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Quelles études après le bac ? Ou comment devenir le “Achraf Hakimi” de l’IA ?

Alors que l’intelligence artificielle s’invite dans tous les domaines, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’avenir de certains métiers. Cette réflexion, née d’une question posée par un jeune, propose un éclairage nuancé sur ce que l’IA peut, et surtout ne peut pas, faire, et explique pourquoi l’informatique demeure une discipline centrale dans le monde de demain.

Le 25 juillet 2025 à 16h39

Un jeune qui se posait des questions sur son avenir et qui hésitait à faire de l’informatique me demanda récemment : "Pensez-vous que l’avenir de la discipline soit bouché à cause de l’avènement de l’IA qui remplacerait les programmeurs ? Que devrais-je choisir à votre avis ? Qu’en est-il des formations plus classiques comme la médecine, le droit, l’architecture ou le génie civil ? L’IA remplacera-t-elle tout cela" ? Sa question me poussa à réfléchir et à écrire cette petite note. Elle n’a pas vocation à être un guide d’orientation mais juste une réflexion sans prétention tellement le monde change vite et les certitudes sont dangereuses.

Certes, l’IA génère des bouts de programmes informatiques toute seule. Certes, elle génère des plans de maisons, des structures de ponts, des ordonnances et des plaidoiries. Mais tout cela, l’IA le fait dans une certaine mesure seulement.

Il y a au moins trois choses que l’IA ne fait pas. D’abord, elle ne formule pas le problème qu’elle doit résoudre : c’est typiquement à l’humain de le faire. Elle peut générer une partie d’un programme informatique, une ordonnance ou un plan de maison, si on lui spécifie exactement ce que l’on souhaite. Mais cette spécification n’est pas aisée. Savoir définir un problème et poser de bonnes questions à l’IA est en train de devenir une spécialité en soi : le fameux "prompting".

Ensuite, l’IA ne sait pas interpréter ses résultats. Elle ne sait ni vérifier que ce qu’elle produit est juste, ni contextualiser ses résultats. Alan Turing a démontré, avant même d’inventer l’informatique moderne et l’IA, qu’une machine ne peut vérifier si ce que dit une autre machine est vrai. En particulier, si une IA génère un programme, rien n’assure que c’est celui désiré.

Et contrairement à ce que pensent beaucoup, on ne peut pas demander à une autre IA de vérifier que c’est bien le cas. Au bout du compte, un humain doit faire le travail de vérification. Et puis, l’IA n’a pas la sensibilité nécessaire pour communiquer des informations à des humains de manière judicieuse. Annoncer une grave maladie à un patient, ou endosser la responsabilité d’une décision pénale, requièrent une sensibilité que des millions d’années d’évolution nous ont permis de cultiver dans notre organisme biologique. L’IA n’en est pas capable aujourd’hui. Elle n’a peur ni de faire de la peine ni d’aller en prison.

Quels impacts ont ces deux limitations intrinsèques de l’IA sur les formations à suivre ? Elles signifient certes que l’IA va transformer le métier de programmeur, de médecin, d’architecte et d’avocat, mais n’est pas prête à les remplacer.

L’humain est nécessaire, aussi bien en amont pour bien analyser le problème à résoudre et poser la bonne question à l’IA, qu’en aval pour vérifier ce que génère l’IA, en prendre la responsabilité et en faire bon usage. Et cet humain doit comprendre non seulement le domaine d’application de l’IA (médecine, droit, architecture, etc.), mais aussi les mécanismes de fonctionnement de l’IA pour mieux l’utiliser.

Pour prendre un exemple concret, si vous posez une question à une IA, il est important de savoir si elle fait une analyse statistique sur un assemblage de morceaux de mots (comme le font les modèles de langage actuels) ou si elle utilise une base de règles pour vous répondre (ce que font les fameux systèmes experts).

Comprendre ces différences permet de mieux interpréter ses résultats car, dans le second cas, la probabilité d’erreur sera moins grande. Quel que soit le domaine qui nous intéresse, il est crucial d’étudier l’informatique pour comprendre le fonctionnement d’une IA et savoir l’appréhender afin d’en tirer le meilleur parti.

Mais il y a une troisième limitation encore plus importante : une IA ne sait pas développer et mettre en œuvre une IA. Toutes ces IAs dont on parle, ChatGPT, DeepSeek, Mistral, etc., ont été développées par des humains, et plus précisément par des informaticiens chevronnés. Ces systèmes sont en constante évolution et ce travail est fait par des informaticiens.

De plus, une administration ou une entreprise raisonnable ne peut pas se permettre de laisser ses employés utiliser ces systèmes tels quels. Il faut installer des versions locales d’IA qui permettent de protéger les données et de ne pas divulguer au monde extérieur comment les employés de l’administration ou de l’entreprise dialoguent avec ces systèmes : quelles questions ils posent et quelles réponses ils obtiennent. Ces développements, adaptations et installations requièrent des connaissances en algorithmique, en système d’exploitation, en réseau, en cybersécurité, etc. Autrement dit, des connaissances en informatique.

Aujourd’hui les géants du numérique se battent pour l’acquisition de centres de données et de puces graphiques, mais ils se battent encore plus pour attirer les meilleurs ingénieurs et docteurs en informatique. Les salaires qu’ils leur offrent sont dignes de celui d’Achraf Hakimi.

Mark Zuckerberg vient en effet de recruter une "dream team" de 11 joueurs, payés chacun plus que Neymar, Messi et Mbappé quand ils étaient au PSG. Le point commun entre ces stars est qu’ils maîtrisent les fondements de l’informatique : les algorithmes, les systèmes d’exploitation, les bases de données, l’apprentissage machine, la cybersécurité, etc.

L’IA est incontournable et le sera encore plus. Elle aura une place prépondérante dans tous les domaines et surpassera l’humain dans beaucoup d’activités. Dès qu’une activité intellectuelle est suffisamment bien comprise par les humains pour être mise en algorithme, c’est-à-dire automatisable, elle sera remplacée par une IA.

Mais l’IA est loin d’être parfaite et la présence d’informaticiens reste nécessaire pour l’encadrer et pour en tirer le meilleur profit. De plus, les IA nécessitent des informaticiens pour les concevoir et les mettre en œuvre. L’avenir des informaticiens est on ne peut plus rose. Alors moralité, faites des études d’informatique et allez le plus loin possible.

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Le 25 juillet 2025 à 16h39

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