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Landry Signé

Professeur et co-directeur à la Thunderbird School of Global Management de l'Université d'Etat d'Arizona

Une année d'opportunités pour l'Afrique

Le 24 janvier 2023 à 14h00

Modifié 24 janvier 2023 à 14h11

L’année 2022 n’a pas été facile pour l’Afrique. Après une année 2021 faite d’espoir, durant laquelle le PIB à l’échelle du continent a augmenté d’environ 7%, avec une croissance réelle bénéfique pour toutes les régions africaines, l’économie a connu un ralentissement en 2022, dans un contexte d’inflation croissante, de resserrement monétaire et de tensions géopolitiques. Mais 2022 a également été l’année durant laquelle les pays africains sont enfin parvenus à faire entendre leur voix sur la scène internationale.

WASHINGTON, DC - En ce début de nouvelle année critique, étant prévu que le PIB du continent augmente à un rythme relativement modeste de 4,1%, un certain nombre de mesures peuvent être prises par les gouvernements pour dynamiser l’activité économique et promouvoir un avenir durable.

Pour commencer, les dirigeants politiques doivent encourager le commerce et l’investissement à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Si cet accord était pleinement mis en œuvre, les dépenses combinées des ménages et des entreprises d’Afrique pourraient en effet atteindre 6.700 milliards $ d’ici 2030, et 16.120 milliards $ d’ici 2050, ce qui permettrait de transformer les chaînes de valeur, et potentiellement de réduire la pauvreté sur le continent.

Huit États africains -Cameroun, Égypte, Ghana, Kenya, Maurice, Rwanda, Tanzanie et Tunisie- ont commencé à commercer l’an dernier dans le cadre de la Guided Trade Initiative de la ZLECAf. Pour bâtir sur cette dynamique en 2023, les dirigeants politiques doivent accélérer la mise en œuvre des prochaines phases de l’accord, améliorer la coordination intra-africaine, et attirer l’attention sur les premières réussites observées. Par ailleurs, une suppression des barrières non tarifaires, via la création de mécanismes de reporting et de contrôle, permettrait de réduire les coûts des entreprises, et d’encourager les États à accroître les importations.

Les dirigeants politiques doivent également recourir davantage aux technologies de la quatrième révolution industrielle (4RI), telles que l’intelligence artificielle et le cloud computing, pour créer de nouvelles chaînes de valeur et renforcer la résilience économique. Afin de pouvoir exploiter pleinement le potentiel de transformation associé à ces outils, les dirigeants politiques doivent par ailleurs honorer les engagements infrastructurels qu’ils ont formulés lors du sommet 2022 de l’Union africaine sur l’industrialisation et la diversification économique. Les dirigeants politiques doivent également envisager des investissements dans plusieurs secteurs d’importance stratégique, tels que les produits pharmaceutiques, l’agriculture et l’agroalimentaire, l’automobile, ou encore la logistique. De même, les gouvernements subsahariens doivent investir dans l’éducation, en particulier dans les STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) ainsi que dans les compétences numériques, et nouer des partenariats avec les acteurs du secteur privé pour développer l’accès aux services d’information et de communication, ainsi qu’aux téléphones mobiles.

Dans le même temps, l’avenir économique de l’Afrique dépendant considérablement de la capacité du continent à redéfinir son statut mondial, les gouvernements doivent capitaliser sur leurs avancées diplomatiques récentes. Depuis quelques années, les gouvernements africains assument un plus grand rôle international, et forment un front uni dans les négociations multilatérales sur le climat. Le président américain Joe Biden a appelé à ce que l’UA devienne un membre permanent du G20, ce qui contribuerait à consolider la position de l’UA en tant que premier groupe mondial de négociation en matière agricole. Convenir d’un agenda commun permettrait aux dirigeants africains d’obtenir des financements pour des projets liés à la durabilité, ainsi que de conduire les États-Unis, la Chine et l’Union européenne à tenir leurs promesses.

Compte tenu de l’impact de la pandémie de Covid-19, de l’inflation croissante ainsi que du changement climatique sur les inégalités de revenus et de richesse en Afrique, une action concertée devient de plus en plus indispensable. À défaut, les Nations Unies estiment qu’au moins 492 millions d’Africains pourraient plonger dans l’extrême pauvreté d’ici 2030, avec un risque pour au moins 350 millions d’entre eux de ne pas s’en extraire avant 2050. Par ailleurs, malgré les avancées récentes en matière d’égalité des sexes dans l’accès aux opportunités d’éducation ainsi que dans la représentation politique, les femmes africaines demeurent plus susceptibles de vivre en dessous du seuil de pauvreté, de connaître une insécurité alimentaire sévère, et de sortir du marché du travail pour jouer un rôle d’aidantes.

Remédier au déclin institutionnel

Pour atteindre les Objectifs de développement durable des Nations Unies, les États africains doivent se concentrer sur une éducation de qualité, sur la santé, ainsi que sur des programmes de création d’emplois qui ne laissent personne sur le bord du chemin, notamment parmi les femmes et les jeunes. Les agences africaines de développement, telles que l’Agence de l’UA pour le développement, doivent bénéficier des ressources et de l’autorité dont elles ont besoin pour accomplir leur mission.

Construire ces capacités exigera toutefois des gouvernements africains qu’ils remédient au déclin institutionnel. Comme le démontre le rapport annuel de Freedom House sur la liberté dans le monde, 2022 a été la 16e année consécutive de déclin de la démocratie à travers le globe, une tendance à laquelle l’Afrique ne fait pas exception. Lorsqu’elles demeurent libres de persister, l’instabilité politique, la corruption et l’absence de comptes à rendre peuvent mettre à mal les mesures politiques même les plus excellentes. En travaillant avec des partenaires, ainsi qu’en recourant à des méthodologies fondées sur des preuves afin d’assurer un suivi des projets, d’appuyer leur mise en œuvre, et de guider le processus décisionnel, les États africains peuvent espérer combler l’écart entre les objectifs politiques et les résultats sur le terrain.

Enfin, une transition écologique équitable et durable demeure le plus urgent défi de l’Afrique, continent le plus vulnérable face au climat. Alors que les pays africains auraient besoin de 2.800 milliards $ d'ici 2030 pour honorer leurs objectifs d’émissions fixés par l’accord de Paris 2015, les flux entrants annuels de financements climatiques en Afrique s’élèvent à seulement 30 milliards $. Les gouvernements peuvent et doivent toutefois bâtir sur la dynamique générée par la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP27) organisée en Égypte, qui a abouti à une nouvelle décision majeure, à savoir la création d’un fonds « pertes et dommages » visant à soutenir les pays en voie de développement dans l’atténuation des pires effets du changement climatique. Les dirigeants politiques doivent mobiliser ces ressources pour investir dans les efforts d’adaptation et les énergies renouvelables.

Les dirigeants africains doivent exploiter la période actuelle pour accélérer la transition du continent vers une économie neutre en carbone. Durant ce qui s’annonce certainement comme une année charnière de la lutte contre le changement climatique, l’Afrique peut et doit opérer d’importantes avancées en direction d’un avenir plus équitable, plus durable et plus résilient.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

© Project Syndicate 1995–2023

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