Les guerres : les prétextes, les stratagèmes et le dessous des cartes
À travers une série de conflits historiques et contemporains, Hassan Hami interroge le décalage récurrent entre les prétextes invoqués et les véritables motivations des guerres et interventions militaires.
À l'université vers la fin des années 1980, un de nos professeurs aimait répéter l’expression : "Le bon sens n'est pas la science". Un jour, un étudiant lui répondit que "La science sans l'intuition n'est pas une science". Il ajouta à mi-voix : "S'il n'y a de vérités premières, cela veut dire que toutes les vérités se valent".
Les historiens écarquillent les yeux et restent bouche bée à la découverte des raisons réelles derrière le déclenchement des guerres, l’organisation d’opérations de commando ou l’utilisation de proxies pour permettre aux belligérants d’atteindre leurs objectifs militaires. Une série de prétextes et d'alibis dont le ridicule n’échappe pas aux observateurs avertis. Certes, le contexte et le timing des guerres comptent et l’analyse a posteriori peut s’avérer déplacée.
Les causes peuvent reposer sur des facteurs objectifs. Elles peuvent s’expliquer par le fait que la résolution des conflits par la voie pacifique s'annonce impossible et oblige les parties en conflit à recourir à la confrontation armée directe. Cela pose la question de savoir pourquoi la propension à l'agression l'emporte sur l'inclinaison à la retenue pour donner une chance à la paix et à la stabilité ?
L'analyse profonde et le souci d'objectivité dictent la prudence, mais sans négliger l'examen des raisons effectives du déclenchement des guerres. Or, le prétexte ne donne pas toujours raison. On épiloguera sur ce postulat à la lumière d'une multitude de conflits sélectionnés pour leur conformité avec la méthode d’analyse retenue pour les besoins de cette rubrique.
Deux fois rien pour rafler la mise
La référence à ces conflits se fera de manière diachronique. Les conflits seront hiérarchisés en fonction de leurs répercussions sur les relations internationales de leurs époques. La première catégorie concerne des guerres qui revêtent une dimension globale. La deuxième catégorie porte sur des guerres singulières et néanmoins décisives dans la reconfiguration ou le remodelage à terme des rapports de force.
La première catégorie cible quatre conflits à connotation globale. Premièrement, la guerre du Péloponnèse, qui a lieu entre 431 et 404 avant Jésus-Christ. Elle s’explique par la phobie qui s'empare d'Athènes de voir Sparte gravir l'échelle de la puissance et finir par lui rafler son ascendance géopolitique. Athènes cherche des alibis. Ils peuvent être déclinés de plusieurs manières. On retiendra les plus évidentes en considération de l’équilibre de puissance de l'époque.
Le prétexte repose sur la détermination des deux belligérants à repousser les attaques régulières dont les deux cités sont l’objet. Cependant, la raison fondamentale s’explique par la perception dichotomique de la nature du pouvoir politique de l’une et de l’autre. D’une part, l’exercice de la démocratie exprimé dans une sorte d’hégémonie plus ou moins éclairée (Athènes). D’autre part, la phobie de la prévalence d’une oligarchie militaire aux ambitions militaristes indéniables (Sparte).
Deuxièmement, l'invasion de Bagdad par les Mongols entre 1221 et 1258. Le prétexte est l’appel adressé par Mouayyad al-Din Ibn al-Alqami, puissant ministre abbasside, à l'empereur Gengis Khan pour le soutenir dans sa lutte contre le shah Khwarezm qui se révolte contre le pouvoir abbasside. Gengis Khan n’hésite pas, attaque Samarcande et Boukhara et les détruit sans ménagement. Dans la foulée, il se met en tête de conquérir l'Irak, mais il ne peut atteindre cet objectif sur le champ.
Le petit-fils de Gengis Khan, Houlagou, retourne dans la région en 1258 à la demande du même Mouayyad al-Din Ibn al-Alqami. Houlagou finit l’opération de destruction du Khurasan entamée par son grand-père et continue sur l'Irak. Les conséquences de l’invasion mongole sont catastrophiques et témoignent de la disparition d’une page rayonnante de la civilisation abbasside. Tamerlan (Timour le Boiteux) le suit plus tard, détruit Alep et Damas en 1387 et s’empare de l’Anatolie en 1402.
Or, la raison fondamentale est l'ambition de Mouayyad al-Din Ibn al-Alqami de s'emparer du pouvoir pour se substituer au calife Al-Musta'sim bi-llah. Cela intervient à une époque où l'empire abbasside est affaibli par la prolifération des foyers de dissidence alimentés par des discours idéologiques à connotation religieuse et doctrinale. La chute de Bagdad et du Sham porte atteinte à l’apogée respective de la civilisation omeyyade et abbâsside.
Dans le même ordre d'idées, on peut citer le drame des dignitaires de Syrie et d’Arabie qui adressent en 1516 une demande au calife ottoman Selim Iᵉʳ sous prétexte de le servir et de le mettre en garde contre la perte de son influence en Égypte.
Toutefois, la raison fondamentale est le stratagème qu’ils mettent en place pour se débarrasser d’Al-Achraf Qânsûh Al-Ghûri, le sultan mamelouk d’Égypte. Le stratagème fonctionne bien. D’une part, le sultan ottoman intervient et met fin au règne exclusif des Mamelouks. D’autre part, les chefs militaires mamlouks gardent leurs postes clés jusqu’à la conquête de l’Égypte par Napoléon.
Troisièmement, la bataille d’Oued al-Makhazen, plus connue sous le nom de bataille des trois rois (1578). Le prétexte est l'appel lancé par Mohammed al-Moutawakel au roi Sébastien Iᵉʳ du Portugal pour le soutenir à récupérer le pouvoir au détriment du sultan saadien Abd al-Malek.
Cependant, l’appel intervient à une époque qui enregistre une lutte acharnée entre l’Espagne et l’Empire ottoman pour le contrôle de la mer Méditerranée et de l'océan Atlantique, comme étant un passage incontournable pour la conquête des voies maritimes ainsi que de toute l’Afrique du Nord. Cela passerait par le contrôle du Maroc et le changement de sultan, voire de dynastie. Opportuniste, l’Espagne se rallie au Portugal.
L'Empire ottoman, pour sa part, observe la situation et partage le même objectif que le Portugal, à savoir l’affaiblissement du Maroc et la conquête, ensuite, de l'Afrique subsaharienne. Le Maroc remporte la bataille d’Oued al-Makhazen, mais les ambitions des Portugais et des Ottomans installés à Alger restent les mêmes. Elles se manifestent treize ans plus tard et forcent le Maroc à renforcer sa présence dans le sud de ses frontières en allant conquérir l’empire de Songhaï (1591-1630) pour, justement, ne pas être coupé de ses racines africaines.
Quatrièmement, l'incident de l'éventail en 1827 qui sert de prétexte à la France pour amorcer son occupation d'Alger en 1830. En effet, à la suite d'un échange orageux sur les dettes de blé non payées à la Régence turque de la part de la France, le dey Hussein Pacha frappe le consul Pierre Deval avec son chasse-mouche. Mal lui en prend. Il paye cher son geste.
L’affaire remonte à 1798, quand le gouvernement du Directoire français achète du blé à la Régence d’Alger pour les besoins de l’expédition de Bonaparte en Egypte. L’achat du blé est financé par un emprunt contracté par la France auprès de familles juives d’Alger. L’opération est garantie par le dey d’Alger. Celui-ci est offusqué du comportement du consul français, un affairiste de son état, de temporiser à donner gage pour le remboursement du prêt reporté à plusieurs reprises.
Or la raison fondamentale réside dans les ambitions coloniales, la lutte contre la piraterie et la neutralisation des corsaires en Méditerranée. De même que la création d'un territoire de peuplement par l’expropriation massive des terres en Algérie et l’installation des populations françaises appelées plus tard ‘’pieds-noirs’’ confortent les ambitions coloniales de la France.
Le roi Charles X exploite l’incident de l’éventail pour mettre en œuvre le plan de la conquête d’Alger sous prétexte de laver l’affront. Ironie du sort, les frais de la conquête française sont prélevés dans le trésor de la Régence d’Alger. La France progresse dans le territoire et assoit sa présence coloniale jusqu’à 1962.
Illusion d’optique, histoires à la pelle
Cinquièmement, l'assassinat du médecin français Émile Mauchamp à Marrakech en 1907 offre le prétexte idéal à la France pour occuper Oujda par les soins du général Herbert Lyautey. Or les intentions de ce pays de conquérir le Maroc remontent à 1830, au lendemain de la colonisation d’Alger.
Les intentions françaises suivent une courbe ascendante. Elle commence par la guerre d’Isly (août 1844) entre l’armée française et une armée marocaine constituée de volontaires réunis à la hâte. Elle se termine par la signature du traité de Lalla Maghnia (mars 1845) qui met fin au soutien du Maroc à l’émir Abdelkader.
Le traité de Lalla Maghnia délimite dans la précipitation les frontières entre l’Algérie française et le Maroc. Ce traité ne cesse de provoquer des interrogations. L’ambiguïté qui l’entoure sur plusieurs détails empoisonne les relations présentes entre l’Algérie et le Maroc, en dépit de la signature de l’accord sur les frontières en 1972.
En somme, les puissances coloniales partagent les mêmes ambitions impériales et hégémoniques pour conquérir, en priorité, l’Afrique, ainsi que l’atteste la Conférence de Berlin de 1884-1885. En réalité, par l’exploitation de l’incident de Marrakech, la France met en œuvre des accords de partage d’influence (et d’occupation) qu’elle a signés respectivement avec la Grande-Bretagne en 1904 et avec l’Allemagne en 1911 ; tout cela avec la bénédiction implicite des États-Unis et des autres pays participant à la Conférence d’Algésiras de 1906.
Sixièmement, la Première Guerre mondiale qui éclate par l’utilisation du prétexte de l'attentat de Sarajevo, le 28 juin 1914 qui se solde par l'assassinat par un nationaliste serbe de l'héritier du trône austro-hongrois, l'archiduc François-Ferdinand, et de son épouse.
L'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. La Russie intervient pour soutenir cette dernière. La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni entrent en guerre. Tous utilisent le même prétexte de l’assassinat de François Ferdinand ; cependant la raison principale de l’intervention s’explique par l’opposition à l’époque de deux perceptions de l’équilibre de puissance.
D’une part, la Triple Alliance regroupant l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Serbie et plus tard l’Italie, et d’autre part, la Triple Entente réunissant la France, le Royaume-Uni et la Russie. Les pays membres des deux axes sont animés par des rivalités impériales et coloniales alimentées, du reste, par des sentiments de nationalisme chauviniste et revanchard et par la course aux armements.
Septièmement, les attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis sont un choc terrible pour les Américains. Des attaques coordonnées à New York, à Washington D.C., et en Pennsylvanie rappellent la vulnérabilité des États-Unis, dont l'attaque de Pearl Harbor à Hawaï par l'aviation japonaise est l'illustration la plus dramatique.
Si les événements de 2001 continuent d'intriguer et d'alimenter le narratif sur la théorie du complot, ils ont surtout constitué un prétexte pour l'intervention américaine en Afghanistan et en Irak. L'argument avancé est la lutte contre le terrorisme pour ce qui est de l'Afghanistan et la destruction des armes de destruction massive pour ce qui est de l'Irak.
Or, sur les deux fronts, l'objectif porte sur la neutralisation définitive de la Russie qui commence à revenir dans la région. De même que les États-Unis veulent observer de plus près l'Organisation de coopération de Shangaï (OCS) créée en juin 2001. La création de cette organisation témoigne alors du regain d'influence de la Russie et de la Chine respectivement dans le Caucase du Sud et en l’Asie centrale.
La deuxième catégorie à connotation singulière peut être divisée en deux sous-catégories. D'une part, le déroulement d'intervention sous prétexte d'introduire la modernité et de réformer des institutions politiques "moribondes. D'autre part, l'intervention visant directement l’élimination ou la déposition de dirigeants politiques au sommet de l'État.
Dans la première sous-catégorie, on retient trois cas. Premièrement, l’expédition de Napoléon Bonaparte en Egypte (1798-1801) sous le prétexte de mener la vie dure à la Grande-Bretagne et de l'empêcher d’asseoir son emprise sur le Moyen-Orient et de s’étendre aux Indes.
Toutefois, la raison principale se trouve d’une part, dans la volonté de la France d’occuper l’Orient qui commence à échapper à la prédominance ottomane (en raison des dissidences des Mamelouks face au sultan ottoman). D’autre part, elle atteste du stratagème des cinq membres du gouvernement du Directoire qui dirigent le pouvoir exécutif visant à éloigner Bonaparte de Paris.
En effet, Bonaparte devient très ambitieux et cherche à bénéficier de la faiblesse du gouvernement du Directoire face aux jacobins et aux royalistes pour grimper les échelons de la puissance et raffermir, ensuite, son emprise sur le pouvoir.
Deuxièmement, l'intervention militaire tripartite de la France, du Royaume-Uni et d'Israël en novembre 1956 en Égypte, à la suite de la nationalisation par Gamal Abdel Nasser en juillet de la même année de la Compagnie du canal de Suez dont le capital appartient majoritairement à des intérêts français et britanniques.
Ambitions personnelles et raison d’État
Les trois alliés avancent chacun son prétexte idéal. La France reproche à l’Egypte son soutien théorique à la résistance algérienne. Le Royaume-Uni et Israël prétendent vouloir assurer la liberté de la navigation dans le canal de Suez et scellent un pacte secret par la signature du protocole de Sèvres en octobre 1956.
Devant le refus affiché par l’Union soviétique et les États-Unis de souscrire à cette agression, l’intervention tripartite ne réalise pas totalement les objectifs escomptés. Cependant, elle permet à Gamal Abdel Nasser d’asseoir son pouvoir en Égypte. Il n’est plus taxé d’usurpateur à la suite de la neutralisation de ses anciens associés, Mohammed Naguib et les Frères musulmans, parties prenantes dans le renversement de la monarchie égyptienne en 1952.
Troisièmement, l'intervention de la Russie en Ukraine. La Russie utilise deux types de prétexte. Un : les tentatives des Européens et des États-Unis d'intégrer l'Ukraine au sein de l'OTAN. Deux : la montée en puissance présumée de courants nazis en Ukraine qui seraient animés par des intentions hostiles aux intérêts russes dans son espace vital. La référence au nazisme est subtile, parce qu'elle rappelle aux Russes les tragédies de la Deuxième Guerre mondiale causées par Adolf Hitler.
En effet, ironie de l’histoire, l’invasion de la Pologne est encouragée par le pacte Ribbentrop-Molotov signé en août 1939 entre Adolf Hitler et Joseph Staline. Les deux dirigeants se font la promesse de partager la Pologne et d'exercer, ainsi, des pressions sur la France et le Royaume-Uni. Paris et Londres restent passifs après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne. Cette attitude laisse Hitler croire que les deux pays n’osent pas relever le défi et entrer en guerre contre son pays.
Dans la deuxième sous-catégorie, on retient cinq cas. Premièrement, la neutralisation de Saddam Hussein en 2003. Le prétexte avancé par le président Georges W. Bush est l'intention du président irakien de tuer son père Georges H. Bush en 1990. Toutefois, comme signalé auparavant, l’objectif est beaucoup plus ambitieux que cela.
L’objectif des États-Unis est de se débarrasser d’un proxy qui devient encombrant au lendemain de la guerre entre l’Irak et l’Iran (1980-1988). Cet objectif est animé également par la détermination américaine de retourner en force au Moyen-Orient après que les planificateurs et stratèges inféodés aux néoconservateurs relèvent un léger relâchement stratégique dans la région vers la fin du deuxième mandat du président Bill Clinton (1997-2001).
Deuxièmement, l'intervention américaine au Panama en novembre 1989 sous prétexte d'arrêter Manuel Noriega. Celui-ci est accusé d’être un dictateur avéré, qui usurpe le pouvoir contre Guillermo Endara, démocratiquement élu. Il est taxé également de trafiquant notoire qui dirige un réseau dangereux du crime organisé.
Il est également reproché à Noriega de violer le régime de neutralité du canal de Panama inscrit dans les traités Torrijos-Carter signés en septembre 1977 à Washington. Noriega est extradé aux États-Unis en janvier 1990 après un bref refuge à la nonciature apostolique (représentation diplomatique du Vatican).
Cependant, la raison fondamentale est le chantage qu'exerce Noriega contre les États-Unis dans la gestion du canal du Panama et son refus de ne plus coopérer en tant que proxy. Il est listé comme étant un agent actif des services de renseignement américains.
Le renversement de Noriega entre dans le cadre d’une série de relations complexes entre les États-Unis et le Panama. Les États-Unis soutiennent la sécession du Panama vis-à-vis de la Colombie en 1903 et obtiennent, grâce au traité Hay-Bunau-Varilla, le contrôle et la gestion souveraine partielle du canal du Panama.
Les États-Unis interviennent souvent au Panama pour que ce contrôle ne soit pas remis en cause. Ils le font respectivement en 1918-1920 pour calmer les troubles politiques internes et, en 1964 pour empêcher des activistes panaméens de hisser le drapeau panaméen à côté du drapeau américain dans la zone de souveraineté exclusive obtenue en vertu des traités de 1903 et en 1989, naturellement pour renverser Manuel Noriega.
Troisièmement, l’enlèvement de Nicolás Maduro, président du Venezuela en janvier 2026 et son exfiltration vers un navire américain avant son transfert à New York à la suite de l’opération appelée Absolute Resolve . Maduro est incarcéré dans une prison. Il est accusé de multiples chefs d’inculpation, dont le narcoterrorisme. Toutefois, nombreuses sont les raisons qui expliquent l’opération américaine.
Outre le fait de chercher à affaiblir davantage les pays latino-américains proches de la Russie, il y a surtout la mise en œuvre par les États-Unis d’une stratégie bien ficelée qui entend priver la Chine d’une source importante d’approvisionnement en pétrole en provenance du Venezuela.
Cauchemars à la banquise et réveils cauchemardesques des apprentis sorciers
Certains observateurs avancent l’idée selon laquelle les États-Unis se sentent préoccupés par la mainmise de la Chine sur le secteur énergétique vénézuélien depuis des décennies grâce à des prêts massifs avoisinant soixante milliards de dollars américains contre l’approvisionnement en pétrole. Cette stratégie contourne les sanctions imposées par les États-Unis contre le Venezuela.
Quatrièmement, la rupture des relations diplomatiques de l’Algérie avec le Maroc en août 2021 est motivée par une liste de griefs dressée par Alger, pleine d'affirmations non fondées selon le Maroc. La liste commence par le narratif sur la guerre des Sables de 1963, les relations entre le Maroc et Israël, le soutien présumé par le Maroc au Mouvement d’autodétermination de la Kabylie (MAK) revendiquant l’indépendance, les campagnes d’espionnage par le logiciel Pegasus, etc.
Or, la raison fondamentale réside dans la phobie de l’Algérie de voir le Maroc rouvrir le dossier du Sahara oriental rattaché par la France à l’Algérie en 1954, qu’elle occupe depuis 1830. L’Algérie consacre la fuite en avant en essayant de se dédouaner de son soutien au Front du Polisario qu’il utilise comme un paravent pour asseoir son hégémonie sur l’Afrique et s’assurer, à travers la création d’une entité fantoche, son accès à l’Atlantique ; ce projet français, pour rappel, remonte à 1914.
Cinquièmement, l’intervention d’Israël dans la bande de Gaza, le 27 octobre 2023, en représailles contre les attaques de Hamas le 7 du même mois. L’objectif déclaré de l’intervention est la libération des otages retenus par les factions paramilitaires palestiniennes, l’éradication du mouvement Hamas sans distinction entre son aile politique et son aile militaire, et ainsi laver l’affront d’une humiliation que Tel Aviv n’aurait pas vue venir.
Cependant, certains analystes vont au-delà de cette argumentation. Ils sont d’avis qu’il y a une convergence d’intérêts entre les détracteurs en Israël et dans les territoires occupés pour qu’aucune solution ne soit trouvée dans l’état actuel des choses au conflit israélo-palestinien. Ils seraient irrités de l’évolution du processus de normalisation entre Israël et des pays arabes qu’ils jugent soit prématurée, soit attentatoire à leur survie politique. Cette opinion serait partagée par certains décideurs arabes, européens et américains.
Par ailleurs, d’autres analystes voient dans les événements du 7 octobre 2023 la main de l’Iran et de certains mouvements proxies. Ces derniers redoutent qu’ils ne soient la cible prochaine des Américains qui s’activent à mettre fin à certains conflits endémiques dans la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.
Toutefois, de tous les prétextes les plus sidérants pour la justification des guerres ou des interventions militaires ciblées, il y a celui qui avance le souci d'introduire la démocratie. La belle affaire comme l'aurait chanté Jacques Brel !
Le processus de démocratisation est porté par des campagnes de sensibilisation, d'intimidation et de dénigrement. La démocratisation imposée est le plus beau des mensonges. Parce que l'astuce repose sur l'exploitation des soubresauts des groupes ou des individus contestataires des conditions sociales et politiques pour exercer respectivement du chantage à l'égard des pouvoirs en place et de la séduction à l'égard de l'opposition.
La saga de Bernard Kouchner à travers la sacralisation du droit humanitaire d’ingérence vers la fin des années 1970, un concept né à l’occasion de la dissidence biafraise au Nigéria (1966-1970), et les pérégrinations de Bernard-Henri Lévy en Afghanistan pour soutenir les moudjahidines afghans conduits par Ahmed Shah Massoud (1981) et s’enquérir de la situation à Kaboul, au lendemain de la chute des talibans (2002), sont une forme d’intimidation voire de chantage politique sous un visage humanitaire, moralisateur et altruiste trompeur.
Bernard-Henri Lévy récidive en Libye (2011 et 2020). En 2011, il apporte son soutien aux insurgés contre Mouammar Kadhafi et au Conseil national de transition. En 2020, sa visite soulève un tollé au sein de certaines factions libyennes qui luttent pour le pouvoir à Tripoli et à Benghazi. Elles montent au créneau pour nier toute coordination dans l’organisation de cette visite.
Pour leur part, les néoconservateurs américains défendent depuis les années 1970 l’idée que les valeurs libérales doivent prévaloir partout dans le monde et même être imposées par la force. La démocratie occidentale serait, à leurs yeux, le régime idéal pour gouverner les hommes, car il est moralement supérieur à toutes les autres formes de justice sociale, politique et économique.
C’est sur la base de cette conviction que Richard Perle, Charles Krauthammer, Robert Kagan et Paul Wolfowitz, figures de proue des néoconservateurs américains, encouragent et facilitent l’intervention américaine en Irak en 2003 pour renverser Saddam Hussein.
Les histoires passées en revue sont répliquées de nos jours. On y trouve les mêmes prétextes et les mêmes raisons objectives et fantaisistes. La guerre tripartite entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran en est l’illustration parfaite. D’autres guerres se préparent dans les coulisses et figurent dans un ordre de préférences sur la liste des planificateurs et stratèges politiques.
Il est toujours facile d’établir des liens de cause à effet après-coup. Oui, comme cela est décrit au début de cette rubrique : "Le bon sens n'est pas la science", "La science sans l'intuition n'est pas une science" et "S'il n'y a de vérités premières, cela veut dire que toutes les vérités se valent". Tout est une histoire de prétextes, de stratagèmes et de dessous des cartes.
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