Le pacte de Tianjin, vers un nouvel ordre international multipolaire
Alors que les Etats-Unis participent avec Israël au désordre du monde, la Chine, elle, construit et bâtit pour son avenir et celui de l’humanité.
C’est à Tianjin, ville de 14 millions d’habitants au nord-est du pays, que s’est tenu au début de septembre le sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai, OCS. Le président Xi Jinping a même organisé par la suite, et en l’honneur de ses hôtes, un défilé militaire impressionnant.
La conférence, comme le défilé militaire, sont venus célébrer symboliquement le 80e anniversaire de la défaite du Japon par les forces révolutionnaires maoïstes. Tianjin rappelle également au monde le traité injuste et inégal des Occidentaux de 1858 qui imposait à la Chine l’ouverture de ses ports, la légalisation du commerce de l’opium, et la christianisation par la coercition du pays.
Cette démonstration militaire hors norme rassemblait des milliers de soldats et exposait les meilleurs armements que les industries chinoises produisent pour que le pays se défende et s’impose face aux Américains qui sont aux aguets à Taiwan et dans le Pacifique. Ainsi furent présentés des missiles balistiques intercontinentaux avancés, capables d’atteindre tous les pays, des drones sophistiqués, des armes au laser de haute énergie, et bien d’autres armements. Devant la presse de son pays, le président américain Donald Trump a affirmé avoir suivi le déroulement du défilé, qu’il a trouvé, de son propre aveu, distingué par sa mise en scène spectaculaire et la rigueur de sa présentation.
En revanche Trump a regretté que le rôle des Etats-Unis dans la défaite du Japon n’ait pas été reconnu par les autorités chinoises lors de cette manifestation. Il a pointé du doigt cet oubli majeur selon lui, et l’absence de référence à la contribution américaine pendant le second conflit mondial pour défaire l’empire nippon. Il a rappelé que la mémoire de la guerre ne se limite pas aux récits nationaux, mais reste liée à des alliances et à des sacrifices partagés. L’Américain semble cependant oublier tous ses reproches d’hier et ses rancunes personnelles à l’égard de la Chine, ainsi que les différentes frictions sur tant de sujets, comme le commerce ou l’équilibre des forces dans l’Indopacifique.
Xi Jinping en champion du multilatéralisme
Bien avant cette remarque de Trump, Xi Jinping avait prononcé un discours lors du sommet de l’OCS affirmant que l’humanité fait de nouveau face à un choix entre la paix et la guerre, et entre le dialogue et la confrontation. Devant une vingtaine de chefs d’Etat invités, il a réitéré l’idée que la renaissance de la nation chinoise ne peut être freinée, et que la noble cause de la paix et du développement de l’humanité triomphera assurément. Dans toutes ses interventions et ses apparitions, Xi a tenu à assumer le rôle de la grande puissance qui sied à son pays, en se gardant toutefois d’évoquer les Etats-Unis qui cherchent pour leur part à endiguer l’influence chinoise de par le monde.
Alors que Pékin venait de conclure une trêve commerciale avec Washington, c’est vers l’Inde que Washington s’est tourné pour lui imposer depuis fin août une augmentation de 50% des tarifs douaniers sur ses exportations vers les Etats-Unis en raison de ses liens économiques avec Moscou. Par cette mesure draconienne, Trump tentait de presser l’Inde d’abandonner l’achat du pétrole russe, dans l’espoir que Moscou accepte enfin un cessez-le-feu en Ukraine. Toutes ces menaces américaines, devenues outil diplomatique par excellence pour Trump, n’ont produit à ce jour que l’effet inverse, participant ainsi au désordre du commerce mondial.
New Delhi s’est donc rapproché davantage de l’OCS et le Premier ministre indien Narendra Modi a tenu, avant de se rendre à Pékin, à assurer qu’il ne compte pas plier et se soumettre à Trump, pourtant souvent déclaré comme son grand ami. Ce nouveau positionnement fut apprécié aussi bien par Pékin que par le Kremlin qui y ont vu une marque de souveraineté et un signe d’indépendance. Cette proximité fut constatée lors des rencontres entre Poutine et Modi lors de toutes les activités de ce sommet. Tous les deux ont exhibé face caméra, et à dessein, une grande complicité lors de leurs rencontres et autres réunions.
A ce jour, toutes les menaces américaines contre la Russie, la Chine et l’Inde, trois grandes puissances mondiales, n’ont accompli aucun de leurs objectifs. Il n’y a que l’Europe pour le moment qui se soumet volontairement aux injonctions américaines de Trump pour sauver son alliance chancelante avec les Etats-Unis, et dans l’espoir de contenir les menaces en provenance de Russie. Ne tenant plus compte des inquiétudes européennes, et subjugué par la personnalité de Poutine, Trump continue pour sa part à vouloir le séduire à son tour pour l’éloigner de toute alliance stratégique avec la Chine.
Pour Poutine, l’OCS est devenue l’un des fers de lance de sa politique extérieure vers l’Asie, comme l’est, pour Moscou, l’organisation des Brics au niveau international. Ce tournant vers l’Asie s’est amorcé dès 1996, juste après l’effondrement de l’URSS et du bloc de l’Est. Il s’est renforcé par Poutine depuis 2010, puis amplifié depuis sa guerre en Ukraine, et la détérioration de ses relations avec l’Occident. C’est sous la houlette de son ancien ministre des Affaires étrangères Evgueni Primakov, 1996-1999, que la Russie s’est donc tournée vers l’Asie pour casser l’encerclement que l’Occident voulait lui imposer.
La doctrine Primakov s’articule sur trois grands axes qui se résument comme suit : 1. La Russie ne peut être réduite à une puissance européenne seulement, 2. le monde post-guerre froide sera multipolaire et non-dominé par les Etats-Unis, et 3. la Russie a un droit de regard privilégié sur les pays anciennement soviétiques. C’est ainsi que le groupe de Shanghai fut créé en 1996 et deviendra en 2001 l’OCS avec comme premiers membres la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan. D’autres pays s’y rejoindront comme l’Inde et le Pakistan en 2016, l’Iran en 2021 ou le Belarus en 2024.
Pour Moscou, la doctrine Primakov permet de retrouver plus de marges de manœuvre en direction de l’Asie, et spécialement vers la Chine. Face à l’unilatéralisme américain, la Russie était consciente qu’elle manœuvrait moins aisément pour défendre ses intérêts en jouant uniquement sur les différends entre les Etats-Unis et l’Europe. Par cette diversification, l’objectif de Primakov était de permettre à la Russie d’étendre son influence vers l’Eurasie, tout en faisant échec à la politique américaine d’endiguement. Durant son passage à la tête de la diplomatie de son pays, Primakov avait estimé que le rapprochement avec l’Occident n’était pas du tout concluant, et qu’il était temps de sortir de ce piège.
C’est ainsi que la Russie et la Chine sont devenues le cœur et le moteur de l’OCS. Les deux ont réussi à persuader l’autre puissance qu’est l’Inde de rejoindre l’organisation, conjointement avec le Pakistan, pour réduire, autant que faire se peut, les conflits régionaux, et créer les conditions pour un développement harmonieux qui profite à tous. Déjà, et ce depuis l’ère Eltsine et Primakov, la Russie avait en effet noué avec la Chine un partenariat stratégique qui portait sur le nucléaire, l’énergie, les industries d’armements, avec comme objectif de l’étendre à toute la région. Avec l’intégration de l’Inde, qui rêve de rejoindre un jour, elle aussi, le Conseil de sécurité en tant que membre permanent, l’OCS devient une institution internationale qui compte.
C’est à la lumière de ces évolutions qu’on peut appréhender la déclaration finale du sommet de l’OCS, ou ce qu’on a appelé le pacte de Tianjin. L’une de ses importantes innovations a été l’annonce de plusieurs initiatives telles que la création d’une banque de développement, destinée à financer des projets d’infrastructures pour réduire la dépendance des pays membres aux banques occidentales. Cette nouvelle institution financière s’ajoute à la nouvelle banque de développement des Brics déjà opérationnelle. Toutes les deux devraient promouvoir des projets nationaux adaptés aux besoins des pays-membres pour accélérer le développement et l’intégration de leurs économies.
Les participants ont également évoqué les perspectives d’avenir et se sont mis d’accord pour intensifier leur coopération dans tous les domaines, notamment celui des nouvelles technologies. Ils comptent surtout intensifier les investissements dans les secteurs clés comme celui des énergies renouvelables, et encourager les échanges culturels et éducatifs entre eux. Mais ce qu’on gardera de ce sommet, ce sont les intenses rencontres menées par les trois chefs d’Etat de Chine, de Russie et de l’Inde, en parallèle du sommet, et dont on ne connait pas encore les teneurs.
Cependant ce qui est certain, c’est qu’on se souviendra, pour longtemps encore, de cette conférence capitale où les trois grandes puissances, Chine, Inde et Russie, ont uni leurs efforts pour s’opposer à la politique de domination de l’administration Trump. Mais c’est surtout la Chine qui sort renforcée par le rappel de son statut de grande puissance et sa ferme volonté de redéfinir les relations internationales face à l’unilatéralisme américain. La déclaration de Tianjin est donc venue souligner largement cette ambition pour toute la région eurasiatique. Elle donne surtout espoir au reste de l’humanité d’entrer dans une nouvelle ère multipolaire et pacifique, loin du chaos actuel que Trump veut imprégner à notre époque.
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