Sportivement vôtre
C’était un match de foot exceptionnel et haletant entre les équipes du Maroc et de l’Algérie qui s’est déroulé samedi 11 décembre à Doha. Un grand rendez-vous du ballon rond entre deux nations qui ont l’amour de ce sport populaire. Les deux pays possèdent de talentueux joueurs et ont, à plusieurs reprises, dignement représenté les pays arabes et africains dans les coupes du monde.
En principe, le sport est censé rapprocher les peuples entre eux et permettre des moments de fraternisation, même quand le contexte s’y prête moins. La confrontation sportive se fait sur le terrain à armes égales entre deux équipes qui représentent le meilleur de chez eux. Sur le terrain, les adversaires se confrontent loyalement en se respectant mutuellement.
Il n’y a que la politisation excessive du sport qui porte préjudice au sport. Une simple rencontre sportive doit rester dans les limites des règles établies. Elle ne doit jamais être instrumentalisée politiquement dans une obsession de nuire à l’autre. C’est ce que nous constatons malheureusement lors de rencontres entre pays voisins, notamment entre le Maroc et l’Algérie. A chaque rencontre sportive, les responsables politiques de ce pays s’autorisent des commentaires désobligeants.
C’est ce qu’on a pu constater lors du championnat de handball qui s’est déroulé au Caire en janvier dernier. La victoire de l’équipe algérienne a été vite surdimensionnée par les responsables politiques pour en faire un événement national de revanche. De même, lors de éliminations pour la coupe du monde de 2022, le président algérien a, en personne, accusé le Maroc de saper le moral de l’entraîneur et de sa troupe. Le match de football du samedi dernier est venu, une fois encore, confirmer cette tendance à la surenchère.
Un vecteur d'évolution des relations entre nations
A travers les siècles, le sport a été sublimé seulement quand il a été adossé à une éthique et à des valeurs morales de respect de soi et de l’autre. Les sportifs ont été admirés à côté des gens de lettres, des poètes et des musiciens. Le but du sport n’était pas seulement la vigueur physique, c’était aussi la vertu de l’âme, le courage, et le respect de l’adversaire.
C’est dans cet esprit que les anciens Grecs, huit siècles avant notre ère, avaient inventé les jeux olympiques en l’honneur du dieu Zeus. Ces joutes ont duré mille ans avant de disparaître au 4e siècle, pour réapparaître à la fin du 19e. Pour les philosophes de la Grèce antique, l’Homme doit prendre soin du corps quand son attention est tournée vers l’âme et l’esprit. Platon pensait que les exercices et les efforts physiques fournis lors des activités sportives doivent mener celui qui les pratique vers la vertu.
De nos jours la philosophie sportive a pris une autre tournure qui s’inscrit dans l’évolution des relations entre nations. Chaque pays fait de son mieux pour construire des infrastructures sportives modernes, et réserver des budgets conséquents pour former et préparer des champions. Les Etats ont pris conscience que le sport accroît leur notoriété et augmente le courant de sympathie à leurs égards.
C’est cette politique qu’a suivie un pays comme le Qatar pour en faire l’élément fondamental de sa politique extérieure. On ne compte plus les événements et les compétitions sportifs organisés par ce pays dans les différentes disciplines. Il en est ainsi de l’open de Tennis, du meeting annuel d’athlétisme de Doha, ou du Grand prix automobile, pour ne citer que ceux-là.
Entrent également dans cette stratégie plusieurs autres actions comme l’acquisition des droits de transmissions d’événements sportifs à travers beIN sport, la construction de Aspire Academy pour recruter et former les meilleurs sportifs du monde, ou l’achat du club parisien PSG. Toutes ces actions n’ont qu’un seul but : mettre le Qatar au centre de l’agenda sportif international.
Le sport s’avère donc le moyen le plus rapide pour faire passer des messages subliminaux auprès du grand public. Il permet de délivrer un message et le diffuser largement pour assurer la promotion d’un pays. En occupant l’espace médiatique à travers le sport, un État peut s’offrir l’image attractive qu’il souhaite. C’est ce que le Qatar a compris et lui a permis d’obtenir l’organisation de la coupe du monde de football l’année prochaine.
La diplomatie sportive
Le sport est aussi le thermomètre des relations internationales. Certains n’hésitent pas à évoquer la diplomatie sportive, qui consiste à rapprocher les pays par l’intermédiaire d’actions sportives. C’était le cas lors de la diplomatie du ping-pong qui a permis la reprise des relations entre les États-Unis et la Chine en 1971, ou des matchs de football joués pour rapprocher la Turquie et l’Arménie ou les États-Unis de l’Iran.
Par contre, dans d’autres circonstances le sport peut mener à des confrontations militaires, comme lors du match Honduras et Salvador de 1969 qui a fait plus de 2.000 morts, ou à des confrontations politiques par des boycott interposés. L’on se rappelle le boycott des jeux olympiques de Moscou en 1980, où une cinquantaine d’États ont manqué à ces épreuves en raison de l’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques. Quatre ans plus tard, en 1984, les pays du bloc de l’Est boycottaient, à leur tour, les jeux de Los-Angeles. Récemment encore le président américain Biden a décidé de boycotter les jeux d’hiver qui se dérouleront en Chine en février prochain.
Le sport, vielle activité humaine d’émulation s’il en est, exaspère autant les passions et les conflits qu’il stimule la sagesse la retenue et l’usage de la raison. Il est devenu avec le temps un vecteur de rayonnement international, mais aussi une activité rentable aussi bien économiquement que politiquement. Il peut aussi donner lieu aux pires tricheries comme le dopage ou l’utilisation excessive de l’argent. Mais tant que les règles de bienséance sont respectées par les États, le sport remplira toujours son rôle d’être au service du rapprochement entre les peuples.
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