Bassima Hakkaoui devient féministe
La discrimination des femmes doit être combattue, l’égalité des sexes respectée, les hommes coupables condamnés… Ainsi parle Bassima Hakkaoui sur Al Oula. Moment de vérité ou attitude de circonstance ?
Invitée à parler du projet de loi relatif à la lutte contre la violence faite aux femmes, mardi 17 novembre, la ministre de la Solidarité, de la femme, de la famille et du développement a fait preuve d’un engagement féministe à toute épreuve en défendant son projet de loi, en dépit d’un manque d’enthousiasme de la part des associations féministes.
Un jour plus tôt, elle avait officiellement lancé à Rabat la 11ème campagne nationale sur le sujet : une opération annuelle qui se tiendra jusqu'au 22 décembre prochain, avec comme slogan : « Stop à la violence à l'égard des salariées ». Bref, un mois pour mener une campagne de sensibilisation !
« Il est inconcevable que la violence à l’égard des femmes ne soit pas encadrée par une loi. Il faut savoir que la mobilisation du gouvernement actuel, de ceux qui l’ont précédé ou de la société civile donne un crédit suffisant à l’adoption de cette loi ». Manifestement, le moment opportun est venu, selon la ministre.
« Cette loi aura un rôle pédagogique et permettra de combattre l’inégalité entre les sexes et toutes les formes de violence à l’égard des femmes », a-t-elle ajouté.
« Le viol n’est pas uniquement sexuel : entrer par effraction dans l’intimité d’une femme, dans son espace privé est inadmissible, cela laisse des traces psychologiques à vie ».
Plus tard, elle s’est réjouie que les hommes s’invitent au débat, qu’ils combattent eux aussi la violence contre les femmes. « Ce n’est pas l’affaire des femmes seulement, mais de la toute la société », a-t-elle dit.
Selon une note du Haut Commissariat au Plan (HCP) datée de 2011, 62,8% des femmes au Maroc, soit 6 millions d'entre elles (sur les 9,5 millions de femmes entre 18 et 64 ans recensées), ont été victimes de différentes formes de violences en 2010. Une loi permettra-elle de mettre fin à ces chiffres vertigineux ?
« A l’évidence, une loi ne peut pas à elle seule éradiquer ce phénomène une fois pour toute. Mais il s’agit un outil pédagogique, qui sera pris en considération par les hommes (…), non seulement les femmes seront protégées, mais les hommes coupables seront condamnés, ce qui répond aux aspirations des associations féminines », a-t-elle estimé.
Sans doute faisait-elle référence au cas d’Amina Filali, avant d’ajouter que le harcèlement sexuel ne concernait pas uniquement le lieu de travail, mais l’espace public en général.
Mme Hakkaoui a également précisé que ce projet de loi était le fruit de plusieurs années de travail, et qu’auparavant, il y avait plusieurs petites cellules pour combattre cette forme de violence. Elle a ensuite donné cet exemple savoureux : « il arrive que des agents des forces de l’ordre, censés protéger les citoyens, harcèlent les femmes dans la rue. Désormais, ils seront punis ». Super !
Au Maroc, la violence à l’égard des femmes est en recrudescence. En effet, pas une semaine ne passe sans qu'une histoire tragique ne vienne conforter ce diagnostic, et la vie publique reste truffée de déclarations sexistes. Cette semaine, un homme a une fois de plus déclaré publiquement à la télé qu’il était normal que les hommes harcèlent les femmes dans la rue si elles sont légèrement vêtues.
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