Sahara, le processus onusien est (momentanément?) bloqué
Le Maroc célèbre ce jeudi 6 novembre la Marche Verte, dans un contexte marqué par un blocage onusien. Le Royaume essaie en effet d’obtenir un recadrage du processus et des missions de l’ONU qui ont dérapé par rapport au mandat initial.
Les trois démarchés adoptées depuis 1991 par l’ONU ont échoué. Et ce n’est vraiment pas la faute du Maroc. Le Royaume est la seule partie qui a fait un pas concret et consistant dans la recherche d’une solution.
Rappelons-nous.
En 1991, est entamé le processus onusien censé aboutir à un référendum. Un processus qui n’a jamais abouti à cause des obstacles posés par le polisario à l’identification des votants. Sans corps électoral, pas de scrutin. Et sans critères pour le définir, pas de corps électoral.
En 2007, l’ONU entame une nouvelle démarche. Elle consiste à rechercher une “solution politique, juste, durable et mutuellement acceptable, qui permette l’autodétermination“.
Le texte parle bien d’une solution “politique et mutuellement acceptable“. Il ne s’agit en aucun cas d’imposer quoi que ce soit au Maroc, du genre donner un mandat à la Minurso pour surveiller le respect des droits de l’Homme. Ni aucun autre diktat.
Ce mandat est formulé dans la résolution 1754 (2007) du Conseil de sécurité.
Dans la première étape, entre 2007 et 2012, treize réunions des différentes parties ont été organisées, sans aucun progrès, si on excepte la proposition marocaine d’autonomie.
En 2013, une nouvelle approche est entamée: elle consiste en des réunions bilatérales entre l’envoyé personnel Christopher Ross et chacune des parties, sous le sceau de la plus grande confidentialité, pour les pousser à imaginer des solutions nouvelles. Ces navettes devaient se poursuivre pendant six mois, à raison d’une navette par mois, au cours du mois de juin dernier.
Si cette nouvelle démarche ne permet d’aboutir à aucun progrès, le secrétaire général a promis d’en constater l’échec en avril prochain et de proposer au conseil de sécurité d’examiner de nouvelles approches.
Mais les navettes programmées à partir de juin 2014 n’ont pas eu lieu. Après le dérapage d’avril dernier à l’ONU, où la possibilité d’un élargissement des prérogatives de la Minurso pour englober les droits de l’homme a été envisagée, le Maroc a demandé des garanties quant au respect du mandat initial de l’ONU.
Dès octobre 2013, le Maroc avait confirmé qu’il était disposé à adopter la nouvelle démarche de navettes, tout en se disant mal à l’aise face à toute discussion sortant du cadre de leur proposition d’autonomie, dont le Conseil de sécurité avait reconnu la prééminence.
Après la résolution du 29 avril 2014, le Maroc avait besoin d’être rassuré.
“Salaheddine Mezouar, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, a dépêché à New York, le 18 juin dernier, une délégation de haut niveau, présidée par le Secrétaire Général du ministère pour rencontrer et discuter avec M. Ross des objectifs de sa visite et des voies et moyens pour garantir sa réussite", raconte l'ambassadeur Omar Hilale à la MAP, précisant que les "entretiens avec M. Ross ont été francs et constructifs".
Ils ont "permis d'aborder, a-t-il dit, tous les aspects du processus de négociation, y compris les dérapages du dernier rapport du Secrétaire Général, ainsi que la nécessité d'imprimer de la clarté dans sa mission, de la transparence dans ses entretiens et dans l'élaboration des rapports, et surtout une plus grande prévisibilité pour l'avenir".
Dans cette perspective, le Maroc "lui a remis un questionnaire sur ces différents aspects. Une réponse de sa part nous a été promise dans la semaine. Elle n’est jamais venue“, explique la même source.
Entretemps, dans les couloirs de l’ONU et lors des points de presse, une rumeur se répand: Christopher Ross a démissionné. En réalité, M. Ross a fait planer la menace d’une démission.
"Le plus important dans une négociation politique ce n'est pas l'homme, mais le process lui-même", a ajouté M. Hilale, citant l'ancien Secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger.
En d'autres termes, la confiance est sérieusement entamée. Le processus est bloqué.
"Je voudrais réitérer notre ferme attachement au processus politique qui passe impérativement par la neutralité du Secrétariat des Nations Unies, l'impartialité de la Minurso, la prévisibilité dans le processus de négociation et la transparence dans la facilitation, afin que le discours qui est délivré à Rabat, Alger, Tindouf ou New York soit identique, et éviter, ainsi, le double langage, générateur de tension et d'érosion de la confiance", a affirmé M. Hilale à la MAP.
Le Maroc, pour sa part, reste "engagé dans le processus de négociation politique onusien sous les auspices du Secrétaire Général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, et le Conseil de Sécurité", a-t-il ajouté, précisant que le Royaume "reste résolument déterminé à tout mettre en œuvre afin de parvenir à une solution politique, consensuelle et définitive" au différend régional sur le Sahara, sur la base de "sa proposition d'autonomie du Sahara" présentée en 2007 et qualifiée depuis, par toutes les résolutions du Conseil de Sécurité, de sérieuse et crédible .
Dans plusieurs entretiens téléphoniques avec le secrétaire général de l’ONU, le Roi Mohammed VI a souligné "l'impératif de préserver les paramètres de la négociation tels qu'ils sont définis par le Conseil de Sécurité et de sauvegarder le cadre et les modalités actuels de l'implication de l'ONU".
Le Maroc ne comprend pas et n’accepte pas que les missions de la Minurso dévient du mandat initial. Idem pour le processus onusien. Le Royaume ne comprend pas non plus l’absence de toute pression sur l’Algérie pour que soient réalisés l’identification et le recensement des populations de Tindouf, malgré les résolutions du conseil de sécurité qui appellent chaque année à cette identification.
La situation est aujourd’hui bloquée parce que le Maroc n’arrive à obtenir ni le respect du mandat initial de la Minurso ni le respect des paramètres de la négociation.
Une source autorisée marocaine nous a affirmé: “Nous sommes dans une démarche de recadrage du processus et des missions après le dérapage d’avril“.
Ce recadrage et un redémarrage du processus onusien passent-ils nécessairement par la nomination d’un nouvel envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU? L’avenir nous le dira.
Un dialogue national sur le Sahara
Le Roi Mohammed VI a appelé à l'ouverture d'un dialogue national franc et d'un débat responsable et sérieux sur les différentes idées et conceptions envisageables, en vue d'élaborer des réponses claires à toutes les questions et préoccupations des populations de la région du Sahara, et ce, dans le cadre de l'unité nationale et de l'intégrité territoriale du pays.
Le Souverain a fait part de son intention d'opérer une rupture avec le mode de gouvernance précédant, et permettre aux fils de cette région de participer à la gestion de leurs affaires locales, dans un cadre de transparence, de responsabilité et d'égalité des chances, engageant, par la même occasion, le secteur privé à s'impliquer davantage dans le développement des provinces du Sud.
Le Souverain a rappelé, à cet égard, l'appel qu’il a lancé à une révision radicale du mode de gouvernance des provinces du sud, ainsi que sa décision de mettre en œuvre la régionalisation avancée et le modèle de développement de ces provinces.
Le Roi a mis en exergue les nombreuses réalisations que ces régions ont connues depuis leur récupération dans les domaines les plus variés, affirmant que les chantiers qui seront engagés l'année prochaine, devraient être déterminants pour l'avenir de la région, car il s'agit de la mise en œuvre de la régionalisation avancée et du modèle de développement des provinces du Sud.
Le Roi a, néanmoins, fait savoir que cette régionalisation ne se réduit pas à des textes juridiques et au transfert, du centre vers les régions, des ressources matérielles et humaines, mais sera plutôt fondée sur le "patriotisme sincère impliquant un attachement sans faille à l'intégrité territoriale de notre pays".
"Nous voulons des zones et des régions solidaires, complémentaires, qui s'entraident et se soutiennent mutuellement" car les Marocains constituent un "brassage civilisationnel authentique entre toutes les composantes constitutives de l'identité marocaine", a affirmé le Souverain.
"La régionalisation que nous appelons de nos vœux a donc vocation à valoriser cette richesse et cette diversité humaine et naturelle" et "est de nature à conforter ce brassage, cette solidarité et cette complémentarité entre les enfants de la Patrie unie et entre toutes ces régions", a expliqué le Roi.
Le Souverain a mis en exergue les sacrifices consentis par l'ensemble des Marocains, quarante années durant, pour "recouvrer la terre, libérer l'homme, redonner sa dignité au citoyen marocain au Sahara, gagner son cœur et renforcer son attachement à sa patrie" car, a réitéré le Roi, "l'affaire du Sahara n'est pas la cause des sahraouis uniquement", mais elle est "l'affaire de tous les Marocains".
Le Souverain a indiqué, à ce propos, que "le Sahara est une question d'existence et non une question de frontières", soulignant que "le Maroc restera dans son Sahara" et que "le Sahara demeurera dans son Maroc jusqu'à la fin des temps".
Rappelant les différentes formes de sacrifices que les Marocains ont consentis en faveur des provinces du sud depuis 1975, le Roi a fait savoir que depuis la récupération du Sahara, pour chaque dirham des recettes de la région, le Maroc investit 7 dirhams dans son Sahara, dans le cadre de la solidarité entre ses régions et entre les enfants de la patrie unie.
Le Souverain a expliqué que les indicateurs de développement humain dans la région, qui étaient, en 1975, inférieurs de 6 pc par rapport aux régions du Nord du Maroc, et de 51 pc par rapport à la moyenne nationale en Espagne, dépassent aujourd'hui de loin dans les provinces du sud la moyenne des autres régions du Royaume.
"Voilà pourquoi je dis, et en toute responsabilité: assez de mystification sur une prétendue exploitation par le Maroc des richesses de la région", a dit le Souverain, soulignant qu'Il est un fait que ce que produit le Sahara ne suffit pas à satisfaire les besoins de base de ses populations et que les Marocains ont supporté les coûts de développement des Provinces du Sud en donnant de leurs poches, et en prélevant sur les moyens de subsistance de leurs enfants, "pour que leurs frères du Sud puissent vivre dignement".
Faisant le points sur les "défaillances" ayant entravé la marche des provinces du sud, le Roi a fait savoir que "le mode de gestion au Sahara a connu des dysfonctionnements qui en ont fait au fil des ans un terrain propice à l'économie de rente et des privilèges indus", dénonçant ceux qui "ont fait de l'extorsion une doctrine immuable" et "ont érigé la rente et les privilèges en droits imprescriptibles, faisant de la cause nationale un fonds de commerce instrumentalisé au service de leurs intérêts propres".
Le Roi a, toutefois, relevé que "ces opportunistes restent malgré tout une minorité, qui n'a pas sa place parmi les Marocains, pas plus qu'elle n'a d'impact sur l'attachement des sahraouis à leur Patrie".
Soit on est patriote, soit on est traître
Le Roi Mohammed VI a affirmé que le Maroc "ne sera jamais une fabrique pour les martyrs de la trahison", en soulignant que si l'erreur est humaine, la trahison reste "impardonnable".
"Il est vrai que la Patrie est clémente et miséricordieuse, et elle le restera, mais une seule fois et pour celui qui se repent et revient à la raison", a tenu à préciser le Souverain.
Le Roi a ainsi mis en garde ceux qui persistent à trahir la patrie, rappelant que toutes les législations nationales et internationales considèrent que "l'intelligence avec l'ennemi relève de la haute trahison".
Il n'y a pas de degrés en patriotisme ou en trahison, a tenu à préciser le Souverain, en ce sens que "soit on est patriote, soit on est traître".
Et de souligner que les vrais martyrs sont "ceux qui ont donné leur vie pour la liberté et l'indépendance de la Patrie, et ceux qui ont consenti au martyr pour en défendre la souveraineté et l'intégrité".
"C'est pourquoi Je dis: Halte aux surenchères sur le Maroc, et halte à l'instrumentalisation de l'espace des droits et des libertés garantis par le pays pour comploter contre lui", a averti le Souverain.
Evoquant la question des droits de l'Homme, le Roi a souligné que le Maroc dispose de ses instruments et de ses institutions propres, dont le sérieux et la crédibilité sont reconnus internationalement, pour prendre à bras le corps toutes les questions liées à ces droits, rappelant que le Royaume est le seul pays de la région qui collabore avec les procédures spéciales du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies.
Le Maroc, a assuré le Souverain, est également disposé à s'ouvrir davantage sur les différentes instances et les divers organismes internationaux des droits de l'Homme, qui font preuve d'impartialité et d'objectivité dans le traitement des questions le concernant.
Le Roi a également affirmé de manière ferme et sans équivoque que le Maroc refuse la politique de minimisation de ses initiatives et de dramatisation des événements qui se produisent dans les provinces du sud, en échange du silence et de la compromission par rapport à ce qui se passe à Tindouf et dans les pays voisins.
"Notre attachement à la création des conditions d'une vie digne pour nos citoyens, n'a d'égal que Notre volonté de garantir l'ordre public et la sécurité des citoyens dans le cadre de l'Etat de droit", a souligné le Souverain.
Et d'ajouter, à ce propos, que le Maroc refuse tous les agissements visant à porter atteinte à sa sécurité et sa stabilité, précisant que le Royaume entend s'y opposer en toute responsabilité et avec toute la fermeté requise, dans le cadre de la loi et sous l'autorité de la justice.
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