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Ahmed Faouzi

Ancien ambassadeur. Chercheur en relations internationales.

L’Italie, à droite toute

Le 7 novembre 2022 à 10h07

Modifié 7 novembre 2022 à 10h07

Les élections législatives qui se sont déroulées en septembre dernier en Italie ont donné le parti politique d’extrême droite Fratteli d’Italia, dirigé par Georgia Meloni, comme première force politique du pays. Pour gouverner, ce parti devait composer une majorité avec les autres partis d’extrême droite comme le mouvement 5 étoiles de Guiseppe Conte, qui a obtenu 15% des votes, la ligue de Matteo Salvini, 12%, ainsi que Forza D’Italia, de Silvio Berlusconi qui a obtenu 8% des suffrages.

Le plébiscite du parti de Georgia Meloni est le phénomène marquant de ces élections italiennes qui se sont déroulées dans un contexte de crise économique interne et d’une situation politique internationale déstabilisante. De 4,3% obtenu lors des dernières élections en 2018 à plus d’un quart maintenant, le champ politique italien se trouve totalement chamboulé. Derrière ce changement radical se trouve sa dirigeante charismatique Georgia Meloni.

Militante depuis sa jeunesse au sein du Mouvement Social Italien MSI, fondé en 1946 par des fidèles de Bonito Mussolini, Meloni se déclare elle-même comme postfasciste, héritière d’un nationalisme italien qui a été, pendant longtemps, combattu aussi bien par les partis de gauche que par la droite classique. Femme charismatique, elle sait haranguer les foules et défendre ses idées. La devise qu’elle clame souvent est Dieu Patrie Famille.

Face à l’adversité, elle n’hésite devant rien pour critiquer ses adversaires, souvent dans des termes assez durs. Qu’ils soient responsables des partis politiques italiens, ou les partenaires européens, personne ne trouve grâce à ses yeux. Si les immigrés affluent sur les côtes italiennes, c’est à cause de Bruxelles ou de la politique française qui exploitent sans vergogne les pays africains, a-t-elle lancé crûment un jour devant un public acquis à sa cause.

Durant toute sa campagne électorale, ses thèmes de prédilection ont été les mêmes que ceux prônés par les autres partis extrémistes européens. Ils tournent autour du contrôle des frontières pour mieux protéger l’Italie de l’immigration et de l’islamisation rampante, et renégocier avec l’Union Européenne les traités pour que le pays reprenne le contrôle de son destin.

Comme tous les leaders de l’extrême droite européenne, Meloni a surfé sur ces deux thèmes porteurs pour arriver au pouvoir. Maintenant qu’elle est à la tête de l’État, elle s’est vue obligée de composer avec d’autres partis pour former une majorité afin d’appliquer son programme. Ce mode de scrutin impose des coalitions pour obtenir la majorité et gouverner confortablement le temps qu’il faut. Depuis 1944, pas moins de soixante-sept gouvernements se sont succédés, faisant de l’Italie le pays le plus instable politiquement en Europe.

La pratique a démontré qu’en Italie les alliances se nouent aussi rapidement qu’elles se désintègrent. Elles ne résistent que rarement face aux difficultés qui surgissent et à l’impossibilité de mener le mandat à son terme. L’on se rappelle qu’en 2018, l’alliance des partis d’extrême droite n’a pas tenu plus d’un an. Selon certaines études menées en Italie, les coalitions durent en moyenne 384 jours depuis la fin du second conflit mondial.

Traumatisés par vingt ans de dictature fasciste, les pères fondateurs du système politique actuel ont promulgué en 1947 une constitution fondée sur le principe qu’aucune force politique ne disposera un jour des pleins pouvoirs et ne soit en mesure de dominer les autres. C’est cette idée, à la base vertueuse, qui est à l’origine de l’instabilité politique que vit l’Italie depuis, et que la classe politique italienne n’arrive pas à réformer.

Bicaméralisme parfait

Au-delà du mode de scrutin, en partie à l’origine des blocages, l’exécutif dispose, pour sa part, de peu de pouvoir face au législatif. Celui-ci est scindé en deux chambres d’influence égale que certains politiciens italiens qualifient de bicaméralisme parfait. Ces deux instances, qui disposent de cet atout, ont le pouvoir de renverser n’importe quel gouvernement en place. Dans la plupart des autres démocraties ce droit est dévolu à la seule chambre basse.

Au-delà de ces difficultés inhérentes au système politique, Meloni devrait s’atteler, comme elle l’a promis,  à améliorer les conditions de vie des italiens qui l’ont portée au pouvoir. Troisième économie de l’Union européenne l’Italie affronte, comme ses voisins, une situation économique difficile et à une inflation galopante dues à la crise énergétique et aux conséquences de la guerre russo-ukrainienne. Cette tâche semble ardue car il lui faudrait, d’un côté, préserver l’unité de sa coalition, et de l’autre, créer les conditions d’une réelle croissance en temps de crise.

La composition de son gouvernement semble, pour le moment, assez équilibrée et rassurante pour ses partenaires, entre les trois forces qui composent la majorité. Giancarlo Giorgetti, membre de l’aile modérée de la Ligue, est à la tête du ministère de l’économie. Antonio Tajani ancien président du parlement européen, affilié à Forza Italie et proche de Berlusconi, est aux affaires étrangères. À l’intérieur, Meloni a choisi Matteo Piante, haut fonctionnaire de ce département et ancien préfet de Rome. Quant à Matteo Salvini de la Lega, il hérite du département des infrastructures tout en assumant le titre de vice-premier ministre au même titre que Tajani.

Corriger l'image de l'Italie

La fougue et l’exubérance qu’a démontrées Meloni durant la campagne électorale pour gagner le scrutin semblent remplacées par la prudence. Depuis qu’elle a été investie, le ton déployé est devenu plus réservé et responsable. Dans un des premiers communiqués de son parti on pouvait lire : l’Italie fait pleinement partie de l’Europe et de l’Alliance Atlantique, quiconque n’est pas d’accord avec cette pierre angulaire ne peut faire partie du gouvernement.

Ce réalisme a été démontré le même jour de sa prise de fonction en rencontrant le président français Macron le 23 octobre dernier. Des échanges pragmatiques et constructifs selon Macron, cordial et productif, selon Meloni. Cette dernière semble suivre les conseils que lui a certes légués Marion Draghi de ne jamais s’aliéner les partenaires importants de l’Union, à commencer par l’Allemagne et la France.

Meloni devrait faire face à d’autres réalités. Limitée par son système politique qui impose des coalitions fragiles, et disposant de capacités économiques plus importantes que l’Espagne, l’Italie peine à être une grande puissance écoutée. Les poursuites judicaires des années 90, connues sous l’appellation mains propres, mani pulite, qui coïncidaient avec l’effondrement du bloc de l’Est, ont discrédité la classe politique aux yeux de l’opinion publique italienne, et portées atteintes à l’image du pays dans le monde.

C’est certainement ce discrédit qui a obligé la classe politique à se centrer plus sur les problèmes intérieurs que sur un agenda ambitieux à l’échelle internationale. Les gouvernements successifs italiens n’ont pas été capables d’influencer la politique européenne d’ouverture vers l’Est au profit de son environnement méditerranéen. C’est généralement Madrid et Paris qui se trouvent plus liés au mare nostrum que Rome.

L’intervention française pour chasser le régime libyen de Kadhafi, à l’insu de l’Italie, a été mal vécue, comme dans les pourparlers sur le nucléaire iranien où Berlin joue un rôle prépondérant, tandis que Rome brille par son absence. L’Italie se rattrape cependant en étant membre du G7, et en participant à plusieurs missions de maintien de la paix dans le monde. L’une des raisons de ce déclassement et que les partenaires étrangers ont du mal à se familiariser avec des responsables italiens de passage, dont ils sont sûrs qu’ils seront remplacés à la première crise.

Meloni est arrivée au pouvoir en surfant sur la vague d’un nationalisme qui a montré ses limites, car peu porté sur les questions internationales en général, et plus particulièrement sur la grandeur de l’Italie dans le monde. Avec le système politique actuel, la politique extérieure est devenue un domaine de clivage supplémentaire entre les différents partenaires italiens, entre ceux qui veulent renforcer les relations avec l’Europe, et les autres qui ne voient de salut que dans une politique transatlantique forte avec Washington.

C’est certainement cette image que le gouvernement Meloni devrait s’atteler à corriger si, bien évidemment, elle se maintient au pouvoir. S’affirmer plus au sein de l’Union européenne, et renforcer son rôle à l’intérieur des instances de l’Otan, sont indispensables pour que le pays intègre les cercles d’influence des pays qui comptent. Mais la Méditerranée et les liens avec les pays africains sont désormais les atouts de la puissance des États. La refonte du système mondial en cours s’apprête à cette grande ambition. En est-elle capable ?

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