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Le secteur public doit recruter davantage !

En 2023 à travers le monde, les dirigeants politiques seront confrontés à la convergence des crises économique, politique et climatique. Les Etats ne pourront à eux seuls résoudre ces crises, néanmoins leur intervention sera cruciale pour permettre à la société civile et aux entreprises d'y faire face et éviter que n'éclatent les sociétés. Le monde a un besoin urgent de dirigeants et de citoyens qui s'engagent dans la fonction publique, animés de la volonté d'innover.

Le 12 janvier 2023 à 12h26

OXFORD - En novembre dernier en Egypte, à l'issue de la COP27 (la Conférence des Nations unies sur le changement climatique), les dirigeants de la planète ont reconnu que le réchauffement climatique constitue une menace pour tous à laquelle il faut faire face de toute urgence. Les entreprises notamment doivent revoir entièrement leur politique en matière d'énergie et de transport. Or, même celles qui se sont courageusement engagées en faveur du Zéro émission nette ont quelques difficultés à établir un plan réaliste pour y parvenir.

Cet objectif est d'autant plus difficile à atteindre qu'une réglementation claire et pérenne fait défaut. Seuls les Etats peuvent mettre en place les mécanismes requis, et ils doivent chercher des moyens innovants pour assurer la stabilité de la réglementation. A quoi bon adopter une législation sur le climat aujourd'hui si les électeurs et les entreprises pensent qu'elle sera probablement annulée demain après les prochaines élections ?

L'efficacité de la lutte contre le réchauffement climatique passe par le soutien de l'opinion publique. Pour instaurer la confiance, les responsables politiques doivent dialoguer avec la société civile et les entreprises, et former des coalitions à travers le spectre politique. Etablir des liens entre adversaires politiques suppose des dirigeants particulièrement compétents dotés d'une grande capacité d'anticipation. Ce sera une tâche difficile, mais elle n'est pas irréalisable. L'Allemagne est également divisée, mais elle est gouvernée aujourd'hui par une coalition allant des Verts marqués à gauche et des sociaux-démocrates de centre-gauche aux libéraux. Dans un Brésil profondément divisé, le président élu de gauche Lula da Silva a pris le pouvoir, accompagné de Geraldo Alckmin, son vice-président élu de centre-droit.

En 2023, à la polarisation politique vont s'ajouter les problèmes économiques. A en croire le FMI et la Banque mondiale, une récession mondiale est inévitable. Les choix des responsables politiques joueront un rôle clé, mais s'ils prennent des mesures trop brutales pour combattre l'inflation, ils pourraient alimenter la montée du cours du dollar et déclencher une crise de la dette dans le monde entier -ce que souligne un récent rapport du FMI.

Autrement dit il s'agit d'une question de vie ou de mort, en particulier pour les pays à faible revenu. La pandémie a fait basculer quelques 70 millions de personnes dans l'extrême pauvreté, les pays les plus pauvres étant les plus durement touchés -telles sont les conclusions du rapport 2022 de la Banque mondiale sur la pauvreté et la prospérité partagée. Pour compenser le coût social colossal de la pandémie, il faut partout investir massivement dans la santé et l'éducation.

S'attaquer aux disparités économiques pourrait sauver la vie et les moyens de subsistance de millions de personnes, mais exigerait des mesures qui ne seraient pas toujours populaires. Ainsi, même s'ils ne sont pas toujours bien acceptés, des transferts monétaires ciblés pourraient atténuer efficacement l'augmentation du coût de la vie pour les plus pauvres. Les subventions pour tous sont plus populaires, mais elles profitent essentiellement aux riches. Selon la Banque mondiale, la moitié des dépenses consacrées aux subventions énergétiques dans les pays à revenu faible ou intermédiaire vont aux 20 % les plus riches, davantage consommateurs d'énergie.

Les investissements à haut rendement, principalement dans l'éducation, la recherche et le développement, et les infrastructures, pourraient également contribuer à résoudre à la fois la crise climatique et le creusement des inégalités. Mais ces investissements nécessitent une planification et une exécution minutieuses, ainsi que des impôts pour les financer. Mal exécutés, ils pourraient se révéler contre-productifs pour les plus fragiles. Pour déjouer ce piège, il faudrait que les responsables politiques recourent de préférence à la taxe foncière et à la taxe sur le carbone, ce qui pourrait déplaire à leurs sympathisants.

Pendant la pandémie, certains pays ont adopté des mesures d'urgence pour compenser les pertes de revenus liés au Covid-19. Il faudrait adopter maintenant des mesures pour atténuer l'impact de la crise en matière d'éducation, de santé et de restauration de la croissance.

Réduire le financement des services publics constituerait un retour désastreux à l'austérité de 2010. Par contre un poste budgétaire n'est pas menacé de coupes, celui des dépenses de défense. Avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie qui a creusé les divisions géopolitiques, les dépenses militaires mondiales ont bondi à un niveau record en dépassant les 2.000 milliards de dollars. Dans ce contexte, les responsables politiques devraient s'attaquer au sempiternel problème de la corruption qui accompagne achats militaires et ventes d'armes.

En outre, l'augmentation des capacités militaires a souvent des conséquences involontaires. Nous l'avons vu dans les années 1980, une autre décennie caractérisée par une croissance rapide des dépenses de défense. À ce moment-là les USA armaient les talibans pour combattre l'Union soviétique en Afghanistan, et Israël soutenait en secret le Hamas dans la lutte contre l'Organisation de libération de la Palestine.

Dans un monde idéal, face à l'ampleur des défis, le service public attirerait certains des citoyens les plus créatifs et les plus motivés. Or dans nombre de pays, les salaires du secteur public sont tombés si bas que les plus talentueux tendent à s'en détourner. Au Royaume-Uni, alors que les salaires réels moyens ont augmenté en moyenne de 5,5% depuis 2010 dans le secteur privé, ils ont chuté de 5,9% dans le secteur public -une grande partie de cette baisse ayant eu lieu au cours des deux dernières années. Il en résulte un déficit de personnel à tous les niveaux. En Angleterre, les chiffres récents du Service national de santé pointent un énorme manque d'infirmiers et d'infirmières. D'autres chiffres montrent que le recrutement des enseignants est lui aussi insuffisant.

Le secteur public tombe trop souvent dans un cercle vicieux de diminution des coûts suivie de démissions. Au Royaume-Uni, les infirmiers et infirmières sont surchargés de travail et au bord de l'épuisement. Aussi beaucoup vont sans doute démissionner, ce qui va encore augmenter la charge de travail de leurs collègues restant. Encore une vague d'austérité et la plupart des meilleurs travailleurs auront disparu.

Aussi les Etats doivent-ils envisager des recrutements par anticipation. Lors des 10 dernières années, en tant que doyen d'une faculté publique, j'ai eu le privilège d'identifier et de former certains des dirigeants actuels et futurs du secteur public de plus de 80 pays. Chaque semaine, de grandes sociétés de conseil, des institutions financières et des entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies proposent des emplois à nos étudiants -mais depuis 10 ans, pas une seule entreprise publique ne l'a fait. Ce n'est pas ainsi que l'on résoudra les problèmes du 21° siècle.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2023

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Le 12 janvier 2023 à 12h26

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