Pays-Bas, un islamophobe au perron du pouvoir
Apres six essais infructueux, le voilà affichant sa joie et sa revanche en visualisant devant un grand écran, dans son QG, les résultats des élections législatives au soir du 22 novembre dernier. Geert Wilders, c’est de lui qu’il s’agit, chef du Parti pour la liberté, PVV, vient d’obtenir 35 sièges sur les 150 que compte la Chambre basse. Une victoire considérée plus que confortable, qui lui permettrait de constituer une coalition avec les autres partis politiques, si l'on voulait bien de lui pour gouverner le pays.
Mais quel parti voudrait s’associer à cette personnalité qui n’a jamais fait l’unanimité autour d’elle et qui, de surcroît, a été condamnée par la justice à plusieurs reprises ? C’est que Wilders, qu’on qualifie de Trump néerlandais, est entré en politique par effraction. Il a compris que jouer sur le registre de haïr l’islam, les musulmans, et plus particulièrement les Marocains, et proposer des concours de caricature de leur prophète était porteur et pourrait le mener à gouverner le pays. Ses démêlés avec la justice, ses inculpations pour injures racistes ont, au contraire, renforcé sa popularité.
Mesurant le poids des responsabilités dont il aura la charge, son discours a nettement évolué durant ces élections. Il a tenu à calmer ses ardeurs et sa rhétorique populiste pour se pencher sérieusement sur les grandes préoccupations de ses concitoyens. Lors des débats électoraux d’avant les élections, il a évité les questions qui fâchent et divisent, en affirmant devant la presse que pour les Néerlandais il y a des sujets plus importants que ceux sur l’immigration.
Pour gouverner, a-t-il ajouté, il était prêt à mettre de côté ses opinions sur l’islam et les musulmans. Les Néerlandais s’inquiètent plus pour leur pouvoir d’achat que pour l’immigration, a-t-il fait savoir. Étonnement, il a affirmé aussi qu’il serait le Premier ministre de tous les Néerlandais, quelles que soient leur religion ou leur origine. Sa démarche est-elle réellement sincère, ou simplement une nécessité en vue d’établir une majorité, et un terrain d’entente avec d’autres partis politiques pour gouverner ?
On sait que Wilders est un électron libre dans l’échiquier politique néerlandais. Assistant social de par sa formation initiale, il a pu suivre des études juridiques sans être un érudit. Il s’est installé longuement en Israël durant sa jeunesse, d’où une admiration sans limite pour ce pays. C’est certainement à partir de cette expérience qu’il a développé une haine maladive à l’encontre de l’islam. De retour aux Pays-Bas, on le retrouve dans le secteur de l’assurance maladie, avant qu'il ne s’engage corps et âme en politique.
Ses anciens professeurs le décrivent comme un élève normal et solitaire, avec peu d’amis, mais qui adore démesurément la politique. Il ne participe à aucun évènement social, et il se livre rarement sur sa vie privée que ses concitoyens connaissent peu. Il demeure pour beaucoup énigmatique et indéchiffrable. De sa vie privée, la presse néerlandaise évoque son mariage à 20 ans, son divorce, puis son remariage avec une Hongroise de confession juive.
Wilders, que ses proches qualifient de grand débatteur, incisif, nationaliste et souverainiste, est entré en politique en 1990 en adhérant au Parti populaire pour la liberté et de la démocratie, VVD. Ses collègues le voyaient comme une personne dotée d’un grand sens politique, mais aussi connue pour être nerveux et vulnérable. Menacé de mort pour ses déclarations anti-islam, il ne sort que sous protection policière. Il ne communique que par réseaux sociaux interposés, invectivant les uns, insultant les autres, et participant parfois à la diffusion de fake news.
Au sein du parti VVD, il s’exerça aux joutes politiques et à la rédaction des discours des responsables. Avec les années, cette mouvance, qui regroupait libéraux et progressistes, lui semblait trop étroite pour exprimer ouvertement ses idées extrémistes. Il sauta le pas en 2006 en créant son propre Parti pour la liberté, PVV, pour donner libre cours à ses opinions anti-islam et anti-immigration, fonds de commerce de son projet politique.
À cause de ces excès, il a été poursuivi à plusieurs reprises par la justice, et condamné pour incitation à la haine par des propos discriminatoires et racistes. On lui reprochait ses insultes contre les musulmans en général, et plus particulièrement à l’égard de nos concitoyens marocains, et d’avoir comparé le Coran au livre Mon combat d’Adolf Hitler entre autres. En 2016, dans un procès médiatique retentissant, il est reconnu coupable d’insultes racistes.
Les juges lui reprochaient d’avoir tenu, lors d’un meeting, des propos racistes, en demandant à la foule si elle voulait plus ou moins de Marocains au pays. La cour avait estimé, dans son jugement, que Wilders était coupable d’insulte collective – mais avait abandonné l’incitation à la haine – sans lui imposer cependant de peine. Face à ses fans, Wilders se présente alors comme victime du système, faisant observer que son pays est devenu une république bananière, où le leader de l’opposition est condamné dans un procès politique.
Le programme politique que propose Wilders à ses citoyens n’a rien d’original. Il tourne autour de la préférence nationale, l’application d’une politique stricte contre l’immigration, le retour aux contrôles aux frontières, la détention et l'expulsion des immigrés illégaux, et le renvoi des demandeurs d’asile. Au niveau de l’Union européenne, il propose d’organiser un référendum, "Nexit", pour quitter cet ensemble à l’instar du Royaume-Uni. Si cette politique était appliquée à la lettre, elle aboutirait inéluctablement à l’isolement de son pays en Europe, mais aussi au niveau international.
Pour le moment, Wilders devra d’abord s’atteler à gérer son premier défi que constitue l’établissement d’une majorité solide avec d’autres partis, pour pouvoir gouverner confortablement. Cela n’est possible qu’à la condition de revoir à la baisse ses exigences pour trouver des compromis douloureux. Au lendemain de cette élection, ne déclarait-il pas qu’il était prêt à mettre de côté ses opinions sur l’islam, et qu’il serait le Premier ministre de tous les Néerlandais ?
Ce changement avait été perçu dès sa victoire, quand Wilders avait lancé un appel aux autres partis politiques du pays. "La campagne est maintenant finie, les lecteurs se sont exprimés, et nous devons travailler ensemble", leur disait-il en substance. Puis d’ajouter, avec sa fierté habituelle, "nous avons gagné 35 sièges, ce qu’aucun autre parti ne peut ignorer, toute autre sortie serait antidémocratique et les électeurs ne l’accepteraient pas". En dépit de cette déclaration, les autres partis politiques restent méfiants de peur d’être déçus par son côté imprévisible.
Paradoxalement, Wilders s’est montré ouvert à l'idée de former une coalition avec le Parti nouveau contrat social, NSC, et le Mouvement agriculteur citoyen, BBB, ainsi que le Parti populaire pour la liberté et la démocratie, VVD. Ce dernier, qui hébergeait Wilders à ses débuts, lui a fait savoir qu’il pourrait soutenir une coalition dirigée par Wilders, sans siéger dans le nouveau gouvernement. Ces partis lui ont fait savoir que toute alliance devrait reposer sur un programme commun cohérent, qui protège les intérêts du pays sur le plan intérieur comme extérieur.
Mais c’est au niveau de la politique extérieure que le blocage risque d’être insurmontable. Plusieurs partis ne veulent pas voir le pays sombrer dans des crises interminables avec l’Europe et l’ensemble du monde musulman, dont le pays dépend économiquement. Quitter l’Union européenne est suicidaire, et le Pays-Bas n’est pas le Royaume-Uni. Dans ce cas, Wilders serait bien inspiré de suivre la voie italienne prônée par Giorgia Meloni qui, pour rassurer ses partenaires, avait nommé Antonio Tajani, ancien président du Parlement européen, pour gérer la diplomatie du pays.
Au Moyen-Orient la diplomatie néerlandaise risque d’être moins audible. Wilders est un fervent défenseur inconditionnel d’Israël. Il a déjà fait savoir qu’il transférera son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, et fermera la représentation des Pays-Bas à Ramallah en Palestine. Comme des vases communicants, cet amour excessif envers l’Etat hébreu se nourrit de sa haine de l’islam et des musulmans. Cette proximité, notamment avec la frange extrémiste israélienne, est légitimée, selon lui, par le fait qu’Israël est à la première ligne de défense de l’Occident.
L’ampleur de la victoire de Wilders a dépassé largement les prévisions des Instituts de sondage, et a même surpris les plus proches partenaires du pays. À 60 ans, le voilà à la croisée des chemins pour se mettre au service de son pays et de ses concitoyens. Il a le choix d’être l’Homme d’Etat providentiel qui unit, protège les intérêts, et donne une image positive des Pays-Bas, ou celui de demeurer l’éternel extrémiste, dont on oubliera vite le passage. Pour le moment, son premier défi est de constituer une majorité solide avec des partis politiques. Mais qui voudrait s’associer à lui ?
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