Abdallah Laroui : “La darija langue écrite couperait les Marocains de la culture arabe”
Le quotidien Al-Ahdath Al-Maghribia a publié ce jeudi la seconde partie de l’entretien avec le penseur Abdallah Laroui au sujet de la darija. Dans la première partie, il affirmait que "l’appel à enseigner en darija voulait miner l’unité du Maroc".
Il a estimé que l’on peut enseigner en darija aux enfants jusqu’à l’âge de 12 ans environ. Au-delà, la darija, qui est une langue purement orale, ne peut pas servir comme vecteur d’enseignement. Si on le faisait, cela aurait pour conséquence de nous couper de la littérature arabe et de son immense richesse accumulée au fil des siècles.
Voici quelques propos extraits de la seconde partie de l’entretien :
-Je suis habité par cette question de la darija.
-Dans mon roman «Al-Yatim» [L’orphelin], j’avais à l’origine pour projet d’écrire uniquement en darija. Je n’ai pas pu. Le niveau de la darija est spécifique à la communication orale. [Il cite un passage de son roman, avec des allusions à «La mort à Venise» de Thomas Mann, et à Hemingway d’"Au delà du fleuve et sous les arbres"].
-En darija, je n’aurais jamais pu rédiger ces passages suggestifs, où il est fait allusion à la littérature étrangère. Car ce passage est le produit de deux cents ans d’accumulations et d’interactions entre les cultures. Avons-nous le temps d’attendre deux siècles pour que la darija puisse assimiler la littérature ?
-La problématique ne consiste pas à utiliser des expressions comme «ma tkich ouladi».
-Les personnes qui n’ont pas de relation avec la culture, ni de près ni de loin, doivent prendre leurs distances avec ce sujet. Elles n’ont pas le droit d’intervenir dans des questions graves qui concernent l’avenir de tout un peuple. La culture n’est pas une question politique ou économique passagère, elle bien plus que cela.
-Pour ce qui concerne «tamghrabit» (la marocanité), elle provient d’une sorte d’isolationnisme et je pense que l’homme politique aujourd’hui, ne peut pas appliquer cette politique isolationniste. Par contre, moi, homme de culture, j’ai le droit de choisir, j’ai le choix.
-C’est pourquoi je déclare que je rejette cet appel à enseigner en darija tout en étant fier de ma marocanité.
(…) Il s’agit de culture et d’un patrimoine accumulé au long de plusieurs siècles. On ne peut jeter Al Jahez, les mille et une nuits, Kalila wa dimna ou Mokhtar Soussi.
Nous ne devons pas nous comporter comme un peuple sans culture écrite et qui se met au service de sa culture orale. C’est pourquoi j’ai refusé, dès mon premier livre, ce que j’ai appelé la culture folklorique.
-J’ai refusé cette culture pour que nous ne nous retrouvions pas dans ce niveau primitif [ou rudimentaire], celui où l’on commence à s’ouvrir à l’écriture et à l’écrit, alors que les Grecs l’ont fait depuis 30 siècles et les arabes depuis 20 siècles.
Nous ne pouvons pas repartir de zéro et faire comme si nous n’avions pas de culture écrite.
-[Abdallah Laroui donne deux exemples: les Hollandais qui se sont enfermés selon lui dans leur langue hollandaise, de sorte qu’aucun de leur écrivains ou poètes n’est connu à l’étranger. Mokhtar Soussi n’a pas écrit en tamazight et James Joyce l’irlandais n’a pas écrit en celte.]
-Je suis allé très loin dans l’acceptation de la darija en tant que langue d’enseignement au cours des premières années du primaire. J’ai même demandé qu’on l’écrive dans un alphabet qui lui est réservé. Et j’ai même dit que cela n’empêchera pas, pendant le cycle primaire, d’acquérir les connaissances et même de briller dans les sciences, les techniques et l’art. Un seul point reste en suspens : c’est la culture littéraire.
-Si la darija devient une langue écrite, cela coupera les Marocains de la culture arabe et de ce qu’elle a produit pendant des siècles.
Demain, nous pubierons la troisième et dernière partie de cet entretien, avant de le commenter.
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