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Une guerre nucléaire pourrait-elle avoir lieu ?

Le 27 février dernier, alors que l’invasion russe de l’Ukraine était à son quatrième jour, le président russe Vladimir Poutine donnait l’ordre à son ministre de la défense et à son chef d’état-major de mettre les forces de dissuasion russes, y compris la force nucléaire, en alerte. Cette menace est tombée comme un couperet sur l’opinion internationale, et sur les responsables politiques des pays impliqués dans la guerre en Ukraine.

Le 14 avril 2022 à 10h38

Par cette déclaration brusque, un palier vient d’être franchi dans la confrontation qui oppose l’Occident à la Russie. Poutine n’a fait que répéter que ce qu’il laissait entendre lors de sa conférence tenue avec le président français Emmanuel Macron quelques jours auparavant. "Il n’y aura pas de gagnants et vous serez entraînés dans ce conflit contre votre volonté. Vous n’aurez même pas le temps de cligner les yeux lorsque vous exécuter l’article 5 (défense collective de l’Otan). Monsieur Macron ne veut pas cela, et je ne le veux pas non plus. C’est pourquoi il est ici me torturant pendant six heures d’affilées."

Depuis le largage des bombes atomiques sur Hiroshima le 6 août 1945, qui a fait 340.000 victimes d’un coup, et sur Nagasaki le 9 août 1945, avec ses 195.000 morts, le monde a pris conscience des dangers que court l’humanité en cas de guerre nucléaire totale entre les grandes puissances. Plusieurs crises militaires ont failli déboucher sur l’usage de l’arme atomique comme en 1962 avec la crise des missiles à Cuba, lors de la confrontation entre l’Inde et le Pakistan en 2001, ou lors de la guerre de Kippour en octobre 1973.

La crise des missiles à Cuba a été sans conteste le moment le plus critique qui a failli déclencher une troisième guerre mondiale. Des photos prises par des avions espions américains révèlent la présence à Cuba, allié de Moscou, de rampes soviétiques de lancement de missiles à portée des côtes américaines. Le président John Kennedy ordonne alors de placer les forces stratégiques en état d’alerte maximum, niveau précédant le déclenchement de la guerre nucléaire.

Ces manœuvres aboutissent au départ des navires soviétiques et l’accord entre Kennedy et le président Nikita Khrouchtchev de retirer les missiles soviétiques de Cuba et des missiles américaines de Turquie. Un téléphone rouge est mis en place en 1963 entre les deux pays permettant à la Maison Blanche et au Kremlin de communiquer directement pour éviter à l’avenir toute crise qui pourrait aboutir à une confrontation frontale entre les deux superpuissances.

La dislocation du bloc de l’Est, la perte du prestige de la Russie face à l’hyperpuissance américaine, puis l’extension de l’Otan vers ses frontières, tous ces facteurs ont amené Moscou à adopter une position extrême vis-à-vis de l’Otan en général et de l’Ukraine en particulier. Une chose est cependant sûre, Poutine n’a pas pris cette décision hâtivement. Il a pu juger les capacités de réaction de l’Occident dans plusieurs zones de conflits, en Syrie et dans certains pays africains. Il a certainement conclu que les capacités de prise d’initiatives de ses adversaires se sont amenuisées, et qu’il est temps pour lui d’agir.

Le célèbre réalisateur américain Oliver Stone tourne en 2015 un documentaire de quatre heures avec le président russe sous le titre "Conversations avec Poutine" (The Putin interviews). Ce programme a été une occasion pour Poutine de redorer son blason et se montrer modéré et fréquentable. Au contraire, en abordant l’éventualité d’une guerre où les américains auraient le dessus, Poutine répond sans sourciller : je pense que personne n’y survivrait.

Une guerre nucléaire serait fatale à l’humanité

La possibilité d’une guerre nucléaire, mise en avant comme solution pour départager les belligérants impliqués dans la crise ukrainienne, a eu un effet dévastateur sur l’économie mondiale déjà ébranlée par la pandémie covid et la récession. Tous les pays sont conscients qu’une telle perspective serait fatale à l’humanité. Contrairement à une guerre conventionnelle, une guerre nucléaire peut causer des dommages sur une échelle beaucoup plus importante et en bien moins de temps.

Sans compter les morts par millions qui peuvent s’en suivre, une frappe nucléaire aura aussi de graves effets sur la nature et l’Homme à long terme en raison des retombées radioactives et de la pollution atmosphérique qui pourrait s’installer probablement durant des siècles. Mais un pays attaqué de la sorte, et possédant cette arme, ne peut rester sans répliquer de la même manière et surtout avec la même densité. C’est pour cette raison que les superpuissances privilégient l’usage limité d’armes nucléaires en cas d’extrême légitime défense. Une guerre nucléaire étendue signifierait l’extinction de l’humanité.

Au début de la guerre froide, les Américains n’étaient tentés que par l’emploi limité de l’arme atomique, et de n’y recourir que pour rétablir la dissuasion face à une offensive conventionnelle des forces du pacte de Varsovie. Pour l’Union soviétique de l’époque, une frappe nucléaire ne peut être décidée que pour amorcer une désescalade. Tout ceci reviendra à dire que celui qui fera le premier pas de lancer la bombe, en subira les conséquences et portera la responsabilité de sa décision par une réplique totale ou au moins similaire de l’adversaire.

La conception de Washington de l’usage de l’arme nucléaire met l’accent sur la nécessaire gestion de l’escalade par la possibilité d’un recours limité à cette option. L’inquiétude des américains est comment peser sur la psychologie des décideurs adverses. Le défi majeur reste cependant de crédibiliser leur posture de dissuasion en se donnant les moyens de préserver leurs intérêts, et en amenant l’adversaire à se retenir et à faire marche arrière.

Recours à la menace et à la force

C’est dans la mise en œuvre d’une frappe nucléaire limitée que les défis paraissent. Larguer une bombe atomique comme sur Hiroshima dont le pays n’en possédait pas, n’est pas de même nature que d’attaquer un pays qui en possède des milliers de tête, et dont la réaction peut être imprévisible et surtout fatale pour l’humanité. En cas de décisions de frappes, les décideurs doivent être conscients du franchissement du seuil nucléaire et monter leur volonté à un retour rapide à la situation ante. Ce qui est sûr c’est qu’une guerre atomique est plus aisée à théoriser qu’à mettre en pratique.

Si chez les démocraties occidentales la prise de décision de déclencher une confrontation nucléaire est entre les mains du chef de l’Etat contrôlés par ses élus et ceux de l’opposition, en Russie le système de prise de décision est opaque. Le protocole précis de déclenchement d’une frappe atomique n’est pas connu. On s’accorde cependant à penser que le président Poutine doit avoir l’aval de plusieurs personnalités avant d’appuyer sur le bouton.

Poutine a l’autorité de donner l’ordre, mais le processus de mise en œuvre serait collégial comme au temps de la défunte URSS. Pour actionner une offensive nucléaire, le président russe aurait besoin de l’accord du ministre de la Défense et du chef d’état-major général des armés. C’est l’action combinée de ces trois personnages, à travers un dispositif crypté destiné à ordonner le lancement d’une frappe nucléaire, qu’une telle décision pourrait être prise.

Reste que ni l’Occident ni la Russie n’ont intérêt à déclencher une autodestruction planétaire dont personne n’en sortira vainqueur et encore moins vivant. Dès la fin de la seconde guerre mondiale, la communauté internationale a pris conscience du risque de prolifération des armes nucléaires. Des résolutions ont été adoptées par les Nations-Unies pour réduire et règlementer l’arsenal nucléaire. La création de l’Agence internationale de l’énergie nucléaire, AIEA, avait pour objectif de promouvoir l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques et veiller à ce que ces techniques ne puissent servir à des fins militaires.

En brisant une tradition convenue de ne jamais évoquer l’utilisation de cette arme, le président Poutine a piétiné surtout une des principales règles de la charte des Nations Unies qui stipule l’interdiction du recours à la menace et à la force. L’a-t-il fait pour montrer sa détermination, pour faire peur aux Européens et à leurs alliés américains, pour se convaincre lui-même, pour plaire au peuple russe d’avoir enfin remis le pays à la place qui lui revenait ?

En tout cas, son annonce d’une guerre nucléaire sert sa stratégie, mais elle n’est nullement profitable à notre monde qui vit déjà dans une ère de profonde incertitude. Dans la tête de Poutine, l’Europe occidentale n’est que l’étendue de la grande Russie, son espace vital pour reprendre un terme qui ne plait guère. En somme, elle est pour Moscou ce que représente l’Amérique latine pour Washington, toutes choses égales par ailleurs.

Dans toutes ces agitations, c’est certes l’avenir du monde qui est en jeu, mais c’est surtout la sécurité européenne qui ne pourra plus se faire avec les Russes au moins tant que Poutine est aux commandes. La sécurité européenne ne fonctionnera pas avec les Russes comme pourrait le souhaiter Bruxelles. C’est cela l’enjeu et la grande conclusion de la confrontation en cours en Ukraine. Il est temps que l’Europe consolide son flanc sud. Il en va de son avenir et du nôtre aussi.

Par
Le 14 avril 2022 à 10h38

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