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Quand l’algorithme prend la plume

L’intelligence artificielle bouleverse aujourd’hui les métiers de l’information et de la création. Capable d’écrire, de résumer et d’analyser à grande vitesse, elle pose une question essentielle : le journaliste et l’écrivain seront-ils remplacés par la machine ou simplement assistés par elle ? 

Le 9 mars 2026 à 11h28

Depuis le lancement de ChatGPT au mois de novembre 2023, il n’est bon bec que de l’IA, dans la rue, les cafés, comme bien sûr, et surtout, dans les lieux du savoir, de l’apprentissage, de la communication et de la création en général. Cette innovation, survenue comme une météorite – au sortir d’une période de silence, de peur et de confinement imposés à l’humanité par une tout autre disruption nommée Covid – désigne "un ensemble de technologies, d’algorithmes et de systèmes informatiques capables de simuler des processus cognitifs tels que l’apprentissage, le raisonnement, la résolution de problèmes, la perception et la création".

Tout cela a plongé notre monde dans le grand bain numérique à une vitesse inédite. Alors que certains y ont trouvé des opportunités de progrès ou de perfectionnement, d’autres y voient un vecteur d’anxiété, de perturbations et de peur pour leur avenir professionnel ou personnel. Pour ces derniers, l’IA s’attaque aux privilèges des intellectuels et journalistes en les dépossédant de leur raison d’être et risque, à terme, de les remplacer par sa capacité de simulation de l’intelligence.

Ce débat est ouvert un peu partout dans le monde, mais force est de constater qu’il est à peine effleuré ici. Pourtant, l’utilisation de l’IA est ouvertement assumée dans nombre de professions libérales et institutions publiques et les signes manifestes de son usage en attestent à travers la qualité du texte de certains courriers, la bonne facture stylistique de certaines dissertations d’étudiants ou la rapidité et la diligence des réponses aux doléances. Ici, le débat est clos ; et l’on se résigne à l’idée que, décidément, la capacité de l’IA est supérieure à la leur.

Confions-lui donc ce qu’on ne saurait ou ne pourrait exécuter, comme on laisserait une tâche, difficile ou subalterne, à un assistant – compétent, discret, discipliné et sans état d’âme – tout en feignant d’en être l’instigateur. Mais qu’en est-il chez ceux-là dont le travail est peu ou prou automatisable et encore moins délégable ? Il s’agit de ceux qui écrivent, rédigent, pensent, conçoivent et créent des contenus en faisant usage de leur propre intelligence, de leur savoir et de leur connaissance, voire de leurs émotions, expériences personnelles ou de leur mémoire individuelle.

Dans une rédaction moderne, l’IA peut aider à explorer d’immenses bases de données que des journalistes seuls auraient mis des années à analyser. De même que dans la création littéraire, elle peut servir de laboratoire d’idées, de partenaire de brainstorming, une sorte de carnet de notes interactif. Dès lors la vraie question n’est donc pas de savoir qui remplacera l’humain mais qui sera l’assistant de l’autre.

Dans l’histoire des médias, les technologies qui ont survécu sont celles qui ont renforcé la créativité humaine plutôt que celles qui ont tenté de la remplacer. La photographie n’a pas supprimé la peinture, elle l’a poussée vers de nouvelles formes. Pas plus que la télévision n’a tué la radio, mais l’a obligée à inventer d’autres formats. Enfin, internet n’a pas fait disparaitre le livre mais a multiplié les façons de le diffuser.

Il est donc probable que l’IA suivra la même logique. Elle modifiera profondément les pratiques journalistiques et littéraires, mais elle ne remplacera pas ce qui fait leur essence, à savoir un regard humain posé sur le monde. Mais si ces IA génératives sont en mesure d’engendrer des choses qu’aucun esprit humain ne saura jamais faire (analyser à grande vitesse des millions de paramètres de données), elles restent des machines à prédire et à faire des pronostics.  Les humains, quant à eux, lorsqu’ils utilisent ces mêmes machines, inventent des futurs imprévisibles qui sont le produit de leur propre imagination, de leurs désirs et de l’intelligence collective en général.

Finalement, la presse et la littérature ne sont pas seulement des industries de contenu, elles participent de la conscience collective, et jusqu’à preuve du contraire, cette dernière ne s’écrit pas encore en code informatique. L’avenir du journalisme ne dépendra donc pas seulement des algorithmes, mais de la capacité des journalistes et des écrivains à rester ce qu’ils ont toujours été : des observateurs attentifs du réel. Observateurs engagés ou non, mais capables de faire de l’information brute un récit intelligible, une émotion, une pensée claire dans l’ordre humain. Car si l’intelligence artificielle peut générer des phrases, seule l’intelligence naturelle peut leur donner une âme.

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Le 9 mars 2026 à 11h28

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