L’enseignement de l’amazigh : ce qui bloque
Selon des acteurs de la société civile et des experts de la question amazighe, la mise en place d'un plan prévisionnel pour généraliser et améliorer l'enseignement de cette langue au Maroc est freinée par de nombreuses contraintes.
Parmi les contraintes, les experts et acteurs associatifs citent notamment la lourdeur du processus de généralisation horizontale et verticale, un manque de constance dans l'enseignement de la langue amazighe dans les établissements d'enseignement et le déficit constaté au niveau des cadres pédagogiques qualifiés.
Pour faire face à ces difficultés, ils préconisent de lancer un débat transparent et global portant sur le processus d'intégration de l'amazighe dans le système éducatif. Un débat qui doit rassembler des acteurs académiques et des représentants des instances éducatives et des associations d'enseignants de la langue amazighe outre des associations de la société civile et des lauréats des filières amazighes.
Dans ce sens, le recteur de l'Institut royal de la culture amazighe (Ircam), Ahmed Boukous, affirme que ce plan prévisionnel repose sur la mise en place d'une vision intégrale et efficace capable de généraliser l'enseignement de la langue amazighe horizontalement et verticalement dans l'enseignement public et privé. Il s'agit également d'intégrer les dimensions nationale, régionale et locale, a précisé M. Boukous lors d'une interview avec le portail amazigh de la MAP (MAP-Amazighe), à l'occasion du début de la nouvelle année scolaire 2013-2014.
Une telle action, a-t-il dit, est en mesure d'assurer la préservation et le renforcement des acquis en la matière, notamment la généralisation de l'enseignement de l'amazigh au niveau des cycles primaire et secondaire, la normalisation progressive de cet enseignement et l'adoption des caractères tifinaghe.
Le plan a également pour but de consacrer la nouvelle conception de l'identité nationale, telle que définie par la Constitution marocaine, au niveau des programmes et manuels éducatifs. Il s'agit également d'actualiser les textes juridiques et organiques afin de les harmoniser avec les exigences de la Loi fondamentale, en plus de l'activation de ces textes au niveau national, régional, provincial et local, et de garantir les ressources humaines qualifiées (enseignants, inspecteurs et formateurs) via la formation continue.
En outre, le recteur a mis l'accent sur la nécessité d'augmenter le nombre de professeurs d'amazighe et de les former dans les centres régionaux des métiers de l'éducation et de la formation crées au titre de l'année scolaire 2012-2013, ainsi que sur l'élargissement de l'enseignement public et privé de cette langue. Il a également plaidé pour l'augmentation des séances réservées à la langue amazighe qui sont au nombre de trois heures, afin d'accompagner son statut de langue officielle du pays.
M. Boukous, qui a passé en revue certains obstacles entravant l'intégration de la langue amazighe dans le système éducatif national, n'a pas omis de souligner les acquis enregistrés dans ce domaine depuis la signature d'une convention de partenariat entre l'Ircam et le ministère de l'Education nationale le 26 juin 2003.
A ce niveau, M. Boukous a rappelé que des manuels scolaires de langue amazighe destinés aux élèves des six classes de l'enseignement primaire ont été mis en place, ainsi que des guides pédagogiques pour enseignants, outre des supports de soutien sous forme de contes illustrés et de CD interactifs pour l'apprentissage de la langue.
Le processus d'élaboration des manuels scolaires a été accompagné d'un ensemble de formations dédiées aux cadres de l'enseignement, notamment à des inspecteurs, des enseignants et des formateurs, dans la perspective de la généralisation de l'enseignement de cette langue, a fait savoir M. Boukous, ajoutant que 14.000 enseignants et 300 inspecteurs on été formés pendant cette dernière décennie ainsi que 45 formateurs et formatrices et mille directeurs et directrices dans des centres et des établissements de l'enseignement primaire.
Par ailleurs, M. Boukous a affirmé que le nombre des enseignants d'amazighe ne dépasse pas 5.060, dont 385 sont spécialisés dans l'enseignement de cette langue, soit 4% de l'ensemble des enseignants du primaire. Ces enseignants s'occupent de la formation de 517.825 élèves issus des différentes académies régionales, selon des statistiques du ministère de l'Education nationale pour l'année 2012.
M. Boukous a conclu que la mise en oeuvre de la loi organique relative au caractère officiel de l'amazighe et de la loi relative à la création du Conseil national des langues et de la culture marocaine est à même de contribuer à l'élaboration d'une politique de l'éducation plus efficace, capable d'intégrer l'amazighe dans le système éducatif national.
(Avec MAP)
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