Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.Le point de vue du mouton
Jour de l’Aïd, dit aussi fête du mouton alors que dans la réalité ce n’est point la sienne, puisqu’il a été égorgé le matin avant d’être dépecé puis transformé en brochettes. Quelques variations sur de la vie des gens et leurs préjugés vus par un ovin.
Lorsqu’on a au compteur d’une vie plusieurs fêtes sanguinolentes de ce genre, il arrive, la grand âge venu, de s’interroger autant sur le mythe que sur la bête. Le mythe d’abord. Il remonte au patriarche Abraham et à l’obéissance à l’injonction divine qui lui a été adressée pour sacrifier son fils. Il en avait deux : l’un conçu avec l’esclave Hajar et l’autre, sur le tard et bien tard, avec son épouse légitime Sarah. Ancêtre reconnu par les trois religions monothéistes, Abraham incarne le lien spirituel qui unit Juifs, Chrétiens et Musulmans. Ce seront ces derniers, descendants des enfants de Hajar, qui se coltineront et perpétueront la tradition du sacrifice du mouton, coutume qui n’est pas une obligation ni un pilier de l’Islam mais qui n’en est pas moins respectée scrupuleusement partout en terre d’Islam jusqu’à nos jours. Tout le monde connait le récit et la parabole de Dieu sommant Abraham de sacrifier son fils unique avant de lui substituer, par l’entremise d’un ange, un beau bélier qui sera égorgé à sa place.
Ce mythe étant évoqué, parlons maintenant de celui qui l’incarne et en fait les frais depuis le temps des temps : le mouton. Passant en revue les informations de la semaine dernière, (car il ne se passa rien pendant un grand "pont" de quatre jours) il ne fut bon bec que de l’ovin, pour paraphraser le poète médiéval Villon. Mais si l’ovin a été au centre de débats, discussions de cafés, plateaux de radio, de télé et sites électroniques, ce n’est pas en tant que spiritualité incarnée de l’obéissance à Dieu de la part d’Abraham, mais tout bêtement en tant que produit carné, c’est-à-dire en sa qualité de gigot et de brochettes.
"Le prix du mouton a dépassé l’entendement". "Changement social : les us et coutumes bougent en matière de célébration de l’Aïd ; les gens de peu ne peuvent s’offrir un mouton ; d’autres, plus nantis, préfèrent occire le mouton par procuration dans un hôtel étoilé de Marrakech. L’Etat soutient l’importation des ovins pour l’Aïd…" Tout cela a engendré une inflation d’informations saturée de commentaires et d’indignations qui est au journalisme ce que le son d’un tambourin est à une sonate de Chopin. Personne n’a eu l’idée de se mettre à la place du mouton. Alors, maintenant que le calme est revenu et que le sang est séché ; maintenant que la tête et les pieds de l’ovin sont digérés et que la fumée des brochettes qui montait au ciel comme une prière hypocrite s’est effilochée dans le sempiternel mensonge des hommes, maintenant enfin, avec le recul, regardons toutes ces choses vaines à hauteur de l’ovin, c’est-à-dire du point de vue du mouton.
Tout d’abord, on va s’interdire, par respect mais aussi par manque de talent, l’outrecuidance de reproduire le coup fait par Antoine de Saint-Exupéry, dans "le Petit Prince", à l’enfant perdu dans le désert qui lui demanda de lui dessiner un mouton. Pour rappel ou pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, on sait que l’enfant avait refusé tous les dessins de mouton maladroitement esquissés par le pilote. Mais quand ce dernier dessina une caisse en lui affirmant que le mouton est dedans, le visage de l’enfant s’illumina et il accepta : "C’est tout à fait comme ça que je le voulais ! Crois-tu qu’il faille beaucoup d’herbe à ce mouton ?" Comme disait Camus à propos de Sisyphe en conclusion de son ouvrage : il faut imaginer le petit enfant heureux. Le bonheur est souvent dans l’imagination. Alors imaginons nous aussi un mouton heureux. Ou, tout au moins essayons de voir le monde avec les yeux d’un mouton.
Tout d’abord, évitons le troupeau car l’individu est plus intéressant lorsqu'il s’éloigne du groupe. Isolé, on comprend mieux ses réactions et on apprécie aussi ses émotions. Même si, selon les connaisseurs de la race ovine, le mouton ne vit pas forcément en troupeau et peut évoluer de manière solitaire. Un autre point commun avec d’autres mammifères dont les humains qui disent pourtant pis que pendre sur son degré d’intelligence. Par ailleurs, il est doté d’une mémoire qui dépasse celle d’un être humain dans certaines situations et saurait reconnaître un visage d’homme et y identifier ses moindres émotions. Mais fort heureusement pour l’Homme, l’herbivore n’est pas rancunier, sinon ça se saurait depuis le temps qu’il fait subir à ses congénères le sort que l’on connait.
On est donc loin donc des préjugés qui lui collent à la peau et autres expressions peu flatteuses qui prouvent que depuis fort longtemps le monde a été réduit au seul regard de l’Homme. Mais pour conclure et aussi répondre aux moqueries des hommes, il y aurait mieux que le dessin imaginaire et poétique du "Petit Prince". Celui par exemple, plus rigolo et prosaïque, qui représente la discussion entre deux moutons. On y voit l’un, énervé en se plaignant des sobriquets tels que "mouton de Panurge", "mouton noir", "brebis galeuse", et l’autre, plus sage et calme, lui répondant : "Laisse parler, c’est de la jalousie".
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