Monsieur Attaf, avez-vous lu le même texte de résolution que nous ?
En écoutant attentivement le ministre des Affaires étrangères de l’Algérie, Ahmed Attaf, lors de sa dernière interview où il brodait autour de la récente résolution sur le Sahara, on se demande si nous avions sous les yeux le même texte issu du Conseil de sécurité.
Contrairement à la presse de son pays qui a été unanime à dénoncer ce qu’elle appelle le forcing américain, Attaf semblait satisfait, et même heureux, en informant que son pays était à deux doigts de voter la résolution, si ce n’était cette petite disposition sur la souveraineté marocaine, dit-il. Le ministre a tenté ainsi de couvrir les errements de son département dont il a la charge, et de minimiser la portée des décisions du Conseil de sécurité.
Attaf était satisfait, ou semblait l’être, que cette mention de souveraineté marocaine soit incluse seulement dans le préambule, et non dans le dispositif de la résolution. Ceci, estime-t-il, est une nuance de taille, ajoutant que pour Alger, les fondamentaux ont ainsi été préservés. Dans son récit, il a accusé les Marocains de vouloir démanteler la Minurso et de transformer son mandat, pour imposer le plan d’autonomie comme la solution unique et exclusive pour tuer définitivement l’idée du référendum.
Pour lui, les Marocains ont tenté ce passage de force avec l’aide et l’appui des Américains, mais n’ont, en fin de compte, rien obtenu selon lui. Si c’est donc le cas, pourrait-on lui rétorquer, pourquoi alors l’Algérie n’a pas voté la résolution ?
Il n’y a dans le texte final, selon Attaf, aucune référence ni à la souveraineté marocaine, ni à l’État marocain, car ces principes ont été expurgés du texte initial, nous assure-t-il. La défaite que l’on tente donc de coller à l’Algérie, suite au déroulement du vote au sein du Conseil de sécurité, n’en est pas une pour lui. Et pour s’en convaincre, il suffit, selon lui, de comparer les deux moutures proposées de la résolution pour voir la différence. Il ajoute que le Maroc tablait sur les trois volets suivants : démanteler la Minurso, imposer le plan d’autonomie, et rendre caduc le référendum. Il a laissé entendre que ces éléments ont été bannis du texte de la résolution, et par conséquent son pays a eu gain de cause.
Alors si le ministre Attaf est tellement sûr de lui et que, à le croire, le Maroc n’a pas enregistré de succès, que dit alors la résolution elle-même telle qu’elle a circulé depuis ? C’est le seul élément tangible en notre possession pour vérifier si le ministre algérien dit vrai, ou s’il extrapole pour le plaisir et pour tromper les Algériens.
À titre d’exemple, dans le préambule de la dernière mouture, on pourrait donc lire ceci : "prenant note du soutien exprimé par de nombreux États membres en faveur du plan d’autonomie proposé par le Maroc comme base d’un règlement juste, durable et mutuellement acceptable du différend".
Ou alors plus loin quand le Conseil affirme qu’"une véritable autonomie, sous souveraineté marocaine, pourrait être une solution des plus réalistes". Que dire de plus pour signifier à Attaf que la communauté internationale ne voit de perspective à ce conflit régional qu’à travers l’initiative marocaine adoubée maintenant par un nombre croissant d’États, dont trois membres permanents ? En décryptant le dispositif de la résolution, on retrouve encore cette même dimension que notre Attaf tente d’escamoter. On y lit que le Conseil appuie pleinement les efforts du Secrétaire général et son Envoyé personnel pour faciliter et conduire les négociations en se fondant sur le plan d’autonomie pour parvenir à un règlement juste et mutuellement acceptable conformément à la Charte des Nations Unies.
Et que pense le ministre algérien quand la résolution stipule ouvertement que le Conseil demande à toutes les parties de participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc, afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable. Ou alors quand l’objet est encore plus clair : le Conseil considère ouvertement qu’une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalistes. Comment dès lors notre Attaf peut-il faire table rase de ces évidences et recommandations, pour ne s’arrêter que sur le futile en faisant fi de l’essentiel ?
La presse algérienne contredit Attaf
A l’opposé du ministre Attaf, qui a tenté d’atténuer l’impact de la nouvelle résolution, la presse algérienne a, au contraire, critiqué les instances onusiennes ainsi que le Conseil de sécurité et certains de ses membres, à commencer par les États-Unis et le président Trump, pour leur proximité avec le Maroc. Pour le Quotidien d’Oran, l’ONU a cessé d’être une arène de principes pour devenir un plateau de transactions. La Russie et la Chine s’abstiennent, non par conviction, mais par calcul. Le Maroc pour ce quotidien investit, normalise, séduit et l’affaire du Sahara devient réglée.
Pour le monde de Trump, continue cet organe de presse, les alliances se signent comme des contrats d’assurance. Les États-Unis achètent la paix d’une région, la France vend sa mémoire, la Chine négocie des ports, et la Russie marchande ses silences. Le Conseil de sécurité ressemble à une bourse, on y cote l’influence. L’Algérie, en refusant de voter, a refusé de participer à l’enterrement du droit. "Ce n’est pas de l’idéologie, c’est de la cohérence historique, et un pays né d’une guerre de libération ne peut pas bannir une occupation travestie en autonomie".
Puis ce journal, proche du pouvoir, s'en prend au président américain lui-même. Le monde de Trump, c’est celui des deals, des tweets et des trocs, peut-on lire. Un monde sans morale où le renoncement vaut plus que la justice. Les puissants pensent que l’Histoire s’arrête à leur victoire, mais elle recommence toujours ailleurs. L’apartheid paraissait éternel, le mur de Berlin et les colonies aussi. Tout ce qui nait du mensonge finit par s’effondrer. Puis ce journal de donner un conseil aux responsables du pays : "l’Algérie doit continuer à tenir la ligne, du droit contre le deal, de la justice contre la transaction et de la dignité contre le calcul". Ce n’est pas cet optimisme qu'a bien voulu nous vendre Attaf.
Un autre quotidien, Al-Watan contredit lui aussi la déclaration du ministre, en reconnaissant ouvertement que la focalisation de la résolution sur l’autonomie "restreint la liberté de négociation, et biaise les perspectives d’un règlement véritablement équitable". Il regrette l’absence, dans le mandat de la Minurso, du contrôle des droits de l’Homme. Vieille rengaine dont rêve la diplomatie algérienne qui souhaite l’intégrer, non par amour pour ces droits peu respectés chez eux, mais pour gêner davantage le Maroc. Le journal explique que l’absence du vote de la part de l’Algérie est un geste symbolique et un acte de protestation contre une résolution jugée "en deçà des attentes de l’Algérie".
Le site Tout sur l’Algérie, TSA, qui s’est penché aussi sur la résolution a voulu garder l’espoir en soulignant que le plus dur reste à faire. Non, pouvait-on lire, le Conseil de sécurité n’a pas réglé le conflit par cette résolution, et beaucoup reste à faire. Et, comme plusieurs autres médias algériens, il a trouvé dans les déclarations du conseiller américain Massad Boulos à la chaine Al-Hadath un réel réconfort. Pour ce dernier, la résolution constitue un premier pas d’une marche de mille miles, et il reste des détails sur la manière de la mise en œuvre qui feraient l’objet de discussion. Ce bémol du responsable américain a conforté aussi bien les responsables que les médias algériens.
Ce ne sont là que quelques extraits d’une série d’autres qui ont vu dans la résolution un recul de la diplomatie algérienne. Dans la presse algérienne, l’Amérique a été critiquée sévèrement, de même la France, le Royaume-Uni et d’autres pays occidentaux. La Russie et la Chine, qui se sont abstenues, ont eu leur part de critiques sévères par la presse algérienne pour n’avoir pas pu user de leur droit de veto, ou au moins voter contre la résolution.
Sur ce chapitre, Attaf est resté bien silencieux sur l'analyse de la neutralité de ce qu’il croit être les alliés de son pays. L’Algérie est déjà isolée sur le plan régional et international, inutile d’ajouter encore d’autres adversaires.
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