Aziz Daouda : Notre sport est devenu budgétivore et sans résultat!
Pour tenter d'apporter une explication face à l'échec cuisant de l'athlétisme marocain durant ces dernières années et plus récemment aux mondiaux de Moscou, Médias 24 s’est entretenu avec Aziz Daouda.
Ex directeur technique de la FRMA, ancien athlète et époux de la marocaine Fatima Fakir, ex-championne d’Afrique du 400 m, Aziz Daouda a découvert ou entraîné plusieurs pointures de l’athlétisme marocain, tels que d’anciens champions internationaux comme Saïd Aouita ou Hicham El Guerrouj. Son nom rime avec titres mondiaux et un âge d’or de l’athlétisme marocain auquel on pense désormais avec nostalgie.
Aujourd’hui consultant à Radio Mars et directeur technique de la Confédération africaine d'athlétisme (CAA), il a été coordinateur général des championnats du monde de cross-country en 1998 à Marrakech, directeur général des championnats du monde cadets d'athlétisme tenus en 2005 dans cette même ville et secrétaire général et directeur technique de la Fédération Royale marocaine d'athlétisme (FRMA).
En juillet dernier, la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) a honoré Aziz Daouda, en lui décernant l’Ordre du mérite pour services rendus à l’athlétisme au niveau mondial pendant plusieurs années. Entretien.
Les athlètes marocains sont rentrés bredouilles de Moscou. Et d'une manière générale, le Maroc ne cesse d’enchaîner les échecs dans les compétitions d'athlétismes mondiales. Pourquoi?
La norme est de faire partie des pays qui ne gagnent pas de médailles. Ils sont majoritaires et parmi eux de très grandes puissances qui nous dépassent de loin en tous points de vue.
Gagner des médailles relève de l'exploit. Hélas, nous en avons encore une fois raté le chemin.
La question est de savoir si nous mobilisons ce qu'il faut pour réaliser des exploits ou pas. Ce qui est certain, c’est que notre sport est devenu budgétivore, en vain hélas! Nous dilapidons beaucoup d'argent pensant que l'argent fait le bonheur...
La question est devenue structurelle pour le Maroc.
Quel est votre commentaire sur les mondiaux d'athlétisme de Moscou?
Encore une fois, les athlètes du monde entier et ceux des puissances de l'athlétisme étaient au rendez-vous mais hélas pas le public moscovite. Les championnats ont été un succès technique et télévisuel.
Dans un entretien accordé dimanche dernier à Euronews, Saïd Aouita parle d'une " fédération empoisonnée" ajoutant que "le sport est trop politisé". Qu'en pensez-vous?
Said Aouita est libre de s'exprimer comme il veut. Il profite de sa position là où il est pour régler ses comptes. Je ne partage aucunement ses positions et je n'oublie pas que M. Aouita a été directeur technique à deux reprises déjà.
De toutes les façons, le sport n'est que politique.
Vous avez réalisé de nombreux exploits en tant qu’entraîneur. Quel était votre secret?
L’État marocain m'a permis de me former dans les plus grandes universités. Je n'ai fait que mon métier. J'espère m'être convenablement acquitté de mon devoir envers mon pays et mes concitoyens.
Je n’oublie pas surtout de rappeler que j'ai été aidé en cela par des collègues tout aussi compétents et dévoués.
Pourquoi avez-vous quitté le monde de l'athlétisme?
J'ai quitté le monde de l'athlétisme quand il a commencé à être pollué et contaminé par la pourriture de la politique. Je dis bien la pourriture de la politique et non la politique. Nuance.
Quel regard portez-vous sur le dopage et l'inégalité entre les pays nord-sud pour ce qui est de l'utilisation du dopage?
La question de dopage est philosophique.
Est-il certain que le fait de prendre tel ou tel produit va avoir une corrélation directe avec la performance? Ce n'est nullement prouvé et ne le sera jamais.
Maintenant la communauté sportive, tout au moins les dirigeants dominants les instances mondiales ont décidé d'interdire ce qui jusqu'au milieu des années 60 était appelé préparation biologique. Les raisons de l'interdiction ont d'ailleurs évolué.
Je reste persuadé que c'est une guerre perdue d'avance. L'approche qui est celle de la lutte aujourd'hui fait au contraire l'apologie du dopage et des produits dopants.
On constate que la plupart des champions du 100m sont noirs. Existe-t-il une prédisposition ethnique ou physiologique de l'athlétisme?
C'est un fait que les différents types humains autour de la planète, ont chacun des spécificités. Ces spécificités physiques vont faire que les uns vont dominer telles ou telles épreuves et les autres telles ou telles autres épreuves. 'La démocratie' de l'athlétisme est qu'il y a des épreuves pour tous.
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