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Ahmed Faouzi

Ancien ambassadeur. Chercheur en relations internationales.

Toute ressemblance avec une personnalité existante ou ayant existé ne peut qu’être fortuite

Le 24 mai 2022 à 17h24

Modifié 24 mai 2022 à 17h24

Nous avons tous été témoins récemment d’une réception d’un chef d’Etat chez un autre, dans le cadre d’un déplacement déclaré visite d’État. Le visiteur n’a pas été reçu par son homologue ni à l’aéroport ni le même jour de son arrivée. Il ne l’a été que le lendemain. Un cafouillage protocolaire pour une visite déclarée d’Etat.

L’hôte était certainement pris par d’autres engagements plus importants, parait-il. Lors de la réception officielle devant le palais présidentiel, des comportements trop familiers du visiteur ont soulevé moult questions, ce qui a ôté à l’événement son côté solennel. Au niveau médiatique, la visite a été surexploitée par une partie, alors que l’autre n’y a pas prêté plus d’attention. Tous ces aspects négatifs ont nui à l’esprit de la rencontre.

Il est de coutume que les chefs d’État se déplacent à l’étranger, soit en visite d’Etat, soit en visite officielle ou de travail, ou alors à titre privé. L’objectif d’un tel déplacement est de nouer des contacts, faire avancer des dossiers, et renforcer l’entente et la coopération bilatérales. Bien avant le déroulement de chaque voyage, la diplomatie mène un travail en discrétion, pour rapprocher les points de vue, préparer les thèmes de discussions et, éventuellement, les accords à signer.  L’objectif de ces démarches est d’anticiper les blocages et éviter les déconvenues.

Les conditions de réussite d’une visite officielle ne peuvent être réunies que si l’organisation est implacable et rigoureuse, et que rien ne vient entraver le déroulement de l’événement. C’est tout l’enjeu du cérémonial et les honneurs qu’on réserve au chef d’État étranger, et au-delà de sa personne, au pays qu’il représente. C’est parce que les relations internationales évoluent vite, que les hommes politiques se déplacent eux-mêmes à l’étranger, pour renforcer leurs alliances, et maintenir les contacts avec leurs homologues.

Bonnes manières et courtoisie

Les cérémonies protocolaires destinées aux chefs d’Etat sont réglées minutieusement. Rien n’est laissé au hasard. Une attention particulière est cependant apportée par le visiteur lui-même qui doit bien respecter le protocole et coutumes du pays d’accueil. Il est censé porter son attention à la solennité des activités officielles, et ne jamais se comporter avec familiarités avec son homologue. Il suffit d’un comportement mal placé pour blesser inutilement son hôte et faire échouer toute la visite.

Les bonnes manières et la courtoisie permettent généralement d’éviter les couacs et les malentendus. Elles laissent de bonnes impressions pour ouvrir de nouveaux champs de coopération et d’entente. À l’opposé, les gestes peu diplomatiques sont à bannir car ils peuvent aboutir à l’effet inverse et mener à la mésentente. Les États sont donc en droit légitime d’exiger d’un visiteur étranger un bon comportement, et le respect scrupuleux du cérémonial organisé à son honneur.

C’est pour éviter les désordres que les États ont créé ces règles de bienséance. Ils s’y soumettent volontiers pour maintenir un cadre de cohésion entre nations. Les relations interétatiques ne peuvent s’épanouir que si elles se déroulent dans une organisation acceptée et intériorisée par tous. Le protocole codifie ces notions qui gouvernent le cérémonial, et donne à chaque acteur de la vie internationale, les prérogatives, privilèges et immunités auxquels il a droit.

Ces pratiques ont évolué à travers les siècles. Les cérémonies grandioses et coûteuses d’autrefois ont été allégées avec le temps. Elles ont été par la suite codifiées par des conventions pour réglementer la vie entre les différents régimes politiques. On a gardé les meilleures traditions et maintenu les bonnes manières pour éviter les écarts de comportement. Quand on affirme que la diplomatie gouverne les rapports entre les Etats, il faut entendre par là que c’est d’abord le protocole qui donne l’éclat à tout le reste.

Les comportements protocolaires du visiteur constituent l’art d’attirer vers son pays les sympathies et la compréhension. L’objectif étant toujours d’améliorer la perception que les autres ont sur son pays, d’attirer des investissements, d’encourager le commerce et les échanges, et de régler pacifiquement les conflits qui entravent les relations bilatérales dès qu’ils apparaissent.

Les honneurs rendus à un chef d’État participent à cette dynamique. Ils ne reconnaissent pas un pays puissant d’un autre faible. Ils s’organisent de la même manière pour les nations riches comme pour les moins riches. Le protocole essaie d’apporter de la dignité et de l’égalité entre les pays. En assurant cette équité, il permet le déroulement des activités officielles sans entraves et sans incidents.

Ce sont donc ces pratiques, mutuellement acceptées, qui garantissent aux parties de faire entendre librement leurs voix dans un cadre de travail serein. Le protocole impose par conséquent de la courtoisie et de l’élégance, dans les gestes comme dans les paroles et les apparences. Tous ces éléments conditionnent le succès et, en cas d’échec, en atténuent les conséquences. C’est pour toutes ces raisons que le comportement d’un chef d’État qui coiffe sa délégation à l’étranger, doit être exemplaire, digne et irréprochable.

Le non-respect des règles élémentaires protocolaires donne malheureusement une piètre image du pays, responsables compris. Sous toutes les latitudes, ces règles de bienséance sont strictes et doivent être scrupuleusement observées et respectées. Aucun chef d’Etat ne peut s’y soustraire, au risque de nuire délibérément au prestige du pays qu’il représente. Un comportement intempestif lors du cérémonial, n’est qu’impolitesse et une défiance volontaire à l’égard du pays d’accueil.

Quand un chef d’Etat est en visite à l’étranger, il est censé honorer par sa prestance ses propres citoyens qu’il est censé représenter à l’étranger. Il est ainsi dans l’obligation de bien se comporter, en commençant par le respect qu’il doit aux règles protocolaires du pays d’accueil. En homme avisé et responsable qu’il est, son premier constat devrait être de comparer l’état du pays qu’il a laissé derrière lui, avec le réel développement que connait le pays qu’il visite. C’est la façon la plus intelligente d’être utile aux siens. Ne dit-on pas que le voyage forme?

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