Un livre-enquête met à nu les secrets de l’alternance
Dès sa genèse, l’expérience de l’alternance démocratique aura été parsemée d’embûches pour Abderrahmane El Youssoufi. Arrivé au pouvoir, l’ancien premier ministre a dû affronter de nombreux coups bas de toutes parts avant d’être remplacé en 2002.
Les 300 pages du livre du journaliste Mohamed Ettayea, publié aux éditions Telquel, racontent de l’intérieur les difficultés auxquelles a dû faire face le premier secrétaire de l’époque de l’USFP pendant ses cinq années de mandat.
L'ouvrage revient sur les tractations du premier secrétaire avec le défunt Roi. Il revient également sur la nomination au poste de premier ministre, les affrontements avec Driss Basri et l'adjoint de l’USFP Mohamed El Yazghi, la disparition du Roi Hassan II. Le livre s'achève sur le retrait forcé de M. El Youssoufi de la politique.
Se basant sur la presse de l’époque et sur de nombreux témoignages dont celui de El Youssoufi, notre confrère apporte un éclairage intéressant sur ce pan de l'histoire politique du Maroc. Le témoignage de Abdrrahmane Youssoufi a été probablement une source principale de cet ouvrage.
Avant d’arriver au pouvoir en 1998, Abderahmane El Youssoufi a âprement négocié avec Hassan II. Le bon déroulement de la réconciliation avec le défunt Roi a été entravé par son ministre de l’Intérieur, Driss Basri, mais aussi par ses propres alliés ou par des Ittihadis.
En 1998, après 40 ans d’opposition, la gauche est désignée pour diriger et mener à bien le processus de transition démocratique voulu par le Roi Hassan II avant sa mort.
Cette expérience ayant pour objectif d’engager une série de grandes réformes devait durer au départ le temps de deux législatures mais au final, elle prendra fin au bout de 5 années.
Hormis sa dimension historique et sa contribution à une transition monarchique sereine, ce processus ayant soulevé beaucoup d’espoir s’est soldé par l’incapacité de l’USFP et de son chef à faire bouger les lignes.
S’estimant menacé par l’arrivée de la gauche au pouvoir, l’ancien ministre de l’Intérieur, Driss Basri n’a pas épargné son premier ministre pour tenter de faire avorter l’expérience en cours. Basri, c'était une sorte d'Etat profond, qui n'est pas sans nous rappeler les plaintes continuelles du PJD au sujet des crocodiles. Mais c'est la règle dans les pays démocratiques de voir une alternance susciter des résistances. Simplement, Basri, c'étaient une résistance profonde, avec des coups fourrés.
L’auteur de cette enquête cite aussi le parti de l’Istiqlal qui, pour des raisons d’ambition de son secrétaire général de l'époque, n’a pas facilité la tâche à l’USFP alors que ce dernier était son principal allié.
Si la bonne volonté du chef de file de cette expérience ne saurait être remise en question, il apparaît cependant que certains ministres USFP de ce gouvernement n’avaient ni l’expertise ni les convictions pour entamer les grandes réformes pour lesquelles ils avaient été nommés.
Les appétits de pouvoir et de situation financière d’une bonne partie de l’équipe de El Youssoufi ont réduit à néant les grandes promesses de changements insufflées par cette alternance consensuelle.
Le livre s’achève sur la fin de la carrière politique de El Youssoufi, contraint à rendre son tablier de Chef du gouvernement alors que son parti était arrivé en tête en termes de sièges aux élections législatives de 2002.
Cette enquête truffée d’anecdotes a le mérite de dévoiler certains secrets cachés de cette période historique et d’inviter les témoins de l’époque à publier leurs mémoires.
On retiendra par exemple la dignité avec laquelle ce grand Monsieur que fut Larbi Messari, ministre de la Communication, a rendu son tablier.
Pour le fond de l'enquête, disons qu'elle est très utile aux historiens et à tous ceux qui veulent se pencher sur le fonctionnement politique du Maroc. Mais elle vaut surtout comme étant la version Youssoufi de l'alternance. Le courant El Yazghi par exemple, très critiqué, n'a pas eu voix au chapitre.
Un parallèle peut être tenté par le lecteur, avec l'évolution d'autres partis. Une comparaison USFP-PJD est possible. Les deux parties ont été très populaires. Les deux ont eu des problèmes de résistances dans les circuits de l'Etat. Les deux n'ont pas pu prendre en charge, avec suffisamment d'efficacité, les commandes de l'économie, même si Oualaou a été un très bon ministre des Finances, l'un des meilleurs probablement.
Mais la comparaison s'arrête là. L'USFP s'est sabordé non seulement par son inexpérience des affaires publiques, mais aussi par la guerre des clans. Le PJD a l'avantage, pour le moment, de fonctionner d'une manière démocratique et disciplinée.
La version originale de cet ouvrage en arabe a été traduite par notre confrère Mohammed Boudarham: "Abderahmane El Youssoufi et les dessous de l’alternance", aux éditions TelQuel Media, disponible en kiosque et librairie.
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