Un 8 mars pré-électoral, avec une nouvelle génération de revendications
Il s'en est fallu de peu pour que le 8 mars 2015 soit seulement une journée de la femme parmi d'autres.
Les débats soulevés (ou dépoussiérés) quelques jours avant l'événement -avortement, héritage-, la mobilisation politique et syndicale pour et envers la femme -qui a quelque chose à voir avec l'approche des élections- font reposer sur les épaules de ce 8 mars d'énormes enjeux.
Avec une opposition déterminée à attaquer le gouvernement sur la situation de la femme, son talon d'Achille, et une majorité amplifiant son bilan en la matière, on peut bien parler d'un 8 mars pré-électoral, tout comme on peut parler d'un 8 mars de transition, vu la nouveauté de certaines revendications, que les associations féministes n'arrivent pas toujours à suivre.
Puis, il y a le 8 mars de la division, durant lequel l'éclatement du champ féminin est plus que jamais visible, et où la polarisation par le politique des courants féminins s'apparente de plus en plus à une phagocytose.
Des débats nécessaires, mais vite récupérés par le politique
Si plusieurs ébauches de débats ont été lancées -avortement, héritage, polygamie, mariage des mineures- seul le débat sur l'avortement a eu droit de cité, vu les multiples prises de positions d'acteurs politiques dans ce sens. Cela prouve que le politique a toujours, du moins la primeur, sinon le monopole du débat public.
Le débat sur l’héritage, sur l’avortement et sur la parité sont un peu la nouvelle génération de revendications, celles qui vont s’amplifier et occuper l’actualité des prochaines années.
Sur l’héritage, il y a un refus total de débattre de la part des acteurs qui ont un référentiel islamique, alors qu’il ne s’agit pour le moment que de débattre. Dans le monde politique, c’est Driss Lachgar qui relaie le plus cette revendication au débat sur la succession.
Les ONG peinent à faire entendre leur voix, aussi progressiste ou porteuse de revendications inédites fut-elle, ce qui les pousse donc à se rapprocher des partis politiques au détriment, parfois, de leur indépendance médiatique et devenant, de visu, des courants à la solde de tel parti politique.
Le flirt prolongé entre associations féminines et partis politiques a un autre coût: leur indépendance tout court. Alors qu'il y a quelques jours, Fouzia Assouli nous assurait que la marche du 8 mars ne comportera pas de slogans anti-gouvernement, force est de constater que les partis politiques d'opposition, qui y participent, ont pu faire osciller la balance, et introduit des slogans critiquant ouvertement le gouvernement, sur des aspects bien éloignés de son bilan en matière de droits de la femme.
La question de l’indépendance du mouvement féminin se pose. Y a-t-il des alliances de circonstance ou velléités de phagocytose?
De nouvelles revendications qui s'additionnent aux précédentes
En plus des revendications 'classiques' tel que la parité, le droit au travail, l'interdiction de la polygamie et du mariage des mineures, de nouvelles revendications -libertés sexuelles, avortement dit de confort, etc.-, libérées après 2011, sont elles entendues.
Cet embouteillage de revendications contraste avec la modestie des réalisations des gouvernements successifs, dont le gouvernement Benkirane, ce qui exige d'impulser un réel souffle aux chantiers entamés, et d'en entamer de nouveaux.
Les mouvements féminins formant coalition, peut-être par désir de se focaliser sur ce qu'ils conçoivent comme prioritaire, peut-être par crainte de se disperser, ont manqué de réactivité lorsqu'il s'est agi de suivre et de s'approprier les nouvelles revendications. Une fracture générationnelle?
Un gouvernement qui ne s'est souvenu de la femme qu'à la veille du 8 mars
Les derniers discours du chef du gouvernement se veulent élogieux envers la femme marocaine, mais n'arrivent pas à faire oublier ses anciennes sorties maladroites concernant les femmes.
Au-delà du discours, c'est toute l'action du gouvernement pour la femme qui mérite d’être questionnée: le bilan du gouvernement Benkirane est maigre, bien maigre, et ce ne sont pas les allocations pour les veuves ou le projet de loi sur l'Autorité de la parité qui le feront oublier.
La ministre Bassima Hakkaoui, qui aurait pu jouer un rôle plus prégnant, se retrouve contrainte à faire de la figuration ministérielle, coupant ainsi le gouvernement des mouvements féministes, qui souhaitaient avoir un interlocuteur au sein de la majorité. Le gouvernement n'a pas, non plus, pu permettre l'éclosion d'un réel féminisme islamique, faute d'avoir accepté de suivre la dynamique royale qui a donné naissance à la moudawana.
Le mouvement féminin reste, aujourd'hui, à dominante laïque, au plus grand dam du PJD qui paie le prix de ses erreurs tactiques passés, et anti-gouvernemental, au plus grand dam, encore, du PJD qui paie le prix de ses erreurs actuelles.
Un féminisme islamique fort ne passe plus par le MUR, qui se refuse à mettre à jour ses conceptions sur la question, mais par des figures progressistes et modernistes comme Bassima Hakkaoui et Asmae Lamrabet.
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