Bombardier mise sur l’innovation pour imposer son nouvel avion
Consommation de carburant réduite de 20%, moteur silencieux et recours à des matériaux composites, le groupe aéronautique canadien Bombardier mise sur un éventail d’innovations pour imposer sa nouvelle gamme d’appareils moyen-courriers CSeries.
Après cinq ans d’études et un investissement total de 3,4 milliards de dollars dans le projet, le troisième avionneur mondial a fait décoller lundi son premier CS100, écrivant un nouveau chapitre dans une longue histoire débutée en 1941 avec l’invention de la motoneige par Joseph-Armand Bombardier.
Jusqu’à présent, la société établie à Montréal était cantonnée aux avions régionaux et aux jets d’affaires. Mais avec le décollage réussi du premier CS100, Bombardier s’attaque à un marché dominé par Airbus (gamme A320) et Boeing (gamme 737).
L’atout du CS100 et du CS300, les deux premiers appareils d’une famille de monocouloir qui pourrait s’agrandir, est d’avoir été entièrement conçu à partir d’une feuille blanche, quand les deux leaders du marché actualisent les modèles déjà anciens de leur catalogue, estime Bombardier.
Le dernier avion de ce segment de 100 à 125 places, l’A320, est ainsi né en 1987, bien que le géant européen ait rénové ce modèle avec l’A320 Neo, attendu d’ici deux ans.
Boeing et Airbus «ont plusieurs années de retard» et «il sera difficile pour eux d’être compétitifs, même avec une version remotorisée», a commenté lundi le PDG de Bombardier Pierre Beaudoin, sur le tarmac de l’aéroport de Mirabel où est basée l’usine principale du groupe québécois.
Les 3.000 employés et invités de Bombardier qui s’étaient réunis lundi à Mirabel, au nord de Montréal, pour assister au vol inaugural du CSeries n’avaient de cesse de souligner le «silence» entourant le décollage et l’atterrissage du nouvel aéronef.
«On n’a même pas entendu l’avion décoller!», a plaisanté Mike Arcamone, président de la branche avions commerciaux de Bombardier. «On n’entend pas le moteur».
La réduction du bruit a été possible «d’abord en allégeant l’avion et en réduisant la traînée de l’avion par une meilleure aérodynamique», a expliqué à l’AFP Fasi Kafyeke, directeur des technologies stratégiques chez Bombardier. Ceci a ainsi permis de «réduire la taille nécessaire du moteur».
Le moteur lui-même, un PurePower développé par Pratt & Whitney, est davantage silencieux que les modèles similaires grâce à «un engrenage entre la turbine et la soufflante, ce qui fait que la soufflante de la CSeries tourne beaucoup plus lentement que les soufflantes des autres moteurs (...) et donc le bruit du jet est aussi plus faible parce que la vitesse de l’air est plus faible», selon M. Kafyeke.
En outre, «nous avons passé beaucoup de temps pour essayer de réduire le bruit de la carlingue», notamment «en faisant des formes plus aérodynamiques» du train d’atterrissage, a-t-il ajouté.
«Un train qui passe à côté de chez vous fait plus de bruit que la CSeries au décollage», a résumé ce dirigeant de Bombardier.
Autre innovation de la société québécoise: le recours à des matériaux composites, sur l’empennage, la partie arrière du fuselage, la nacelle et l’aile, ainsi qu’à l’aluminium pour la majeur partie du fuselage. Avec «jusqu’à 5.443 kg» de moins que les appareils de la même catégorie, selon Bombardier, le CSeries est censé consommer 20% moins de carburant.
Convaincu de sa supériorité face aux A320 et B737, Bombardier vise 50% d’un marché estimé à 7.000 avions d’ici 20 ans, a indiqué Pierre Beaudoin. Pour le moment toutefois, seules 177 commandes fermes ont été enregistrées. Il en manque 123 pour que le groupe canadien atteigne l’objectif qu’il s’est fixé pour le début de la commercialisation des CS100, dans un an.
(Avec AFP)
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