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Abdelilah Benkirane: “Jazakoumou allahou khayran…“

Le chef du gouvernement a défendu sa politique financière et budgétaire face à une opposition peu convaincue ce mardi 28 janvier. Contrairement à ses habitudes, Benkirane est resté maître de sa personne.

Abdelilah Benkirane: “Jazakoumou allahou khayran…“

Le 28 janvier 2014 à 19h10

Modifié 28 janvier 2014 à 19h10

Le chef du gouvernement a défendu sa politique financière et budgétaire face à une opposition peu convaincue ce mardi 28 janvier. Contrairement à ses habitudes, Benkirane est resté maître de sa personne.

Les débats n’ont pas dérapé même s’il n’a pas pu s’empêcher de rire de ses opposants d’une manière narquoise voire méprisante.

Drôle de séance mensuelle consacrée à la politique générale du gouvernement ce mardi à la Chambre des Représentants.

 Une fois n’est pas coutume, elle déroulée dans le calme et il n’y a pas eu l’inévitable clash entre Benkirane et ses opposants. Contrairement à la dernière séance qui avait fait éclater unepolémique sur le transfert clandestin des fonds à l’étranger, le chef du gouvernement n’a pas été ébranlé par ses interlocuteurs qui n’ont pas réussi à lui faire perdre son calme.

Si comme prévu, il n’a pas réussi à les convaincre, il est cependant apparu en grande forme et il faut croire qu’il est désormais rôdé et bien armé à l’exercice du jeu des questions réponses. Au point de répondre parfois à côté, technique bien connue des hommes politiques.

Dans une darija parsemée de “jazakoumou allahou khayran…“ et de “Ouksimou billah…“, mais aussi d’expressions en langue française ("ça ronge le coeur", "comment on dit régulation en arabe?"…).

 

Questions partisanes

La séance mensuelle de questionnement sur la politique de Benkirane était divisée en deux parties.

La première réservée aux formations de la majorité gouvernementale (PJD-RNI-MP-PPS) qui portait sur la mise à niveau du secteur financier a permis à Benkirane de revenir sur l’amélioration réelle des indicateurs macroéconomiques du pays à un moment où la polémique bat son plein après la publication par le HCP de statistiques différentes de celles défendues par le gouvernement.

La deuxième partie de la séance a été l’occasion pour les groupes d’opposition d’interroger chacun à tour de rôle le chef de gouvernement sur un dossier bien particulier.

L'opposition (PAM, PI, USFP et UC) a enchaîné les questions sur des sujets d’actualité comme la loi de Finances 2014, le problème des villes, le climat des affaires, le problème de la dette nationale, la corruption et le Fonds Hassan II.

 

Quand l’économiste Benkirane appelle Dieu à la rescousse

D’emblée, Benkirane est apparu détendu et souriant et a promis de ne pas répondre aux "provocations". Il a cependant demandé à ses questionneurs de respecter les formes en restant polis. Pour planter le décor, il s’est félicité que depuis son arrivée au pouvoir et contrairement aux prévisions de ses adversaires, “les recettes du tourisme et les transferts des MRE ont enregistré une hausse ininterrompue“, ce qui est à peu près vrai. Il poursuit que “malgré tout ce qui peut être dit ici et là, les choses changent progressivement et positivement au Maroc car tout ne peut être fait brusquement“.

Il affirme que son seul objectif est d’arriver à “l'équilibre macro-économique qui doit être préservé coûte que coûte".

Pour cela, “le Maroc n'envisage pas pour le moment de recourir à la ligne de crédit de précaution d'un montant de 6,2 milliards de dollars mise à sa disposition par le Fonds monétaire international (FMI)“.

Il assure à qui veut l’entendre que “par la grâce de Dieu, cette ligne de crédit à été accordée sur le seul critère de sa crédibilité et sur la base de la solidité des réformes. Avec un grand sourire, Benkirane en conclut que “si le FMI n'était pas convaincu, il n'aurait jamais donné son accord et d’ailleurs, Christine Lagarde loue la politique économique menée“.

Dans un exercice d’autocongratulation, il assure que «grâce à Dieu, notre économie a évité la grave crise qui sévit ailleurs car de nombreuses lois ont vu le jour pour consolider le secteur financier en matière du contrôle des assurances, de la prévention contre les crises financières, des marchés boursiers et des capitaux“.

Au sujet du fardeau de la dette nationale, il poursuit son argumentaire en jurant encore une fois devant Dieu et par Dieu, que «sa majorité en a hérité car en novembre 2013 elle s'élevait à 722 milliards de dirhams“, soit une hausse d’à peine 2,5% par rapport l'année précédente.

Sur la prochaine entrée en lice des banques islamiques, Benkirane qualifie de «positifs les nouveaux produits commercialisés par ces établissements alternatifs» et que «grâce à l’aide de Dieu, ils devront permettre de promouvoir l'épargne et les investissements étrangers".

 

Benkirane peu convaincant sur le développement de la corruption

Indéniablement, le moment fort de cette séance mensuelle fut la question soulevée par l’USFP sur la place de la corruption au Maroc. Soulignons qu’une délégation de l’ONG Transparency International conduite par sa présidente Huguette Labelle était présente au sein de l’hémicycle.

A la question du député Ahmed Reda Chami qui s’étonnait du recul du Maroc dans le classement sur la corruption de Transparency international, question formulée d’une manière intelligente et subtile,  Benkirane a d’abord reconnu ne «pas pouvoir défendre l’indéfendable» avant de constater que la corruption est universelle.

Il affirme qu’il a mis en place une charte des services publics censée la combattre mais qu’elle «ne disparaîtra pas si les citoyens ne s’impliquent pas aussi». Une manière de botter en touche en estimant que le citoyen a une part de responsabilité. Le citoyen pourra la dénoncer aux autorités grâce au numéro vert mis en place par le ministre de la justice Mustapha Ramid. Pour faire bonne figure, il a fait part de son optimisme sur le prochain classement de Transparency où la position du Maroc devrait s’améliorer.

La réalité, c’est que Benkirane n’a pas été efficace en matière de lutte et de prévention de la corruption.

Au final, si le discours de Benkirane donne l’impression d’être rôdé, il devrait cependant éviter de jurer à tout bout de champ car ce qui compte au final ce ne sont pas les mots mais les actes.

Pour l’anecdote, il apparaît qu’il s’est pris d’un amour immodéré pour la langue de Molière car il n’arrive pas à s’empêcher d’émailler ses effets de manches de citations françaises ou plus drôle encore de traduction littérale de l’arabe.

Au final, l’on retiendra que Benkirane a fait preuve de calme et parfois même de sagacité mais s’il est désormais très à l’aise dans son rôle, il semble qu’il donne l’impression d’octroyer des faveurs aux Marocains et pas simplement leurs droits de citoyens.

 

 

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