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Un bien triste anniversaire pour l’Ukraine

Le 24 août dernier marquait la déclaration d’indépendance de ce pays meurtri qu’est l’Ukraine. Cette année, cette fête est survenue après les faux espoirs du sommet Trump-Poutine en Alaska, puis de la réunion qui s’en est suivie entre les responsables européens et le président américain à Washington, pour dissuader l’Américain de brader l’Ukraine à Poutine.

Le 1 septembre 2025 à 17h11

Les responsables ukrainiens déclarent urbi et orbi ne pas avoir l’intention de lâcher les territoires acquis de force par la Russie. Trump, pour sa part, lorgne les richesses de l’Ukraine, et cherche désespérément à conclure avec la Russie un accord de paix, même au détriment de Kiev.

Peu après le sommet de l’Alaska, les leaders européens se sont rendus à Washington pour tenter de peser de tout leur poids auprès de l’administration Trump. Ils cherchaient à persuader Washington de rééquilibrer sa position en vue de contenir et repousser les troupes russes de l’Ukraine. Mais chacune des principales puissances européennes, Allemagne, France et Grande-Bretagne, est enlisée dans des crises inextricables qui handicapent leur politique extérieure.

La réponse de Moscou n’a pas tardé. Quelques jours après ces deux sommets, les attaques russes se sont amplifiées dangereusement contre l’Ukraine, pour signifier que Poutine est déterminé à défendre, jusqu’au bout, ses acquis territoriaux.

Poutine n’a pas voulu calmer le jeu suite à ses entretiens avec Trump. Il n’a pas laissé à ses adversaires européens l’ombre d’un doute qu’il allait obtempérer aux injonctions américaines. Pendant des années, Poutine regardait placidement l’extension de l’OTAN vers les frontières russes, et les Occidentaux écoutaient à peine ses doléances qu’on prenait trop souvent pour des lamentations.

Depuis son retour de l’Alaska, et à la surprise générale, l’armée russe a multiplié à dessein ses attaques contre l’Ukraine. Dans la seule nuit du 27 au 28 aout, au moins 600 drones ont attaqué le territoire ukrainien, faisant plus d’une vingtaine de morts et des dizaines de blessés. Une des attaques a ciblé même la Mission de l’UE à Kiev.

Plus que les Américains, les Européens furent sidérés par l’ampleur de la réaction militaire russe. Mais que peuvent-ils faire de plus pour contenir les visées de Poutine et lui faire face pour le dissuader de grignoter davantage de terres ukrainiennes ? Ils sont conscients que sans l’apport militaire des Américains, ils sont dans l’incapacité de contenir la voracité d’un Poutine toujours avide de se venger du dédain que son pays subissait après la dislocation de l’ancienne URSS. Alors que la Russie continue d’attaquer volontairement l’Ukraine, les Européens sont, pour leur part, en train de penser à organiser leur défense.

Il n’y a pas de doute que l’administration Trump est arrivée à la conclusion que Moscou ne lâchera ni la Crimée prise en 2014, ni la totalité des territoires conquis depuis le déclenchement de la guerre en 2022 et qui constituent à ce jour 20% du territoire ukrainien. Mais comment faire admettre cette réalité aux Européens qui croient dur comme fer que la paix ne peut se réaliser que par la défaite de Moscou ? Ils sont persuadés que toute victoire de Poutine le poussera davantage à la conquête d’autres pays européens, à commencer par la Moldavie, ou alors un autre pays européen.

On se rappelle qu’en février 2022, Poutine justifia lui-même l’attaque de l’Ukraine par la nécessité d’arrêter le génocide commis en Ukraine contre les russophones, notamment dans la région de Donbass. J’ai pris, disait-il, la décision de mener une opération militaire spéciale. Son but est de protéger les personnes qui ont été soumises à des abus et à un génocide par le régime de Kiev depuis huit ans. Puis de déclarer ouvertement son objectif ultime : nous cherchons à démilitariser et à dénazifier l’Ukraine. Autrement dit, changer la nature politique du système en Ukraine, encouragé et voulu par l’Occident.

Pour comprendre les relations tumultueuses actuelles entre la Russie et l’Ukraine, il est nécessaire de revenir à l’histoire qui a tantôt unifié et tantôt séparé les deux. Du 9e au 13e siècle fut fondée dans cette région la Rus de Kiev qui englobait l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie actuelles, qui fait la fierté des Ukrainiens.

Ce fut une grande civilisation qui a joué un rôle prépondérant en Europe mais qui tomba aux mains des Mogols au 13e siècle, créant ainsi ces trois pays. Après la révolution bolchevique, l’Ukraine deviendra une république socialiste soviétique après sa défaite par l’Armée rouge en 1922. Une dizaine d’années après, le pays connaitra la pire famine de son histoire alors qu’il est un grand producteur céréalier. On estime les morts entre 3 et 5 millions d’Ukrainiens.

Quelques années après son détachement de l’empire soviétique, Kiev qualifia en 2006 cette famine de génocide, rendant la Russie responsable. Elle est suivie en cela par le Parlement européen en 2008, qui la qualifia à son tour de crime contre l’humanité.

L’Assemblée nationale française juge à son tour ce drame de génocide en avril 2023. Tout ce déballage et ces accusations sélectives ne visaient en réalité qu’à condamner la Russie et la rendre responsable des crimes passés, tout en dédouanant les puissances européennes de leurs responsabilités historiques. L’Occident, comme toujours, est amnésique quand il s’agit des souffrances qu’il a lui-même infligées contre l’humanité en Afrique, en Amérique latine et en Asie.

Ce sont donc les Européens eux-mêmes qui poussaient les Russes dans leurs derniers retranchements. En Ukraine, les révoltes populaires étaient encouragées et alimentées en partie pour renverser le gouvernement pro-russe. La révolution de Maïdan de février 2014, ou la révolution de la dignité comme on l’a désignée en Occident, en fut l’exemple type. La décision du président pro-russe Victor Ianoukovitch de suspendre l’Accord avec l’Union européenne, et de le remplacer par un partenariat avec la Russie lui a été fatale. Les lois antimanifestations qu’il a promulguées par la suite alimentèrent la colère de la population qui poussa le parlement à le destituer en février 2014. Moscou y a vu la main de l’Occident, et a jugé sa destitution comme un coup d’Etat. Un mois après, les troupes russes prenaient déjà possession de la Crimée.

Depuis, c’est l’engrenage entre l’Ukraine, soutenue par les Occidentaux, et la Russie qui s’estime menacée par l’extension successive de l’OTAN vers ses frontières. L’invasion russe du territoire ukrainien en 2022 est venue instaurer une nouvelle réalité en Europe, en annexant militairement des régions entières de l’Ukraine limitrophes aux frontières de la Russie, bradant ainsi le droit international. L’enjeu principal de cette guerre, qui fut politique au début, est donc devenu territorial. C’est pour cette raison que Trump, qui adore les deals, soutient la position russe sur le Donbass, qui rassemble les régions de Donetsk et Lougansk, contre un gel du front sud à Kherson et Zaporijjia pour satisfaire l’Ukraine.

Le président Trump, qui aimait répéter, du temps où il était candidat, qu’il règlerait la guerre d’Ukraine en vingt-quatre heures, s’est heurté, lors du sommet de l’Alaska, à la ténacité d’un Poutine intransigeant comme un Russe. Déçu par la rigidité du maitre de Moscou, il s’est senti affligé par les critiques qui provenaient de son propre pays et de ses alliés européens. Sur les réseaux sociaux, il s’est vanté, pour se consoler, d’avoir résolu en six mois six conflits à travers le monde. Il a aussi admis, mais à demi-mot, l’échec partiel de sa rencontre avec Poutine, en laissant entendre qu’on n’est pas encore proche de la paix.

Dans toute cette confrontation qui peut mener à l’embrasement de l’Europe, c’est l’Ukraine qui paie la facture de l’animosité historique entre l’Occident et la Russie. Elle règle aussi le lourd tribut de son positionnement géographique et l’errance de sa classe politique.

Poussée pendant des années par l’Europe pour s’émanciper du voisin russe, abandonnée maintenant par l’Amérique qui ne s’intéresse qu’à ses richesses, Kiev n’a plus les moyens pour repousser les troupes russes sans l’aide massive de l’Occident. Poutine n’a laissé aucun doute en exigeant d’abord d’éliminer les causes profondes de la guerre, et de répondre aux préoccupations légitimes de son pays qui englobent le maintien des territoires conquis à l’Ukraine. Une équation insoluble et difficile à gérer tant les points de vue demeurent opposés et inconciliables entre ces frères-ennemis.

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Le 1 septembre 2025 à 17h11

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