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Le show Benkirane à l'EHTP

Abdelilah Benkirane balise le terrain pour supprimer la subvention sur le gaz butane et le sucre et veut proposer un plan de rechange.

Le show Benkirane à l'EHTP
Hamza Mekouar
Le 26 mars 2015 à 17h09 | Modifié 26 mars 2015 à 17h09

A demi-mots, Abdelilah Benkirane trace la perspective d’une suppression de la subvention sur le gaz butane et le sucre. C’est du moins ce qui ressort de son intervention lors d'une conférence organisée mardi par Tariq Ibnou Zyad Initiative (TIZI) à l'Ecole Hassania des travaux publics (EHTP). 

Sous les applaudissements d’une salle manifestement conquise, le chef du gouvernement a abordé l’épineuse question de la décompensation. Après avoir assuré que son gouvernement n’envisageait pas de supprimer la subvention sur le gaz butane, il n’a toutefois pas hésité à rappeler à quel point «la compensation du gaz de butane coûte cher aux caisses de l’État: 12 milliards de DH en 2014, et 18 milliards de DH à partir de 2015. Et le sucre, dont la subvention coûte 5 milliards de DH». 

Afin de réduire ces coûts, Benkirane pense à «un plan» de rechange, lequel est indissociable à la suppression desdites subventions. D’une part parce que le sujet est extrêmement sensible – en 1981, Casablanca avait connu des émeutes sanglantes après la suppression de plusieurs subventions sur des produits de première nécessité-, d’autre part parce que les élections approchent.  

Le scénario le plus probable serait d’accorder une aide directe à chaque ménage. «La bouteille de gaz coûte 40 DH au lieu de 110 DH, sachant que chaque ménage consomme deux bouteilles par mois en moyenne. Si on donne 100 DH à chaque famille par mois, cela reviendrait à 6 milliards de DH par an, soit une économie de 12 milliards l’année prochaine, si tout va bien», a souligné Benkirane. 

Le sucre est lui aussi dans l’œil du cyclone. Mais pour faire passer la pilule aux citoyens, Benkirane joue la carte de l’émotion. «La construction d’un hôpital public coûte 1,2 milliards de DH en moyenne. Si nous décompensons progressivement, au bout de trois ans, nous aurons 10 centres hospitaliers universitaires de plus». 

>Statu quo linguistique

Benkirane a répété ces mots comme un mantra: «L’arabe est la première langue d’enseignement et le restera».  Il a aussi balayé d’un revers de la main l’éventualité d’un remplacement du français par l’anglais en tant que première langue étrangère enseignée, «bien que l’anglais soit la langue la plus utilisée dans le monde».

Et pour cause, «le français occupe une place importante dans la société marocaine. La classe économique et politique parlent et maîtrisent cette langue. Le français est aussi une langue qui compte dans le monde et la France notre premier partenaire (…), de toute façon, nous n’avons pas de profs pour enseigner l’anglais ».  

>Chabat, El Omari et l’imprimerie  

Fort de son humour, Benkirane a envoyé des piques à ses adversaires, souvent en les nommant. Le premier n’est autre que son plus grand ennemi, Hamid Chabat. «Il m’a accusé d’avoir des relations avec Daech, Al-Nosra et le Mossad. Je me demande comment il a pu avoir une telle idée».

Sur Ilyas El Omari, l'homme fort au PAM, qui a récemment déclaré que Abdelilah Benkirane possédait une imprimerie à Rabat depuis 1998, le chef du gouvernement l’a accusé de tirer les ficelles de son parti: «Le première secrétaire général du PAM a compris qu’il ne dirigeait pas le parti. Pareil pour son successeur(…), je n’ai aucun problème à ce qu’il (Ilyas El Omari) rejoigne l’arène politique. Mais qu’il le fasse à visage découvert et qu’il réponde aux questions concernant son passé».

Et l’imprimerie dans tout ça? Benkirane a tenté de battre cette accusation en brèche. «Quand nous étions membres du MUR. Il nous arrivait de vouloir imprimer des tracts ou des livres religieux. Mais il arrivait souvent que les imprimeries refusaient de travailler avec nous, pour éviter les ennuis. J’ai donc abordé la question avec un ami, avec qui j’ai acheté une imprimerie d’occasion pour 150.000 DH. Après des travaux de réparation qui ont duré un an et demi, nous avions réussi à la remettre en marche. Il ne restait alors qu’à déclarer l’imprimerie. Mais le MUR n’était pas reconnu. Vous savez quand il a été officiellement reconnu par l’Etat? Après que j’ai été désigné chef du gouvernement, en 2013. Donc c’est vrai que l’imprimerie est en mon nom, mais ce n’est pas moi qui la dirige ni qui en perçoit les bénéfices. Je le dis ici même à l’attention de mes héritiers, cette imprimerie ne m’appartient pas ».  

>Benkirane et l’art de la com’

Communication et politique marchent main dans la main. Si Benkirane l’a bien compris, ce n’est pas forcément le cas de tous les ministres de son gouvernement. Mais récemment, il y a eu un changement de cap.

De nombreux ministres habituellement peu bavards sont devenus très présents dans les médias, prenant la parole publiquement pour se justifier ou pour réagir aux critiques.

Le cas le plus notable est celui du ministre de la Santé, Houcine Louardi, qui a tenté de mettre fin à la polémique née après le limogeage du professeur Chafik Chraïbi, partisan de la légalisation de l'avortement dans certains cas.

Houcine Louardi avait lui-même contacté de nombreux journaux pour leur faire part de sa version des faits. Ce qui n’était jamais arrivé auparavant. Pourquoi ce changement de cap? «C’est moi qui lui ai demandé de prendre la parole, car je sais qu’il est important de participer au débat public et d’interagir avec la société civile», s’est enorgueilli le chef du gouvernement.  

>Sur la démocratie et le changement

 «Il y a deux façons de mener le changement: l’engagement politique ou la révolution. Pour ma part, je crois en la politique. C’est elle qui est à l’origine des nominations dans la première chambre, la deuxième chambre, la majorité, les collectivités locales. Ceux-là même qui ont entre les mains l’autorité, le budget, le pouvoir décisionnel politique», a déclaré Benkirane. Et d’ajouter: «Les jeunes doivent comprendre que s’engager politiquement n’est pas un choix. C’est une obligation. S’ils veulent mener le changement dans ce pays. Peu importe que vous votiez pour le PJD ou non. L’important c’est de voter». Même si plus loin, Benkirane avance que les autres partis ne sont pas transparents de l’intérieur.

Sur la démocratie, le chef du gouvernement souligne que «le Maroc n’est pas la Suisse. Nous n’avons la même démocratie. Mais comparé aux autres pays de la région, nous sommes très biens. Plusieurs pays du monde arabe nous disent qu’ils veulent suivre notre exemple». 

L’une des plus importantes annonces de Benkirane a été celle relative à l’aide directe aux étudiants. En effet, son gouvernement va débloquer 450 millions de dirhams afin de donner une formation complémentaire à 25.000 diplômés de l’université pour améliorer leur employabilité. Une formation en anglais, français, compta, commerce, marketing, entreprise, économie. Avec une bourse mensuelle de 1.000 DH par étudiant et une formation de 1 an à 1 an et demi. Une expérience pilote sur 1.000 étudiants avait donné un taux d’employabilité de 100%.

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Hamza Mekouar
Le 26 mars 2015 à 17h09

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