du conseil de la région de Casablanca. Selon sa version, le parti avait pour consigne de respecter la majorité gouvernementale dans les régions et les communes où les scores lui étaient favorables. Dans le cas contraire, chaque parti devait agir selon ses intérêts.

Et puisque le PJD a fait le choix de contrecarrer la présidence de Talbi Alami à Tétouan, le RNI avait laissé le choix à ses élus de voter pour ou contre le PJD au conseil de la région de Casablanca Settat. «Je reconnais l’honnêteté et la droiture du candidat du PJD, mais j’ai pris la décision personnelle de voter pour mon ami Bakkoury pour sa compétence».  

Jusque-là, et à part quelques dérapages dans les rangs du public, tout se passait bien.  C’est dans le deuxième round des interventions que la tension se fera plus pressante, voir même explosive.

Dans l’analyse de l’expérience de la gauche unifiée, Mohamed Sassi, présente la gauche (hors USFP) comme la troisième voie en construction. En effet, tout au long de la période électorale, des analyses prédisaient la constitution de deux blocs idéologiques distincts: celui du PJD et celui du PAM. Sassi rajoute une troisième voie que son parti incarne ou incarnera progressivement parce que, dit-il, les élections du 4 septembre ont démontré qu’il y a une demande sur ce courant.

Karim Ghallab, ne voyant pas son parti dans le lead des blocs supposés, apporte son éclairage. Pour lui, l’Istiqlal n’est pas fini et les résultats du 4 septembre n’étaient pas aussi catastrophiques qu’on l’a laissé entendre. «Ils n’ont pas été au niveau souhaité, mais ils ne sont pas trop mal non plus», explique-t-il. Pourtant ses frères d’armes disent le contraire.

Il en profite également pour couper court à une éventuelle alliance avec le PJD. «Seul le Conseil National décide de l’orientation à prendre. Pour l’instant, rien n’a changé et nous sommes toujours dans l’opposition, en froid avec nos partenaires (PAM), certes, mais toujours dans l’opposition».

Moncef Belkhayat avait également son mot à dire sur les blocs. Mais il choisit encore une fois la démarche la plus choquante. En reprenant les propos de Mohamed Sassi, l’homme du RNI affirme que la troisième voix ne peut émerger d’un parti ou courant qui a obtenu à peine 0,6% des voix exprimées lors des élections communales.

Et d’ajouter que «le RNI comme d’autres partis ont obtenu un nombre de voix respectable à Anfa (Casablanca) parce que leur position vis-à-vis de la monarchie est claire. Nous disons Vive le Roi, vous vous ne le dites pas».

Cette phrase fait exploser Mohamed Sassi. En effet, cet argument a été utilisé à plusieurs reprises pour diaboliser la gauche unifiée.  Cette dernière a défendu la thèse de la monarchie parlementaire et elle s’y cramponne toujours, répond Sassi. Les partis adverses font un raccourci politicien pour assimiler le choix de la monarchie parlementaire à une opposition au Roi. D’ailleurs, Mohammed Sassi ne manquera pas de le crier haut et fort: «vous utilisez toujours cet argument pour nous exclure du débat politique et du jeu politique dans son ensemble».

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Khalid Tritki
Le 31 octobre 2015 à 20h17

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