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Plaider en faveur de Taskiwin comme levier de développement territorial

Cette relation hypothétique entre le patrimoine immatériel et développement territorial est actuellement amplement justifiée. Le concept de territoire a pris de l’importance dans les sciences sociales, dans l’activité des ONGs nationales et internationales, dans les politiques publiques et les stratégies étatiques de développement.

Le 21 février 2020 à 14h50

De nouvelles approches en sciences sociales appréhendent le "développement territorial’’ comme « ... un processus volontariste cherchant à accroitre la compétitivité des territoires en impliquant les acteurs dans le cadre d'actions concertées, généralement transversales et souvent à forte dimension spatiale » (Baudelle (G.), Guy (C.), Mérenne-Schoumaker (B.), 2011, p. 246).

Cette définition se doit d’être complétée par la notion de "ressource territoriale’’ sur laquelle ce développement sera appuyé. La culture, le patrimoine, la danse Taskiwin, en l’occurrence, pourrait se transformer en ‘’ressource territoriale’’ et constituer un levier de développement territorial, depuis son inscription sur la liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente [1].

Plaider en faveur de Taskiwin comme levier de développement territorial

Tiskt, l'objet emblématique de cette danse dont elle tire son nom.

Le concept de patrimoine immatériel a également pris de l’importance chez les chercheurs, les politiques et la société civile. L’exemple le plus fort est le discours du Trône du 30 juillet 2014 où le souverain demande une réévaluation du capital du Maroc en intégrant son capital immatériel retenu comme l’un des paramètres au niveau international pour mesurer la valeur globale des États et des entreprises. 

Dans ce discours, des instructions furent données pour que le Recensement Général de la Population et de l’Habitat fasse état des indicateurs relatifs au capital immatériel du Maroc, dans ses différentes composantes. Au niveau international, de nombreuses conventions internationales ont été adoptées sur le patrimoine culturel pour protéger et enrichir le patrimoine matériel et immatériel.

L’UNESCO considère même le patrimoine immatériel comme un facteur de développement durable [2]. Selon l’UNESCO, le patrimoine culturel immatériel peut jouer un rôle dans le développement durable, aider à renforcer la cohésion et l’inclusion sociale. Les communautés peuvent même tirer des bénéfices d’activités économiques liées au patrimoine culturel immatériel.

Pour faire du patrimoine immatériel Taskiwin une véritable ressource territoriale et un vecteur de développement, il y a nécessité de donner de la visibilité aux différents territoires où la danse Taskiwin est pratiquée, afin de créer une image de marque de ces territoires selon le modèle de City branding ou de community branding et aboutir, in fine, à un Label ou une griffe Taskiwin.

Le contexte national et international, les stratégies de développement, l’intérêt des communautés scientifiques, l’adhésion des détenteurs de l’élément patrimonial offrent les structures d’opportunités pour sauvegarder et revitaliser la danse de Taskiwin et participer au développement de son territoire.

Un « territoire de Taskiwin » existe ! C’est le « Pays de Taskiwin » [3], « Tamazirt n’taskiwin » qui correspond aux versants Nord et Sud Haut-Atlas occidental et où vivent les tribus de Seksawa, Irouhalane, Ait Hadi Ou Yous, Aghbar, Tigouga, Ida Ou Mahmoud,  Ida Ou Msattog, Mentaga, Erguita, Ida Ouizimer, Ait Ouadjas, Akounsan, Imdlawen, Amizmiz, Ait Chaib, Ait Mhand, Ait Tiksit, etc. Des tribus masmouda qui ont, en son temps, supporté la dynastie Almohade.

La danse Taskiwin a, historiquement, émergé chez ces communautés pluriséculaires qui partagent la même histoire et la même culture, le même genre de vie et qui vivent dans des espaces géographiques similaires, qu’elles ont ingénieusement façonnés, par leurs activités agropastorales, en de très beaux paysages de vallées et de terrasses. L’élevage et l’agriculture vivrières constituent encore des activités importantes de leur subsistance, Livelihood. Ces communautés restent, par ailleurs, très attachées à leur "pays’’, tamazirt ; et c’est là un facteur principal qui conditionnera la pérennité de ces communautés et leurs territoires [4].

Ces communautés ont développé une culture riche et diversifiée faite de savoirs et savoir-faire dans les domaines de l’élevage et des cultures, de l’irrigation, taxés par les spécialistes, de génie hydraulique et pastoral, de techniques architecturales, de l’art culinaire et de procédés multiples de conservation des aliments, de rituels agraires ...  Ce dispositif culturel est résumé par le concept de "paysage culturel de l’agropastoralisme’’, reconnu comme composante du patrimoine de l’humanité par la convention de 1992 de l’UNESCO [5].

La sauvegarde et la revitalisation de Taskiwin est indubitablement tributaire du développement économique et social du territoire où cette danse est pratiquée [6]. Ce sera un développement territorial qui valorise les ressources de tout genre qui existent dans le ‘’Pays Taskiwin’’ : les productions agricoles et d’élevage, les paysages et l’architecture, les éléments de culture, comme les chants et la danse ...

La danse Taskiwin n’est qu’un élément qui figure parmi tant d’autres éléments culturels, économiques et sociaux du "pays de Taskiwin’’. La patrimonialisation de la danse Taskiwin n’aura de sens que si le cadre de vie des populations détentrices de cet élément culturel est préservé, si des activités économiques sont promues pour perpétuer une vie économique et sociale dans ces pays de Taskiwin. Que si le "Pays Taskiwin’’ vit et fait vivre sa population. Le désir de danser surgit quand le ventre est plein, dit la sagesse marocaine.

La préservation et la revitalisation du patrimoine Taskiwin est à conduire en parallèle avec la recherche d’un développement économique et social du "pays Taskiwin’’.

Le contexte national et international est favorable à une approche de développement du "territoire Taskiwin’’.

D’abord, les diverses conventions de l’UNESCO qui accordent de l’importance au patrimoine culturel et notamment à la reconnaissance du « paysage culturel » comme patrimoine culturel ; opportunité à saisir pour inscrire le "territoire Taskiwin’’ en tant que "paysage culturel’’.

Ensuite, le contexte national marqué par une course contre la montre pour rattraper les retards enregistrés par l’indice de développement humain. Un Plan d’action intégré pour la lutte contre les disparités sociales et territoriales (PAILDS), financé par le fonds de développement rural, est mis en place. Il pourrait profiter au "Pays Taskiwin’’.

Enfin, l’existence d’un tissu associatif très actif dans le pays Taskiwin, et qui a montré l’étendue de son engagement lors de l’élaboration du dossier de l’inscription de la danse Taskiwin. Une fédération des associations de la danse de Taskiwin est créée. Elle est en instance de reconnaissance.

L’association Targa-Aide, engagée depuis plusieurs décennies dans le développement des zones de montagne, reste disposée à accompagner la fédération Taskiwin pour la mise en œuvre du plan d’action [7] pour la sauvegarde et la revitalisation de cette Danse.

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[1] L’association Targa-Aide (Association interdisciplinaire pour le développement et l’environnement, reconnue d’utilité publique), la direction du patrimoine au ministère de la culture, des associations de troupes de danse Taskiwin ont travaillé en symbiose depuis 2013 pour inscrire, en 2017, la danse Taskiwin sur la liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente.
[2] https://ich.unesco.org/doc/src/34299-FR.pdf
[3] A l’instar du ‘’pays du Roquefort’’, du ‘’pays de champagne’’ ou chez nous la pays du Zafran ou de l’argan.
[4] Le retour de la diaspora à tamazirt pour fêter l’Ayd Al Kébir est phénoménal.
[5] Les paysages culturels expriment la relation entre des peuples et leur environnement et la manière dont un peuple façonne son environnement. Il existe une réelle possibilité d’inscrire le paysage culturel de l’agropastoralisme du Haut-Atlas dans le patrimoine mondial de l’UNESCO, à l’instar du paysage culturel agropastoral des Causses et Cévennes (France) reconnu et inscrit par l’UNESCO (juin 2011).
[6] Devant la commission, les représentants des troupes Taskiwin ont exposé tous les problèmes dont souffrent la population en matière de route, santé, éducation, eau potable, activités économiques.
[7] Le plan d’action figure dans le dossier Taskwin sur le site de l’UNESCO

Tags : CSMD
Par Rédaction Medias24
Le 21 février 2020 à 14h50

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