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MEDays 2013 : Qui décide? Les marchés, les politiques ou les peuples?

Tout le monde parle du déclin de l’Europe, mais, avant de passer au 3e ou 4e rang mondial, l’Europe a encore beaucoup de «gras» à perdre et un atout fort, son système politique démocratique.  

MEDays 2013 : Qui décide? Les marchés, les politiques ou les peuples?
Jamal Amiar
Le 19 novembre 2013 à 11h35 | Modifié 19 novembre 2013 à 11h35

Quand il s’agit de débattre de perte de pouvoir au profit des marchés ou d’institutions supranationales, nos voisins européens savent de quoi ils parlent.

 

Seul, naturellement des temps de crises comme ceux que vit le Vieux continent depuis 2007-2008 provoquent une telle interrogation : Qui décide ? Sachant que l’on se trouve en démocratie, et qu’en démocratie, c’est le peuple et les suffrages qui décident.

Mais le problème de l’Europe, exacerbé par la crise économique et sociale avec des taux de chômage supérieurs à 20% en Espagne, en Grèce et au Portugal et supérieur à 10% en Italie, en France et en Irlande, est illustré par les transferts de souveraineté au profit de Bruxelles, sachant que l’Europe existe pour éviter les conflits meurtriers, les guerres comme celles de 14-18 ou de 39-45.

Paradoxalement, la construction européenne mise sur les rails à partir des années 50 pour assurer paix et prospérité au Vieux continent a entrainé de nécessaires transferts de souveraineté, devenus aujourd’hui les boucs émissaires des problèmes économiques et sociaux du continent.

Ancien chef du gouvernement irlandais, Berty Ahern rappelle les énormes problèmes vécus en Irlande depuis la crise économique : des plans d’ajustement, des missions de la troïka, FMI-Banque mondiale et UE en visites à répétition à Dublin, du chômage, une chute du marché immobilier dans un pays à la mémoire historique fortement marquée par l’émigration et les guerres de religion. «Et comme si cela ne suffisait pas, souligne B. Ahern, nos voisins et partenaires européens vivaient des situations similaires».

«Le plus grave dans un processus de crise, indique B. Ahern qui a gouverné à Dublin au cœur de la crise financière, ce sont les rêves et les ambitions des gens qui sont cassés». La première conséquence souligna-t-il est que «les gens sont convaincus que les décisions politiques prises à Dublin ne sont pas les plus importantes. Dublin n’existe que pour faire ce que Bruxelles dit et pour anticiper sur les désidératas des marchés». C’est un fait, mais les peuples ont la mémoire courte parfois. Intégration et union signifient renoncements à des parts de souveraineté purement nationale.

Marchés interconnectés

Pour la députée européenne et ancienne présidente du parlement européen Rodi Kratsa (Grèce), il est clair que «les marchés financiers ont gagné en importance avec la crise car ils décident de l’agenda politique». «Dans la crise, poursuit-elle, les marchés financiers sont allés plus vite et ils ont attaqués l’euro, la monnaie unique, le symbole de la souveraineté (déjà) partagée, pour faire plier les politiques». Conclusion préliminaire de la députée grecque, tout comme celle du ministre irlandais auparavant : «Une question nationale, économique ou financière, devient internationale car les marchés sont interconnectés. «Du coup, ajoute l’élue grecque, la responsabilité des élus et du peuple entre en jeu».

Pour l’actuel ministre des Affaires étrangères tchèque et ancien Chef du gouvernement à Prague, Cyril Svoboda, «les Européens et les Etats-Unis croient qu’ils sont toujours des pouvoirs dominants, mais cela n’est plus vrai. «Le monde est post-américain mais aussi post-européen», comprendre par là, un monde moins conduit par des intérêts strictement occidentaux.

«Pourquoi donc, s’interroge-t-il, seuls 5 Etats font partie du Conseil de sécurité des Nations-unies ? Parce qu’ils ont défait le nazisme ? Parce qu’ils ont les premiers développé la bombe nucléaire. Les temps ont changé et les processus de décisions doivent changer», martèle-t-il avec le sourire en enfonçant le clou : «La responsabilité des USA et de l’Europe n’est pas de garder un droit de véto mais de veiller à l’application de la substance de la charte des Nations-unies ». On pense notamment aux dictatures et aux crises alimentaires, à la Syrie d’aujourd’hui, au peuple palestinien depuis 50 ans.

Un monde financier

Président de la Croatie de 2000 à 2010 et négociateur-clé de l’accord qui a vu son pays rejoindre l’UE le 1er juillet dernier, Stjepan Mesic du haut de son expérience post-Yougoslavie, post-guerre des Balkans et d’ancien président de la république, rappellera de manière concise que «si le monde n’est plus divisé en deux blocs, les guerres civiles et religieuses restent très nombreuses en Afrique et au Moyen-Orient. Il y a moins de conflits entre Etats mais de plus en plus de mouvements extrémistes, fondamentalistes, disposant de fonds et d’équipements militaires sophistiqués». «L’heure est grave» affirme-t-il, solennel.

Mais pour Mesic, «que ce soit pour instaurer la démocratie ou exporter la révolution, seuls les peuples ont le droit de décider», critiquant au passage l’eurocentrisme qui veut exporter la démocratie et les communistes d’hier qui voulaient exporter la révolution.

Pour Mesic, «la bataille qui se déroule aujourd’hui en Libye, en Irak ou en Syrie est seulement une bataille pour le contrôle de l’énergie et des autres ressources naturelles».

Pour l’ancien président croate, «les problèmes ont commencé avec la suspension de la convertibilité du dollar en or dans les années 70 qui a entraîné des manipulations monétaires grandissantes et un découplage entre l’économie réelle et les marchés financiers.

 Aujourd’hui, rappelle-t-il, le PIB mondial est de 50.000 milliards de dollars contre 300.000  milliards de dollars de masse monétaire sur les marchés financiers et 1% de la population mondiale détient 50% des revenus de la planète. «Cette situation, conclut Mesic constitue un déni absolu des principes élémentaires de la démocratie».

L’importance prise par le pouvoir des marchés financiers est souligné. Ahern parle de situation «où si les politiques ne prennent pas la bonne décision, les marchés décident à leur place» et Svoboda en soulignant que «la démocratie est le système le plus fort et le plus efficace» rappelle que «si vous voulez du changement, préparez l’alternative.» Un pays qui a un système démocratique et une opposition forte est un pays fort». Krasta est du même avis même si elle estime que «les marchés financiers aident à opérer certains équilibres».

Dans la salle, un commentaire revient : «Les peuples décident moins. Même les résultats de consultations démocratiques sont parfois bafoués avec le silence complice de grandes puissances. Les politiques et les marchés décident sans consulter personne, notamment sur les accords de libre-échange».

«Avec des garanties de liberté d’expression, avec la participation politique et dans le cadre d’un Etat de droit, la jeunesse doit s’engager», insiste le ministre tchèque des Affaires étrangères, Cyril Svoboda. «Les jeunes sont plus flexibles, ont des rêves et rejettent la corruption». Il s’agit de s’assurer que le partage et le contrôle des pouvoirs ne devienne pas un combat perdu d’avance.

S’agissant des multinationales dont nombreuses sont celles au chiffre d’affaires supérieur au PIB de dizaines d’Etats de la planète, le temps du débat ne fut pas suffisant pour aborder leur rôle. Mais on se doute bien que question décisions et pouvoir, elles ne sont jamais très loin.

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Jamal Amiar
Le 19 novembre 2013 à 11h35

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