Erdogan au Maroc, une opportunité pour booster les échanges économiques maroco-turcs
Le président du Conseil d'affaires Turquie-Maroc, au sein du Conseil turc des relations économiques extérieures (DEIK), M. Osman Kocaman, a souligné l'importance de la visite qu'entamera lundi au Maroc le Premier ministre turc, M. Recep Tayyip Erdogan, et qui ne manquera pas, à ses yeux, de "booster les relations économiques maroco-turques, pour les hisser au niveau de l'excellence des relations politiques et diplomatiques qui ont toujours uni les deux pays".
Les échanges commerciaux entre la Turquie et le Maroc s'élèvent actuellement à environ 1,5 milliard de dollars, "un chiffre qui reste largement en-deçà des potentialités énormes des deux pays", a estimé M. Kocaman dans une interview accordée à la MAP à la veille de la visite du chef du gouvernement turc dans le Royaume.
"Ce chiffre pourrait doubler, voire tripler facilement eu égard aux atouts économiques des deux pays et aux changements importants qui s'y opèrent sur tous les plans (droits humains, libertés publiques, administration, justice etc", a dit M. Kocaman, qui fera partie de la forte délégation économique, accompagnant M. Erdogan lors de son déplacement au Maroc.
Cette visite permettra aux peuples turc et marocain et aux opérateurs économiques des deux pays de mieux se connaître, ce qui est essentiel pour se lancer dans des partenariats mutuellement bénéfiques, a souligné le président du Conseil d'Affaires Turquie-Maroc de DEIK, une des importantes associations patronales en Turquie.
M. Kocaman, présent au Maroc depuis 2008 à travers deux entreprises de droit marocain, avec des partenaires locaux, actives dans le domaine de la pêche du thon rouge en Méditerranée, a invité les hommes d'affaires turcs à venir investir massivement au Maroc, un pays qui offre "des atouts considérables très recherchés sur le plan des affaires".
Il a particulièrement mis l'accent, dans ce cadre, sur la stabilité politique et l'évolution que vit le Maroc, dans la continuité et la sérénité, à l'inverse d'autres pays de la région, qui ont été littéralement bouleversés par les changements profonds qui traversent la région suite au printemps arabe.
"Nous sommes présents au Maroc depuis cinq ans, c'est-à-dire avant et durant le printemps arabe et je pense que le pays a su bien gérer cette situation et a anticipé les changements, ce qui lui a garanti la stabilité et la sécurité, deux facteurs essentiels qui comptent beaucoup pour un investisseur étranger", a-t-il souligné, précisant que le Royaume constitue de ce fait "une réelle exception dans la région".
Le Maroc est un pays très important pour les opérateurs turcs dans la mesure où il dispose d'une position géographique stratégique qui lui permet de jouer le rôle de hub et de tremplin vers les pays africains, notamment de l'Afrique de l'Ouest où le Royaume dispose déjà d'une longue et riche expérience, qui sera certainement bénéfique pour les Turcs dans le cadre d'une coopération triangulaire, a-t-il noté.
La Turquie est un pays émergent qui cherche à se faire une place en Afrique et tirer profit de son fort potentiel de croissance dans le cadre d'une nouvelle stratégie visant à diversifier ses partenaires économiques et trouver de nouveaux débouchés surtout en ces temps de crise qui secoue plus particulièrement l'Europe, principal partenaire aussi bien de la Turquie que du Maroc.
La visite au Maroc de M. Erdogan intervient après plusieurs échanges de visites des opérateurs économiques marocains et turcs, qui, à l'occasion de chaque rencontre, répondent massivement présents et viennent explorer les opportunités d'affaires mutuellement fructueuses.
Plus de 100 chefs entreprises marocains avaient fait le déplacement en janvier 2011 à Istanbul pour rencontrer environ 200 sociétés turques dans le cadre du Pont de commerce Turquie-Maroc, initié par la Confédération des hommes d'affaires et des industriels turcs (TUSKON).
Aussi, le Conseil d'affaires Turquie-Maroc, créé au sein du Conseil des relations économiques extérieures (DEIK), a été réactivé et a élaboré une feuille de route qui accompagnera les hommes d'affaires des deux pays dans leur quête de marchés et d'opportunités d'investissement.
Cet intérêt pour le Maroc de la part des opérateurs économiques turcs a été clairement démontré par l'Association indépendante des industriels et entrepreneurs (MUSIAD), un puissant regroupement d'industriels turcs, qui a décidé de tenir cette année dans le Royaume son Forum économique, l'international Business Forum (IBF), qui attire chaque année plus de 5.000 hommes d'affaires des quatre coins du monde.
Pour sa part, l'Agence marocaine de développement des investissements (AMDI) a accompagné ce dynamisme dans les relations maroco-turques par la signature, en novembre 2011 à Istanbul, d'un mémorandum d'entente avec son homologue turque, l'ISPAT.
Les initiatives officielles de ce genre se sont multipliées ces dernières années. Après la tenue en mars 2011 de la 9-ème commission mixte économique intergouvernementale Maroc-Turquie, le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a effectué une visite au Maroc les 15 et 16 novembre dernier, durant laquelle il a procédé avec son homologue marocain à la signature de plusieurs accords de coopération.
Il s'agit de l'accord de coopération scientifique et technologique, de l'accord relatif à la reconnaissance réciproque des permis de conduire, de l'accord de coopération dans le domaine de la pêche maritime et de l'aquaculture, du protocole de coopération dans le domaine de la jeunesse et des sports et du mémorandum d'entente entre l'Institut des standards turcs et l'Institut marocain de normalisation.
M. Ahmet Davutoglu a participé également aux travaux de la 4-ème édition du Forum arabo-turc, organisée à Rabat, le 16 novembre 2011.
Cette visite au Maroc du chef de la diplomatie turc a été aussitôt suivie par une visite officielle effectuée en mars 2012 à Ankara par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, M. Saadine El Otmani, au cours de laquelle les deux responsables ont procédé à une évaluation globale des relations de coopération bilatérale dans tous les domaines, avant de souligner avec satisfaction la concordance de vue du Maroc et de la Turquie concernant les questions régionales et internationales.
Cette visite a été suivie par un déplacement en Turquie du ministre chargé des relations avec le parlement et la société civile, M. El Habib Choubani, et du ministre d'Equipement et des Transport, M. Aziz Rabbah, et de plusieurs missions parlementaires des deux chambres marocaines.
Par ailleurs, le Premier ministre turc, M. Recep Tayyip Erdogan avait effectué une visite officielle dans le Royaume en mars 2005, une année après le déplacement en Turquie de M. Driss Jettou, alors Premier ministre, qui a été marquée par la signature de l'Accord de libre-échange Maroc-Turquie.
Dans l'ensemble, les relations entre le Maroc et la Turquie sont sur la bonne voie et tout indique qu'elles sont promises à un avenir meilleur aussi bien sur le plan politique et diplomatique que sur celui de l'économie et du commerce. La visite du chef du gouvernement turc dans le Royaume tombe à point nommé et ne manquera pas de jeter un nouveau jalon dans le socle du partenariat stratégique privilégié qui lie les deux pays.
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