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LE MATCH, FIFA VERSUS ONU

Les terrains du football au Qatar ressemblaient à bien des égards à la situation internationale réelle et aux forces en présence dans le monde où seuls les plus forts ont droit de cité.

Le 28 décembre 2022 à 9h54

L’idée d’une fédération internationale de football est antérieure à la naissance de l’ONU. Elle est née bien avant les deux conflits mondiaux et exactement en 1904. Il a fallu attendre juillet 1930 pour organiser la première coupe du monde, qui s'est déroulée en Uruguay. L’Organisation des Nations Unies, ONU, créée en 1945 est venue bien plus tard pour remplacer la Société des Nations, SDN, instaurée en 1919. Les sportifs ont jugé plus utile d’unifier l’humain d’abord par le football plutôt que par la politique.

La FIFA comprend 209 fédérations et membres quand l’ONU en a 193. Elle est dirigée par un président élu pour quatre années et génère bien plus de profits que la seconde. Ses revenus proviennent principalement de l’organisation de la Coupe du Monde et des droits de transmission et de marketing qui sont à la base de plus de 80% des recettes. Une partie de cet argent sert à financer les compétitions des jeunes et des femmes ou encore le mondial des clubs qui génère moins de revenus.

L’ONU fonctionne en revanche grâce aux contributions et à la générosité des États. Les équipes qui s’y constituent prennent souvent les aspects géographiques, culturels ou économiques. L’organisation est le forum où les membres expriment leurs points de vue à l’Assemblée générale, au Conseil de sécurité ou dans d’autres agences et commissions. Grâce à l’ONU, les gouvernements trouvent des domaines d’entente ou de discorde en fonction de leurs intérêts.

C’est souvent le football qui vient en aide pour apaiser les crises politiques et non le contraire. Le joueur libérien Georges Weah a aidé son pays déchiré par la guerre à s’unir et il en est devenu président. L’équipe de la Côte d’Ivoire a imposé aux belligérants de la guerre civile d'observer une trêve lors de la coupe du monde en 2006. C’est dans la même lignée que l’ancien président de la FIFA João Havelange avait poussé l’idée d’organiser des matchs entre Palestiniens et Israéliens et entre les deux Corées pour apporter la paix.

Le football n’est pas donc pas un sport qui ressemble aux autres disciplines sportives et sa portée va au-delà du sport. Il implique les fédérations, les équipes, les joueurs, les États, les entreprises et les médias. Lors d’un match international, on retrouve sur le terrain de confrontation le résumé de la vie humaine. Des talents individuels mis au service d’une équipe encadrée par des stratèges. Le tout est arbitré par des juges et soutenu par des publics. Les joueurs talentueux sont souvent plus connus mondialement que leurs chefs d’État.

Le football est devenu le creuset des relations entre les nations, et un lieu de confrontation pacifique et symbolique. La compétition entre les pays n’est plus seulement politique et économique, elle est aussi sportive.  Sur le terrain du football, c’est aussi la lutte pour la défense de ses propres intérêts, et l’organisation pour arriver à ses buts. Comme dans la vraie vie, le football finit dans la joie pour les vainqueurs, et la tristesse des défaites pour les vaincus.

Tous les États ont compris le rôle que peut jouer le football pour fédérer les énergies et se donner les moyens pour imposer une image positive à l’international. Lors de la coupe du monde du Qatar, les spectateurs de tous les pays ont été témoins des valeurs combatives véhiculées par l’équipe du Maroc sur le terrain, mais aussi les comportements des joueurs et la discipline du public en diffusant les valeurs de solidarité familiale et sociale.

Comme les autres sports, le football remplit les fonctions symboliques de renforcement des liens sociaux à l’intérieur du pays et sert également son image à l’international. De par sa taille, Qatar a compris qu’il ne peut répondre par la force militaire à la puissance qui caractérise les relations internationales. Il a choisi le football pour renforcer son soft power et se donner une image qui sert ses intérêts.

Mais le sport n’était qu’une partie, certes la plus visible, d’un ensemble d’initiatives pour jouer un rôle régional et international qui sied à ses nouvelles capacités financières. Doha a signé des accords de défense avec des puissances étrangères, joué un rôle de médiateur dans plusieurs conflits internationaux, et maintenu un équilibre entre l’Iran et l’Arabie-Saoudite pour se faire une place.

Sa diplomatie s’est surtout portée aussi vers le multilatéral en jouant d’un côté le rôle de médiateur, et de l’autre de contributeur financier important pour se donner une visibilité par rapport à son voisinage immédiat. Ce sont ces instances internationales qui se sont portées à la rescousse du pays pendant le blocus imposé par l’Arabie-Saoudite de 2017 à 2021.

L’organisation de la coupe du monde du football est venue couronner cette politique poursuivie depuis les années 90. Le bras financier Qatar Sports Investment QSI, filiale du Qatar Investment Authority QIA, a acheté des clubs européens et acquis les meilleurs joueurs pour les rehausser. Le pays a investi massivement dans des centres de formation, comme Aspire Academy fondé en 2004, et organise annuellement des tournois sportifs de renommée, comme le tennis et d’athlétisme.

L’édition de la coupe du monde du Qatar s’est déroulée après la pandémie covid qui avait paralysé l’économie mondiale. Ce fut l’occasion pour les nations de se retrouver et fêter le retour à une vie normale. L’organisation réussie des compétitions et l’ambiance bon enfant vécue sur place par les visiteurs, et visualisée par le reste de l’humanité par écrans interposés, ont laissé des bonnes impressions malgré les critiques, provenant des pays occidentaux, qui ont émaillé l’événement.

Si Qatar a été soutenu par les pays en développement, et plus particulièrement ceux du monde arabo-musulman, les critiques ont fusé avant et pendant le déroulement de la coupe. Les pays européens reprochaient à Doha pêle mêle la situation précaire des travailleurs étrangers, les atteintes aux droits de l’homme et aux minorités, les dégâts causés à l’environnement et, last but not least, l’instauration d’un système de corruption pour l’obtention de l’organisation de cette fête footballistique.

Qatar a accepté certaines des critiques en faisant le dos rond à ces reproches. Il a pris des décisions dont celles relatives aux travailleurs étrangers en abolissant le système du Kafala et en leur octroyant la liberté de changer d’employeurs quand ils le souhaitent. Quant aux soupçons de corruption de parlementaires européens, Doha les a démentis.

Ce n’est pas la première fois qu’un événement sportif d’envergure est récupéré politiquement par les États. Lors de la coupe du monde en 1934, le gouvernement de Mussolini a vu dans le succès de l’équipe italienne la preuve de la supériorité du fascisme. La junte militaire argentine a organisé la coupe du monde en 1978 malgré les critiques pour se donner une crédibilité auprès de sa propre population comme aux yeux du monde. Quant à l’édition de Moscou en 2018, l’Occident a critiqué aussi bien les conditions d’octroi de l’événement que sa récupération par Poutine. L’Occident n’est content que quand il organise l’événement chez lui.

Au Qatar, les terrains étaient les lieux où le public clamait son attachement à ses valeurs civilisationnelles et apportait ouvertement son soutien à la cause palestinienne. Les joueurs marocains ont donné à cette édition un goût bien particulier en affichant haut et fort les valeurs familiales et culturelles qui ont trouvé un large écho auprès de l’opinion internationale. Aux yeux du monde, le football est devenu, le laps d’un mois, le palliatif aux injustices et aux inégalités réelles de la société internationale.

C’est parce que l’organisation d’une coupe de monde de football améliore de surcroît l’image et l’attractivité que des pays osent courir les risques de l’organiser. Le spectacle footballistique offre l’image qu’une société souhaite se donner d’elle-même. Il renseigne sur les potentiels et les rêves qu’elle voudrait réaliser dans d’autres théâtres de la vie qu’ils soient politiques économiques ou culturels.

Les terrains du football au Qatar ressemblaient à bien des égards à la situation internationale réelle et aux forces en présence dans le monde où seuls les plus forts ont droit de cité. Pour qu’une équipe réussisse, il lui faut des joueurs talentueux, du travail, de la sueur, un bon coach, et une dose de chance pour marquer au bon moment. Le reste consiste à maintenir le score en sa faveur en espérant avoir un arbitre juste, ce qui n’est pas toujours acquis… en football.

L'émulation entre les pays se déroule différemment qu'on soit à la Fifa ou à l'ONU. Le sommet du football se déroule tous les quatre ans et le gagnant change à chaque coupe en fonction de ses mérites. A l'ONU, le sommet c'est chaque année au mois de septembre où des équipes composées de chefs d'Etats et de diplomates viennent défendre les intérêts de leurs pays. Les gagnants ici sont toujours les mêmes, les cinq permanents du conseil de sécurité. Ils ont les règles pour eux et peuvent tacler et marquer comme bon leur semble. Ils sont joueurs et arbitres. La technique de la VAR n'existe pas encore à l'ONU pour déclarer les penalties et les hors-jeux.

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Le 28 décembre 2022 à 9h54

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