Une grève hors contrôle, Benkirane directement visé
Il ne s'agit pas d'une grève, mais de plusieurs grèves, les unes dans les autres au même moment. La multiplicité des acteurs, des participations et des revendications en fait une grève générale sans-identité-fixe, exprimant un mécontentement général qui cible d’abord Benkirane.
Le front qui appelle (ou soutient) la grève générale annoncée pour ce mercredi 29 octobre continue de s’élargir. La grève prend une tournure politique affirmée qui cible directement Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement et du PJD. C'est un véritable front anti-Benkirane qui s'est mis en place.
Contacté il y a quelques jours par Médias 24 au sujet de la grève générale du 29 octobre, et sur la participation de l'UGTM, centrale connue pour sa proximité avec l'Istiqlal, à la grève, le SG de l'UMT Miloudi Moukharik avait déclaré que "le syndicat n'a pas été invité par l'UMT". Une information qui nous avait été confirmée par Mohamed Kafi Cherrat, le SG de l'UGTM, qui a expliqué que "sa centrale n'a pas été invité par les trois syndicats initiateurs, mais qu'elle a étudié l'idée de la grève générale, et qu'elle a à maintes fois appelé à son organisation".
L’UGTM se joint donc de sa propre initiative à la grève.
Néanmoins, Miloudi Moukharik semblait lucide sur la situation de cette centrale. Si Kafi Cherrat est une figure plus neutre, politiquement, que l'ancien SG de l'UGTM Hamid Chabat, il n'en demeure pas moins que les liens entre UGTM et Istiqlal restent forts. "Le nouveau-ancien secrétaire général", comme le nomme Moukharik, conscient du fait qu'il a fallu que tout change pour que rien ne change au sein de cette centrale, a donc répondu par la positive à l'appel ouvert à la grève.
Appel ouvert, car contrairement à la marche du 6 avril 2014, que l'UMT, la CDT et la FDT voulaient apolitique, il n'y a pas eu de refus de participation de l'UGTM, ni de mise en garde concernant toute tentative de récupération politique, comme ce fut le cas le 6 avril, les syndicats ayant exclu de leur marche, en plus des partis, les ONG, les mouvements et les syndicats politiques ou politisées.
Une grève n'est pas une marche dont on peut exclure des composantes, car chacun fait grève chez soi, dira-t-on, mais les syndicats ne se sont pas donné la peine de se désolidariser des ONG et des partis politiques qui ont annoncé leur participation, ni déclaré ne pas défendre les revendications politiques dont ces derniers sont porteurs.
Désormais, l'UGTM demande, elle aussi, sa place dans la table des négociations avec le gouvernement. Et la FDT de Fatihi, que les syndicats ont refusé d'inviter à la grève générale en raison de sa trop grande proximité avec Driss Lachgar, et pour ne pas froisser Abderrahmane Azzouzi, SG de la FDT, s'est fait inviter par l'UGTM.
Un communiqué commun de l'UGTM et de la FDT de Fatihi --pour ne pas dire de l'Istiqlal et de l'USFP-- a été publié dans l'édition de mardi du quotidien Istiqlalien Al Alam.
Les deux syndicats s'y indignent de n'avoir pas reçu d'invitation au dialogue social avant ou après la grève qu'ils avaient organisée le 23 septembre, et annoncent participer à la grève du 29 octobre. "Chassez Fatihi et il revient au galop", a semblé dire l'UGTM aux syndicats.
Une politisation inexorable de la grève
Moins d'une demi-journée avant le début de la grève, les mouvements politiques, politiquement non-neutres ou associatifs qui ont annoncé leur soutien ou leur participation sont nombreux: le mouvement Al Adl wal Ihsane, le mouvement Damir, l'AMDH, le Collectif des associations des droits de l'homme.
Ils joueront un rôle clé dans la réussite (ou l'échec ?) de la grève de demain, en raison de leur force numérique et de leur capacité à mobiliser. Mais aussi grâce aux organes de presse partisane ou proche de tel ou tel parti ou mouvement.
En dehors des revendications sociales des syndicats, et des syndicats seuls, chacun de ces mouvements a des griefs, bien à lui, contre le gouvernement ou contre la personne de Abdelilah Benkirane. Des griefs qui ne concernent que rarement la gestion du social par le gouvernement.
Les partis politiques de l'opposition y prendront part, eux aussi: lundi après-midi, le PAM, l'Istiqlal, l'USFP et l'UC ont déclaré soutenir la grève. L'Istiqlal et l'USFP, eux, ont déclaré y participer. Comment? En boycottant les travaux des commissions parlementaires. En attendant un mémorandum des députés au chef du gouvernement, lui demandant l'amélioration de leurs conditions sociales ...
La grève générale est un fusil à un seul coup. Une fois le coup parti, on ne peut pas recharger. On verra si le coup aura atteint sa cible.
à lire aussi
Article : Mondial 2026. Comment le Maroc a rivalisé avec le Brésil
ANALYSE. Après une première demi-heure très aboutie, l’équipe nationale a payé le prix de ses ambitions avant de se rendre à la raison face au Brésil, samedi 13 juin, lors de la première journée du groupe C. Si Ayyoub Bouaddi et Achraf Hakimi ont survolé la rencontre, le capitaine de l’EN n’est pas exempt de tout reproche sur le but égalisateur. Mais il n’est pas le seul.
Article : Fouzi Lekjaa : “Le Maroc ne doit son influence qu’à ses résultats”
Rumeurs d’influence, projet sportif marocain, CAF, FIFA, binationaux… Dans un entretien accordé à Al Jazeera, Fouzi Lekjaa défend une vision globale du football national et un modèle structuré, fondé sur la formation, la performance et l’impact social. Il écarte toute idée d’influence occulte ou de “pouvoir caché”.
Article : Made in EU : Renault et Stellantis plaident pour l’Europe, mais gardent une porte ouverte au Maroc
Dans une position commune adressée aux députés européens, Renault, Stellantis et Volkswagen soutiennent le principe d’un contenu européen de 70% pour les véhicules électriques. Les trois groupes demandent que seules les activités réalisées dans l’Union européenne et l’Espace économique européen soient comptabilisées comme européennes. Le Maroc resterait donc en dehors de ce calcul, mais pourrait continuer à jouer un rôle dans les chaînes de production grâce à la marge de 30% prévue pour les pays tiers.
Article : Qui sont ces Marocains qui traversent la planète pour leur équipe nationale ?
À la suite de la qualification historique des Lionceaux de l’Atlas pour la finale de la Coupe du monde U20 au Chili, près de 600 Marocains ont réussi à rejoindre Santiago en moins de quarante-huit heures. Derrière cette mobilisation exceptionnelle émerge une autre question : qui étaient ces femmes et ces hommes prêts à parcourir plus de 10.000 kilomètres pour assister à une finale mondiale de jeunes ? L’enquête révèle une réalité bien plus complexe et plus riche que l’image traditionnelle du supporter de football.
Article : Fiat prépare le lancement de deux nouveaux modèles : Fastback et Grizzly
Fiat élargit sa gamme avec deux nouveaux modèles destinés au segment C : les Fiat Fastback et Fiat Grizzly, dont le lancement est prévu en Afrique & Moyen-Orient au second semestre 2026.
Article : Gaz naturel : après le repli d’avril, les importations du Maroc repartent à la hausse
Les importations marocaines de gaz naturel via le gazoduc Maghreb-Europe (GME) retrouvent une dynamique haussière, après un creux en mars et avril qui avait alimenté les craintes d’une crise d’approvisionnement. En cause, non pas les tensions au Moyen-Orient, mais une demande électrique saisonnière plus faible, accentuée cette année par une production hydroélectrique exceptionnelle. Explications.