Me. Mahmoud Hassen
Avocat aux barreaux de Paris et de Tunis, professeur à l'université de TunisLicenciement et revirement jurisprudentiel : l'avis de Me Mahmoud Hassen
Il y a une semaine, Médias24 consacrait un article à un revirement jurisprudentiel de la Cour de cassation au sujet de la procédure de licenciement telle que prévue par l’article 62 du Code du travail. En opérant ce nouveau revirement, la Cour de cassation ravive le débat sur un grand flou juridique. Me Mahmoud Hassen nous livre son analyse.
Rendu le 18 avril 2022, l’arrêt porte précisément sur le délai entre la convocation du salarié et son audition, la Cour estimant que, dans la loi, rien n’interdisait que les deux démarches surviennent le même jour. Une lecture qui va à rebours de celle adoptée dans des décisions précédentes, où la même juridiction imposait un délai minimum de 24h entre la convocation et la séance d’audition.
"Cet arrêt est une étape constructive d'un revirement déjà entamé par la Haute Cour (ch soc 1ère section) par son arrêt n 531/1 du 4 mai 2021 (in, Bull spécialisé de la C cass, ch soc, 2022, p 69).
"Par cet arrêt, la Cour a fait une autre lecture de l'art 62 CT en considérant que cette disposition n'est pas si formaliste qu'on le croyait, elle ne prévoit pas l'obligation d'indiquer, dans la convocation à l'entretien préalable, la faute grave imputée au salarié. Il suffit que celle-ci soit portée à la connaissance du salarié lors de son audition, et que ses droits à pouvoir se défendre soient préservés.
"La même Cour (même section) a eu l'occasion de préciser que l'employeur était simplement tenu de respecter le délai de 8 jours prévu, à titre impératif, voire d'ordre public, par l'art 62 CT. Ledit délai commence à courir à l'égard de l'employeur, à compter de la date de sa constatation de la faute grave (Cass soc 1ère sect, arrêt n 143/2 du 3 février 2021, Bull précité, p 94).
"L'arrêt auquel vous avez consacré votre article, intervient dans le cadre de ce revirement opéré par la Haute Cour depuis l'année dernière par les arrêts susvisés.
"La Cour de cassation (chambre sociale 2ème section) continue dans le même sens par son arrêt n 450/2 du 18 mai 2022.
"Rendu par la 2ème section, cet arrêt dénote que les deux sections de la chambre sociale près la Cour de cassation convergent sur la nouvelle interprétation de l'art 62 du CT.
"Il ne s'agit ni d'une décision isolée ni d'une question conflictuelle au niveau de la Juridiction de droit. C'est un revirement jurisprudentiel qui porte bien son nom.
"Dans le cadre de son rôle créateur et normatif, la Cour de cassation fait une autre lecture de l'art 62 CT qui correspond bien à l'intention réelle du législateur. Celle-ci consistait à protéger objectivement les droits de défense du salarié sans formalisme excessif injustifié qui était suivi par l'ancienne jurisprudence.
"Ce revirement était attendu par les juristes et les acteurs économiques. Il intervient au moment où le Code du travail s'apprête à boucler, l'année prochaine, sa 2ème décade. Il n'est jamais tard pour bien faire.
"Le débat reste ouvert en attendant de voir comment ce revirement sera perçu par les juridictions de fond.
"Elles devraient en tenir compte dès lors que par ce revirement, la Haute Cour a tranché des points de droit en faisant une autre lecture de l'art 62 précité.
"Par ailleurs, l'on espère que la Haute Cour puisse avoir l'occasion de se prononcer sur une autre question conflictuelle : celle de savoir si on peut vraiment considérer qu'un juge du fond est dispensé d'examiner la faute grave opposée au salarié licencié, s'il s'avère que la procédure préalable à son licenciement n'a pas été respectée, comme le considère la jurisprudence jusqu'à présent d'une manière critiquable sur ce point."
à lire aussi
Article : Mondial 2026. Comment le Maroc a rivalisé avec le Brésil
ANALYSE. Après une première demi-heure très aboutie, l’équipe nationale a payé le prix de ses ambitions avant de se rendre à la raison face au Brésil, samedi 13 juin, lors de la première journée du groupe C. Si Ayyoub Bouaddi et Achraf Hakimi ont survolé la rencontre, le capitaine de l’EN n’est pas exempt de tout reproche sur le but égalisateur. Mais il n’est pas le seul.
Article : Fouzi Lekjaa : “Le Maroc ne doit son influence qu’à ses résultats”
Rumeurs d’influence, projet sportif marocain, CAF, FIFA, binationaux… Dans un entretien accordé à Al Jazeera, Fouzi Lekjaa défend une vision globale du football national et un modèle structuré, fondé sur la formation, la performance et l’impact social. Il écarte toute idée d’influence occulte ou de “pouvoir caché”.
Article : Made in EU : Renault et Stellantis plaident pour l’Europe, mais gardent une porte ouverte au Maroc
Dans une position commune adressée aux députés européens, Renault, Stellantis et Volkswagen soutiennent le principe d’un contenu européen de 70% pour les véhicules électriques. Les trois groupes demandent que seules les activités réalisées dans l’Union européenne et l’Espace économique européen soient comptabilisées comme européennes. Le Maroc resterait donc en dehors de ce calcul, mais pourrait continuer à jouer un rôle dans les chaînes de production grâce à la marge de 30% prévue pour les pays tiers.
Article : Qui sont ces Marocains qui traversent la planète pour leur équipe nationale ?
À la suite de la qualification historique des Lionceaux de l’Atlas pour la finale de la Coupe du monde U20 au Chili, près de 600 Marocains ont réussi à rejoindre Santiago en moins de quarante-huit heures. Derrière cette mobilisation exceptionnelle émerge une autre question : qui étaient ces femmes et ces hommes prêts à parcourir plus de 10.000 kilomètres pour assister à une finale mondiale de jeunes ? L’enquête révèle une réalité bien plus complexe et plus riche que l’image traditionnelle du supporter de football.
Article : Fiat prépare le lancement de deux nouveaux modèles : Fastback et Grizzly
Fiat élargit sa gamme avec deux nouveaux modèles destinés au segment C : les Fiat Fastback et Fiat Grizzly, dont le lancement est prévu en Afrique & Moyen-Orient au second semestre 2026.
Article : Gaz naturel : après le repli d’avril, les importations du Maroc repartent à la hausse
Les importations marocaines de gaz naturel via le gazoduc Maghreb-Europe (GME) retrouvent une dynamique haussière, après un creux en mars et avril qui avait alimenté les craintes d’une crise d’approvisionnement. En cause, non pas les tensions au Moyen-Orient, mais une demande électrique saisonnière plus faible, accentuée cette année par une production hydroélectrique exceptionnelle. Explications.