χ
Ahmed Faouzi

Ancien ambassadeur. Chercheur en relations internationales.

Pavillons marocains et soft power

Le 18 mai 2022 à 15h24

Modifié 18 mai 2022 à 15h27

Pourrais-je avoir cinq minutes de votre temps ? Oui ? Alors prenez votre clavier et pianotez-y "Moroccan pavilion Putrajaya". Vous serez étonnés de voir une merveille de l’architecture marocaine que le gouvernement malaisien offre à ses touristes.

Ce pavillon fait partie du circuit touristique de la nouvelle capitale Putrajaya, située à une trentaine de kilomètres de Kuala Lumpur. Les touristes visitent ce haut lieu culturel et les Malaisiens eux-mêmes y organisent leurs fêtes et autres mondanités.

Continuez votre voyage virtuel cette fois-ci de l’autre côté de la planète en Floride. Tapez toujours sur votre clavier Morocco village Epcot pour contempler ce village construit en Floride à Walt Disney, sorti comme un rêve des mains des artisans et artistes marocains. Les visiteurs, américains comme étrangers, y admirent l’art de vivre du royaume, son architecture, sa cuisine et le son des musiciens et troubadours qui égayent les rues de cette médina.

Cette publicité faite à notre pays nous remplit certes de fierté et flatte notre égo. Elle témoigne surtout de l’admiration que portent les autres nations à ce que nous sommes réellement, un pays enraciné et non un resquilleur de l’histoire. Une contrée portant haut les grandes valeurs d’humanisme, d’ouverture et d’hospitalité à l’égard des autres. L’occasion de cette évocation est l’émotion créée récemment au Maroc après les appropriations par certains pays de nos traditions vestimentaires, culinaires ou architecturales. Et on les comprend.

Une diversité culturelle marocaine qui s’affiche partout

Nos ancêtres ont su forger à travers les siècles des savoir-faire et de la connaissance. Ils ont su étendre leur influence vers l’Europe, l’Afrique du Nord et de l’Ouest. Ils ont façonné d’autres civilisations et en ont été imprégnés aussi. De cette histoire est née une forte identité et des traditions, que d’autres nous envient et qu’ils essayent de s’approprier. Comme d’autres vieilles nations, les Marocains ont développé leur mode de vie et leur organisation sociale en liaison et en contact avec d’autres cultures.

Cette diversité apparaît dans tous les aspects de notre vie quotidienne et serait fastidieux à énumérer. De l’architecture, comprenant les riads, les salons marocains, le stuc, le zellige, le tadelakt, à l’art culinaire, avec la diversité des recettes et les cérémonies de thé typiquement marocaines, au bien-être comme le hammam et ses rituels de savon beldi ghassoul et henné. D’autres activités comme les arts populaires, les moussems et tbourida, peuvent aussi être citées.

Cette diversité explique à elle seule la richesse de ce patrimoine unique et rend difficile la reproduction de la complexité de ces traditions, qui ne peuvent s’épanouir que dans un contexte purement marocain. C’est certainement pour cette raison que les étrangers qui accèdent à notre culture, à nos villes, comme à nos traditions, ont la sensation de s’ouvrir à un monde de découvertes et d’émerveillement.

Le Marocain ne se défait pas facilement de son histoire

Le visiteur étranger comprend bien que le Marocain s’inscrit dans ses traditions ancestrales, tout en étant à la pointe de la modernité et de l’évolution humaine. Il constate aussi que le Marocain ne se défait pas facilement de son histoire et de ses traditions et ne se dissout jamais dans la culture de l’autre. Ceci constitue en soi un avantage et permet à notre culture de demeurer vivante à l’échelle de la personne comme au niveau de la nation.

C’est pour ces raisons que la promotion de notre patrimoine est devenue un enjeu culturel stratégique à l’échelle internationale. Notre devoir est de mieux les protéger face à la piraterie sans scrupule et aux contrefaçons. Qui n’a pas été choqué de voir, dans le bureau d’un chef d’Etat d’un pays voisin, un tableau de peintre représentant la tbourida marocaine. Certains lecteurs avertis ont déduit qu’il s’agissait du moussem d’Abdallah Amghar, en raison de la présence du minaret typique de la mosquée de ce lieu.

L’émotion a été grande aussi lorsqu’une communication a été lancée sur la Coupe du monde de football au Qatar, avec un portail marocain ciselé tout en finesse par des mains marocaines sur les affiches, sans référence à son origine. De même, les costumes traditionnels marocains, comme les caftans et jellaba, sont copiés à l’identique chez nos voisins lors des fêtes de mariages, avec en sus la amaria et les chants qui vont avec. La reprise de nos traditions est en soi un objet de fierté car elle démontre l’influence que le Maroc exerce toujours sur son environnement immédiat.

Toutes ces traditions entrent dans la cadre de notre apport à l’humanité et à ce que l’on appelle désormais le soft power. Mieux se faire connaître à l’extérieur à travers des images positives, est la meilleure façon d’attirer plus d’investisseurs et de touristes, rendant ainsi notre pays plus attractif. L’industrie cinématographique et les films tournés au Maroc, eux aussi, améliorent considérablement l’image du pays. Le film Casablanca, sans avoir été tourné dans cette ville, a néanmoins laissé des traces indélébiles sur les cinéphiles du monde entier depuis 1942 à ce jour.

Connaissance réciproque des uns et des autres

C’est une lapalissade que d’affirmer que notre culture en général, et plus particulièrement nos mœurs et traditions, participent à notre rayonnement dans le monde. Ils sont notre smart power ou, pour employer une expression managériale, notre nation-Branding. Notre démarche de promouvoir nos traditions et nos valeurs à l’étranger ne doit pas viser uniquement ceux qui veulent s’en approprier illégalement une partie, mais également ceux qui cherchent à imposer une seule vision hégémonique de la civilisation humaine sur le monde.

En défendant intelligemment nos identités culturelles plurielles, telles que mentionnées dans notre constitution, nous prenons conscience que les rapports de puissance entre Etats ne sont pas uniquement la combinaison des forces économiques et matérielles ; ce sont aussi les richesses immatérielles et identitaires qui entrent en jeu pour démarquer les uns des autres. C’est le sens du discours royal de juillet 2014 et des instructions données à cette occasion pour prendre conscience de nos atouts.

On ne peut améliorer notre position dans le concert des nations qu’en revalorisant ce patrimoine, et en partageant avec le reste de l’humanité ce que nous avons de meilleur en nous-mêmes. Nos rapports aux autres s’enracinent dans nos valeurs civilisationnelles, ce qui confère à notre présence dans le monde la force et l’authenticité nécessaires. Quoi de plus naturel et légitime donc que de les mettre au service de nos ambitions et de nos intérêts.

La diffusion de nos valeurs et de notre identité à travers le monde devrait avoir comme but de façonner l’imaginaire de l’autre. Nos adversaires cherchent de leur côté à les altérer, à les falsifier, et parfois même à se les accaparer impunément. Le thé à la menthe, le tagine, le caftan, ainsi que nos musiques ancestrales, sont copiés sans scrupule sous d’autres cieux. Ceci sème le doute chez certains, mais il dévoile surtout le vide identitaire chez celui qui cherche à usurper une identité qui n’est pas la sienne.

Nos adversaires voudraient qu’on ne communique pas sur nos valeurs, notre histoire et notre identité, afin qu’ils puissent maintenir les doutes et distiller les mensonges. C’est donc la communication tous azimuts qui devient la clé de voûte pour contrer la propagande adverse qui cherche à créer l’amalgame. Les affinités que l’on crée ainsi avec les autres nations aident à faire naître des convergences de vues et ouvrent la voie à une meilleure coopération avec les autres nations.

Il va de soi qu’en voulant défendre nos valeurs à l’extérieur, nous sommes censés être ouverts pour accepter celles des autres chez nous, dans un esprit de tolérance et de réciprocité. La connaissance réciproque reste le meilleur moyen d’empêcher les identités de se nuire. La diffusion de notre patrimoine culturel et identitaire à l’étranger est une responsabilité qui nous incombe collectivement. Parce que nous l’avons reçu en héritage, nous sommes censés le pérenniser pour nous-mêmes, pour nos générations à venir et pour toute l’humanité. Il est de notre devoir de le défendre, car ceux qui le copient maladroitement, par paresse ou par manque d’inspiration, ne peuvent le protéger à notre place.

A lire aussi


Les dernières annonces judiciaires
Les dernières annonces légales

Communication financière

Managem: Résultats annuels au 31 décembre 2021

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.