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ECONOMIE

Les inégalités sociales sont de moins en moins acceptées

La frustration née du décalage entre la réalité et les attentes peut déboucher sur de fortes tensions sociales, selon le sociologue Abderrahmane Rachik. Les inégalités sont de moins en moins acceptées et la solidarité plus que jamais nécessaire.

Les inégalités sociales sont de moins en moins acceptées
Bilal Mousjid
Le 19 avril 2013 à 8h03 | Modifié 27 avril 2021 à 22h16

Les temps changent. On pouvait fermer les yeux sur les inégalités sociales, on pouvait détourner le regard. Aujourd’hui, on ne le peut plus.

D’abord, les concernés font entendre leur voix. Ensuite, les évolutions récentes, développement et démocratisation, font que l’on ne peut plus accepter certaines situations que l’on juge, à tort ou à raison, intenables, injustes ou incompatibles avec la dignité humaine.

Enfin, les nouvelles technologies aidant, toute émotion se partage instantanément, toute indignation aussi.

Le Maroc aujourd’hui est confronté à des déséquilibres financiers et à des difficultés macro-économiques qui imposent des opérations chirurgicales. Le bon sens, sur un plan purement arithmétique, le commande. Mais la vie n’est pas une comptabilité rigoureuse, exprimée en Dirhams. Les inégalités sociales doivent tempérer les élans chirurgicaux. D’un autre côté, l’Etat ne peut pas tout faire et il y a lieu d’espérer davantage de solidarité sociale entre Marocains.

Les objectifs du Millénaire

Deux ans nous séparent encore de la date butoir pour les réalisations des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), un programme, fixé par la communauté internationale, visant à lutter contre la pauvreté et auquel le Maroc a souscrit en 1990.

La crise, que certains attribuent, à tort ou à raison, aux effets du Plan d’ajustement structurel, était alors à son apogée. Le pays frôlait « la crise cardiaque », pour reprendre les mots de Hassan II.

La pauvreté ne recule pas

Il convient, 23 ans après la signature dudit programme, d’examiner l’évolution de l’état de précarité dans laquelle vit une bonne frange de la population. Les différents rapports nationaux nous annoncent, la fleur au fusil, que, malgré un contexte international difficile, la pauvreté et les inégalités ne cessent de diminuer. Les rapports internationaux, quant à eux, continuent, en revanche,  de nous accorder des places peu flatteuses.

Si l’on prend, à titre d’exemple, le rapport de 2012 du PNUD, l’on « découvre » que l’on «attribue» au Maroc la 130ème position sur 186 pays, avec 10,6 % de la population vivant dans la pauvreté, derrière la Namibie, l’Egypte et d’autres pays arabes et africains. Autre indicateur frappant : le pourcentage de la population vivant sous le seuil de pauvreté, qui s’établit à 2,5 % en 2012, n’a pas bougé d’un iota depuis 2007 !

Les inégalités sont perçues comme inacceptables

Mais, au-delà des débats que suscitent ces chiffres, les inégalités sont devenues plus criantes, plus visibles ou, du moins, plus exposées, notamment grâce aux réseaux sociaux. Les inégalités, que l’on ne percevait pas – que l’on ne pouvait pas percevoir - sont devenues aujourd’hui, par une sorte d’effet de boule de neige, intolérables. Et cela donne lieu, parfois, de plus en plus souvent, à des réactions génératrices de violence.

Les inégalités sociales sont de moins en moins acceptées

L'une des photos largement partagées sur Facebook et suscitant une indignation réelle, est présentée comme celle d'une famille vivant dans une grotte.

Le sociologue Abderrahmane Rachik, citant Pierre Bourdieu, estime que « l’intensité des frustrations est le carburant des mouvements sociaux. La frustration comme un état de tension, une satisfaction attendue et refusée, génératrice d’un potentiel de mécontentement et de violence. La souffrance sociale n’est pas corrélée à des normes absolues (seuil de pauvreté...) mais pensée comme misère de position, décalage entre les attentes socialement construites et la perception du présent ».

Le décalage entre l’attente et le vécu conduit à la révolte

Cette approche théorique, analyse Abderrahmane Rachik, nous permet d’expliquer « la violence et la radicalisation des jeunes diplômés chômeurs au Maroc, mettant en exergue le paradoxe entre la position sociale attendue, après de longues études universitaires, et la réalité sociale amère qui réduit les jeunes diplômés à la misère, au chômage ou à l’exercice d’un métier qui ne valorise pas les compétences acquises à l’université. »

Cette explication n’est pas sans nous rappeler les mouvements de contestation qui ont secoué, en 2008, les villes de Sidi Ifni,  Bouarfa, Sefrou, Al Hoceima, Zagora, ainsi que d’autres petites villes, et qui, selon le sociologue, « traduisent un sentiment intense de frustration dû à leur marginalité socio-spatiale chez les nouvelles couches sociales moyennes montantes instruites. Les habitants de ces petites villes, mobilisés par des associations ou par des partis politiques, expriment le sentiment d’appartenir à un Maroc inutile, d’être exclus de la dynamique que connaît actuellement le pays. »

Une pauvreté est bien souvent ignorée

Cette dynamique, justement, ne contribue pas systématiquement à la diminution des inégalités sociales, comme l’indique un rapport du HCP sur « la dynamique de la pauvreté au Maroc » portant sur la période entre 1985 et 2007: « Sur le plan macro-économique, toute croissance économique entraînerait une réduction de la pauvreté de façon plus que proportionnelle, pourvu que cette croissance ne génère pas une hausse de l’inégalité. L’impact de la réduction de l’inégalité sur la baisse de la pauvreté est, en fait, plus grand que celui de la croissance. »

Mais, hélas, le sujet des inégalités, bien qu’il s’agisse d’un problème plus que jamais d’actualité, n’est pas toujours traité comme il se doit par les politiques.

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Bilal Mousjid
Le 19 avril 2013 à 8h03

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