img_pub
Rubriques

L'Ukraine et l'avenir de l'Europe

Que va-t-il se passer lorsque le déploiement de troupes russes le long de la frontière ukrainienne sera terminé ? Le président russe Vladimir Poutine va-t-il donner l'ordre d'attaquer pour priver l'un des voisins de la Russie – un État souverain et membre des Nations Unies et du Conseil de l'Europe – de son indépendance et le forcer à revenir sous le joug du Kremlin ?

Le 14 février 2022 à 11h40

BERLIN – Nous n'en savons toujours rien, mais les faits indiquent en grande majorité une guerre imminente. Si cela devait se produire, les conséquences pour l'Europe seraient profondes, remettant en question l'ordre européen et les principes (renonciation à la violence, autodétermination, inviolabilité des frontières et intégrité territoriale) sur lesquels elle repose depuis la fin de la Guerre froide.

En raison de la violence russe, l'Europe serait à nouveau divisée en deux sphères : une « Europe russe » à l'Est et l'Europe de l'Union européenne et de l'OTAN dans les parties centrale et occidentale du continent. Les intérêts impériaux seraient une fois de plus opposés à ceux des démocraties qui œuvrent de concert sous une règle de droit commune.

Pire encore, parce que les mots, les obligations, les engagements et les traités ne seraient plus dignes de confiance, il y aurait un réarmement accru pour l'autoprotection et une réorganisation complète des relations économiques, en particulier dans le secteur de l'énergie. L'Europe ne serait plus en mesure de risquer le genre de dépendances économiques qui l'exposent au chantage durant les crises. Bien qu'une réorganisation des relations économiques soit coûteuse pour l'UE, il n'y aurait pas d'autre option possible. La seule alternative serait la soumission et la reddition des principes propres à l'Europe.

"Impulsions impériales"

Au cœur de la crise actuelle se trouve le fait que la Russie, sous Poutine, est devenue une puissance révisionniste. Non seulement elle n'est plus intéressée par le maintien du statu quo, mais elle est prête en outre à menacer et même à utiliser la force militaire pour changer le statu quo en sa faveur.

Si l'Europe devait se soumettre à ces impulsions impériales, elle trahirait ses valeurs les plus fondamentales et devrait renoncer à la façon dont les Européens vivent et veulent vivre. Cela reviendrait à renoncer à tous les progrès que l'UE représente. Les conséquences sont impensables et donc totalement inacceptables.

Les exigences de la Russie montrent précisément ce qui est réellement en cause dans le conflit ukrainien. Poutine veut que l'OTAN abandonne sa politique de porte ouverte non seulement en Europe de l'Est mais également en Scandinavie (vis-à-vis des États membres neutres de l'UE, la Suède et la Finlande). Il ne s'agit pas ici d'un encerclement supposé de la Russie par l'OTAN. Il s'agit de la restauration de l'Empire russe et de la crainte existentielle de Poutine de voir la démocratie s'enraciner et se propager. Le droit à l'autodétermination est en jeu dans la crise ukrainienne – la prérogative de tous les pays souverains de choisir leurs propres alliances.

Poutine veut désespérément effacer l'humiliation de la chute de l'Union soviétique et de la perte historique de puissance mondiale de la Russie. Selon lui, l'Empire russe doit se relever et se faire connaître. Cette aspiration implique immédiatement l'Europe, parce que la Russie n'a jamais été une puissance mondiale sans d'abord devenir une force hégémonique en Europe. Aujourd'hui, l'indépendance de l'Ukraine est menacée. Demain, ce sera le tour des autres États post-soviétiques ; et après cela viendra celui de la domination de l'Europe. Les Européens qui connaissent leur histoire ne connaissent que trop bien ce schéma.

Compte tenu des implications de l'ordre du jour de Poutine, on peut se demander pourquoi l'Europe perd autant de temps. Que faut-il de plus pour que les Européens ne se réveillent ? S'il y a bien une occasion de mettre de côté les conflits mineurs, c'est maintenant. L'UE doit devenir une puissance en soi si ses principes veulent survivre dans un monde de nouvelles politiques de grande puissance et de rivalité géopolitique. Ces principes sont directement menacés. Quand l'Europe va-t-elle les défendre ?

Il est certain que l'importance de la garantie de sécurité américaine en Europe est évidente dans les circonstances actuelles. Mais pour que le transatlantisme perdure, l'Europe elle-même doit devenir plus forte. Il faudra pour cela que l'Allemagne, d'abord et avant tout, se penche à nouveaux frais sur le rôle qu'elle doit jouer. Elle est et restera le plus grand État membre de l'Europe sur le plan économique et démographique.

Compte tenu de l'ampleur des menaces actuelles, un différend intérieur allemand sur la promesse de l'ancien gouvernement de dépenser au moins 2 % de son PIB  dans la défense est-il vraiment un problème ? Ou bien est-il plus important pour l'heure que le gouvernement allemand fasse une déclaration claire et positive sur son engagement à soutenir l'Ukraine et à défendre les principes européens ? Cela enverrait un message clair au Kremlin. Mais le temps presse.

© Project Syndicate 1995–2022

Par
Le 14 février 2022 à 11h40

à lire aussi

Le Honduras décide de suspendre sa reconnaissance de la “rasd”
NATION

Article : Le Honduras décide de suspendre sa reconnaissance de la “rasd”

Le Honduras a annoncé la suspension de sa reconnaissance de la pseudo “rasd”, une décision officielle notifiée à Rabat et aux Nations Unies.

Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc
AGRICULTURE

Article : Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc

Entre le blocus d'Ormuz qui paralyse la production indienne, les restrictions chinoises à l'export et la crise agricole américaine, le marché mondial des engrais phosphatés traverse une période de turbulences sans précédent. Dans ce contexte, l'Inde, plus exposée que jamais à la désorganisation des flux, consolide sa dépendance au Maroc.

Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay
Quoi de neuf

Article : Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay

Prévu pour l’été 2026 aux portes d’Agadir, l’établissement comptera 250 chambres avec vue sur l’océan, plusieurs espaces de restauration et 600 m² dédiés aux réunions et événements.

La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain
Santé

Article : La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain

Cinq directeurs généraux nommés par le Roi, des indicateurs présentés comme probants dans une région pilote, mais des syndicats qui contestent et des décrets toujours manquants. La réorganisation du système de santé public marocain autour de groupements sanitaires territoriaux s'accélère. Le plus dur reste à faire.

Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer
Régions

Article : Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer

Le Mégarama de Casablanca ne fait l’objet d’aucun projet de destruction, a indiqué à Médias24 une source autorisée au sein de l’établissement, réagissant à des informations relayées en ligne sur une possible démolition de plusieurs installations du littoral.

SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente
SIAM 2026

Article : SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente

Partenaire officiel du SIAM, Maroc Telecom présente ses dernières innovations Agritech fondées sur l’IoT, l’intelligence artificielle et la 5G, afin d’accompagner la transformation digitale du secteur agricole.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité