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Parvenir à un accord avec Kim Jong-Un

SÉOUL– Le dirigeant nord-coréen Kim Jon-un a-t-il décidé de négocier l’arrêt de son programme nucléaire? ou bien s’est-il lancé dans un nouvel épisode de diplomatie en trompe-l’œil, prétendant qu’il va dénucléariser pour que son pays appauvri obtienne des avantages matériels?

Le 11 juin 2018 à 14h21

Telle est, peut-être, la question clé avant l’ouverture du sommet qui réunira Kim et le président des États-Unis Donald Trump, à Singapour, le 12 juin. Jusque-là, personne n’en connaîtra la réponse, pas même, on peut l’imaginer, Kim lui-même.

Les optimistes tendent à penser qu’il est sincère lorsqu’il déclare vouloir dénucléariser. Ils rappellent que l’économie de la Corée du Nord a profondément changé depuis que Kim Jong-un a succédé à son père Kim Jong-il, en 2011. Elle est désormais plus ouverte, puisque les échanges avec l’étranger y atteignent presque la moitié du PIB, suite à un processus de libéralisation entamé dès le milieu des années 1990. Mais cette ouverture fragilise aussi, en partie, le pays, ce qui explique les efforts diplomatiques actifs de Kim pour empêcher que les actuelles sanctions internationales ne provoquent un bouleversement économique majeur.

À la différence de son père, Kim, qui n’est âgé que de 34 ans, s’est montré favorable à une croissance économique fondée sur l’ouverture aux marchés, et l’on peut penser qu’il suit l’exemple de Deng Xiaoping, l’architecte des réformes chinoises, lancées à la fin des années 1970. La révocation récente de trois anciens cadres supérieurs de son armée pourrait laisser entendre qu’il est prêt à d’importantes concessions afin de préparer un environnement diplomatique favorable et de pouvoir se concentrer sur le développement économique. La question demeure de savoir si Trump est aujourd’hui prêt à soutenir la Corée du Nord de Kim comme le président Richard Nixon l’avait fait avec la Chine de Deng.

Les pessimistes, en revanche, mettent en garde contre le danger qu’il y aurait à penser que Kim envisage sérieusement de dénucléariser. Jusqu’à présent, affirment-ils, rien n’indique qu’il soit différent de son père (et de son grand-père, Kim Il-sung), dès lors qu’il s’agit de tenir des engagements internationaux. Ainsi l’éventualité de voir la Corée du Nord coopérer sur trois questions fondamentales les laisse-t-elle sceptiques.

Tout d’abord, malgré ses déclarations, il n’est pas du tout certain que Kim accepte une "dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible" (DCVI) de la Corée du Nord. Ses engagements demeurent hypothétiques et manquent de substance ou de contenu opérationnel. Deuxièmement, considérant la conduite de la Corée du Nord par le passé, les pessimistes pensent qu’il est peu probable que Kim autorise des inspections nucléaires intrusives, qui sont un élément essentiel de la DCVI. Enfin, la Corée du Nord n’a toujours pas défini clairement les conditions de sa dénucléarisation. La position officielle– retrait des troupes américaines de Corée du Sud et fin de l’alliance bilatérale entre celle-ci et les États-Unis– ne déboucherait, si elle est maintenue, que sur une impasse.

Mais peut-être existe-t-il une façon de parvenir à la dénucléarisation qui satisfasse à la fois les optimistes et les pessimistes. Pour l’entrevoir, il faut faire un pas en arrière et tenter de comprendre la principale raison des échecs diplomatiques qui ont marqué les dernières décennies: une profonde méfiance de part et d’autre, qui a eu pour effet de rendre paranoïaque sur les questions touchant à sa sécurité un petit pays faible comme la Corée du Nord, environné de grandes puissances. Pour prendre le problème à la racine, les États-Unis devraient adopter une approche politique, plutôt qu’insister sans cesse sur la conclusion d’un strict accord militaire et de sécurité.

Ainsi, en 1991-1992, l’administration du président George H. W. Bush avait-elle refusé l’offre de la Corée du Nord d’établir des relations diplomatiques, alors que la chute de l’Union soviétique renforçait le sentiment d’insécurité de Kim Il-sung. De même, le principal reproche qu’adresse la Corée du Nord à l’accord-cadre conclu en octobre 1994 à Genève tient au fait que les États-Unis n’ont pas rempli leur promesse d’une amélioration des relations politiques. L’administration Clinton tenta en 2000 une approche politique, mais elle fut trop timide et vint trop tard.

Le premier sommet Trump-Kim ne pourra peut-être pas résoudre en même temps les trois principaux problèmes qui divisent les États-Unis et la Corée du Nord. Mais cela ne signifie pas que la rencontre coure à l’échec. Pour la première fois, les États-Unis s’attaquent à la cause fondamentale du différend nord-coréen, plutôt qu’à ses seuls symptômes. Et c’est pourquoi, bien qu’elle ait été prise de façon apparemment impromptue, la décision de rencontrer Kim en tête-à-tête a du sens et est productive, surtout si Trump parvient à renforcer la confiance de son interlocuteur quant à sa sécurité et à celle de son régime au cas où il serait dépourvu de la protection de son arsenal nucléaire et quant au soutien de la communauté internationale à ses efforts de croissance économique.

Cela dit, Trump serait avisé de laisser à des diplomates ayant l’expérience des négociations avec la Corée du Nord le soin de régler les détails du processus de dénucléarisation. Dans l’intervalle, il aura besoin de reconstruire une coalition internationale pour maintenir des sanctions économiques efficaces, qui constituent le moyen de pression le plus puissant pour persuader Kim d’accepter la DCVI. Sur ce point, une étroite coopération avec la Chine est nécessaire. En outre, les États-Unis devront reconnaître à leur juste valeur les concessions indispensables que ferait la Corée du Nord –notamment l’autorisation d’inspections intrusives sur l’ensemble de son programme nucléaire par des experts internationaux– avant même que la DCVI ne soit achevée.

Rien ne garantit bien sûr que tout cela fonctionnera. Il est clair, en revanche, que pour réussir la dénucléarisation de la Corée du Nord, une combinaison de prudence réaliste et de décisions politiques courageuses– par exemple, mettre un terme officiel à la guerre de Corée, ouvrir des bureaux de liaison, ou relâcher certaines sanctions économiques– est de mise.

Traduit de l’anglais par François Boisivon

© Project Syndicate 1995–2018

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Le 11 juin 2018 à 14h21

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