À Foxborough, le sélectionneur marocain a écarté toute idée de parcours déjà réussi, tout en annonçant le forfait d’Ismael Saibari. Face aux Bleus, il mise sur la continuité du plan de jeu, la profondeur du groupe et une ferveur populaire à transformer en énergie, sans perdre la tête froide.
Le Maroc refuse le costume de l’outsider satisfait et veut “tout faire pour gagner” face à la France, jeudi 9 juillet 2026 en quart de finale de la Coupe du monde, a affirmé mercredi 8 juillet son sélectionneur Mohamed Ouahbi, qui devra toutefois se passer d’Ismael Saibari.
“Les bilans, ils se font à la fin”, a lancé Ouahbi en conférence de presse, alors qu’un journaliste lui demandait si le Maroc avait déjà réussi son Mondial en se hissant parmi les huit meilleures équipes du monde pour la deuxième édition consécutive.
“Jamais je ne vais me contenter de quelque chose alors qu’on peut avoir plus”, a-t-il poursuivi. “Nous, on veut absolument gagner. On veut tout faire pour gagner. On ne va pas écouter les gens qui nous diront: +C’est très bien ce que vous avez fait déjà. Ce n’est pas grave si on perd, la France est favorite+. Nous, on veut gagner.”
Le sélectionneur marocain a résumé son état d’esprit d’une formule : “Il n’y a pas de bonus. Le seul bonus, c’est gagner la Coupe.”
Face aux Bleus, qu’il sait favoris, Ouahbi n’a pas promis de coup tactique caché. “Je ne suis pas un homme de surprise”, a-t-il dit, estimant que ceux qui ont étudié le Maroc savent que son équipe possède “une idée claire” de son jeu. “C’est comme ça qu’on est arrivés jusqu’ici et c’est comme ça qu’on ira encore plus loin.”
Le Maroc sera privé d’Ismael Saibari, blessé contre le Canada. “À part Saibari, tout le monde est disponible”, a précisé Ouahbi. “C’est un match qui arrive trop tôt pour lui, mais il n’est pas out pour le reste de la compétition, je l’espère.”
Le sélectionneur a toutefois rappelé que le groupe disposait de solutions. Selon lui, pour aller loin dans une compétition, “on a besoin de tout le monde”, y compris des joueurs qui ne commencent pas les matches mais peuvent les “terminer en beauté”.
Présent à ses côtés, Brahim Diaz a insisté sur la réaction marocaine lors du match précédent. “Nous n’avons pas joué notre jeu, mais en deuxième mi-temps, avec ce que le coach et le staff nous ont dit, nous sommes revenus”, a-t-il expliqué en anglais. “C’est notre mentalité. Nous voulons continuer. Demain, c’est un grand match pour nous.”
Le quart de finale contre la France renvoie forcément à la demi-finale perdue en 2022 au Qatar. Ouahbi, qui avait suivi ce match “devant sa télévision” comme supporter, a reconnu avoir eu “des regrets”, comme “beaucoup de gens” et “beaucoup de joueurs”.
Mais il refuse d’en faire une simple revanche. “Le Maroc est en pleine évolution et la France aussi”, a-t-il souligné. “Ce sont deux équipes qui arrivent peut-être encore meilleures.” La clé, selon lui, sera de ne pas sortir avec des regrets : “Il faut jouer ce match à 2.000%, sans se dire que ce qu’on a fait jusqu’à présent est pas mal, avec le couteau entre les dents s’il le faut.”
Brahim Diaz retrouvera plusieurs joueurs qu’il côtoie au Real Madrid, dont Aurélien Tchouaméni et Kylian Mbappé. “Ce sont mes coéquipiers au Real Madrid. Ce sont de très grands joueurs et aussi de très bonnes personnes”, a-t-il dit. “Mais demain, nous serons adversaires. Tout le monde veut gagner et j’ai confiance en mon équipe.”
Interrogé en espagnol sur ses quatre passes décisives dans le tournoi et son rôle accru en l’absence de Saibari, Diaz a relativisé ses statistiques. “Le plus important, ce ne sont pas les passes décisives ou les buts”, a-t-il répondu. “Le plus important, c’est l’équipe.” Il a toutefois reconnu aimer “la responsabilité” et “la pression” des grands matches.
Ouahbi s’est aussi gardé de désigner les côtés français comme une faiblesse. “Vous êtes sévère quand vous parlez des latéraux. Ce sont de très, très bons joueurs”, a-t-il répondu. Il a néanmoins admis que l’animation offensive française pouvait ouvrir des espaces. “La clé, ça va être de leur faire mal quand on aura le ballon”, a-t-il expliqué, mais pas seulement sur les côtés : “Si on arrive à être patient avec le ballon, à trouver les failles quand il le faut, que ce soit sur le côté ou dans l’axe, on peut faire mal à n’importe quelle équipe.”
Le sélectionneur a également écarté l’idée que l’expérience serait le facteur décisif. “Il faudra être meilleur que l’adversaire”, a-t-il dit, citant “le contenu” et “l’efficacité”. Selon lui, la France possède des joueurs expérimentés et des jeunes, comme le Maroc. Brahim Diaz a abondé : “Nous avons aussi de l’expérience. Nous avons déjà joué de grands matches.”
La fatigue et les longs déplacements marocains depuis le début du tournoi ne sont pas non plus une excuse pour Ouahbi. “Ce sont des choses qu’on ne contrôle pas et on ne peut pas se plaindre”, a-t-il estimé, rappelant que le Maroc aurait peut-être moins voyagé s’il avait terminé premier de son groupe.
Il s’est surtout appuyé sur les données physiques du staff. “On a toujours l’impression qu’on est fatigués, mais on court à haute intensité”, a-t-il affirmé. “Contre le Canada, on a encore battu un record à haute intensité.” Ses joueurs sont, selon lui, “frais mentalement et physiquement” et il les sent “bien concentrés et motivés”.
Sur l’arbitrage, Ouahbi a dit vouloir surtout de “l’expérience” pour ce type de match. Il a rappelé que le Maroc avait déjà eu un arbitre néerlandais avant d’affronter les Pays-Bas et que cela s’était bien passé. “Nous n’entrons pas là-dedans, parce que nous savons que les arbitres font le mieux possible”, a-t-il déclaré en espagnol, tout en jugeant que la cohérence dans la distribution des cartons pouvait “influencer les matches”.
Brahim Diaz a par ailleurs rendu hommage au capitaine Achraf Hakimi, qu’il a qualifié de “meilleur du monde”. “C’est un plaisir de jouer avec lui, c’est un plaisir d’être son ami”, a-t-il dit, saluant l’importance du joueur pour le groupe et pour “tout le peuple marocain”.
Ouahbi a aussi loué la présence de Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), auprès de l’équipe. “C’est impressionnant, la passion qu’il a”, a-t-il dit. “Il travaille énormément, il nous donne tous les moyens.” Il l’a décrit comme “notre premier supporter”, celui qui “parlait de titre, de gagner, de croire que tout est possible”.
Le sélectionneur a enfin insisté sur la constance de sa méthode. En réponse à un message de Rachid Taoussi, ancien sélectionneur du Maroc, il a expliqué que l’exigence devait rester la même, qu’il s’agisse d’un quart de finale de Coupe du monde contre la France ou d’un match amical contre le Burundi. “C’est important qu’on crée des habitudes et qu’on garde ces habitudes”, a-t-il dit.
Brahim Diaz, lui, a adressé un message aux jeunes Marocains. “Moi aussi, j’étais dans cette situation un jour, rêver de pouvoir jouer ce type de tournoi”, a-t-il confié. “Qu’ils ne cessent jamais de croire, que les rêves se réalisent.”
Quant à la ferveur populaire, Ouahbi la voit comme “une source de motivation” et “une énergie positive”, mais il refuse d’en faire un poids supplémentaire. “Je ne suis pas du genre à toujours leur rappeler qu’il y a 44 millions de supporters derrière nous”, a-t-il dit. “C’est important de garder la tête froide, de garder un plan, de jouer au foot.”
Dans les moments difficiles, toutefois, ce soutien doit compter. “C’est dans les moments difficiles qu’on se rappelle qu’on n’est pas tout seuls, qu’on ne se bat pas pour nous, qu’on se bat pour tout un pays”, a conclu Ouahbi. “Et ça nous donne cette énergie pour donner plus.”