img_pub
Rubriques

Le cocktail complexe de la pandémie

CAMBRIDGE – De plus, ces vents contraires s'ajoutent à la crise de la Covid-19, qui a obligé la plupart des pays à chercher un équilibre périlleux entre protection de la santé publique, retour à un niveau d'activité économique semi-normal et limitation des atteintes aux libertés individuelles.

Le 7 octobre 2020 à 12h10

Dans ce contexte, on peut espérer que les conditions de liquidité généreuses d'aujourd'hui, mises en œuvre et soutenues par les banques centrales, continueront de servir comme une sorte de pont vers une meilleure année 2021, non seulement en compensant les dommages économiques et sociaux, mais également en offrant de nouveaux gains aux investisseurs. Mais cette opération relais, déjà déployée depuis plusieurs années pour compenser d'autres vents contraires, sera-t-elle suffisante pour surmonter ce qui ressemble un cocktail pandémique de plus en plus complexe?

Les données économiques récentes indiquent que, en dehors de la Chine et de quelques autres pays, la reprise économique reste inégale et incertaine, et ne répond pas à ce qui est à la fois nécessaire et possible, à mon avis. Les voyages, l’hébergement et les autres activités du secteur des services continuent de faire face à des défis considérables, avec des conséquences significatives sur l’emploi. De plus, un nombre croissant d'entreprises d'autres secteurs poursuivent des initiatives de "redimensionnement", qui entraîneront vraisemblablement une diminution des embauches, voire une vague de licenciements.

A ces défis économiques s'ajoutent les incertitudes politiques accrues, en particulier aux Etats-Unis. Un processus électoral déjà très incertain a été encore compliqué par l'infection à la Covid-19 du président Donald Trump. Et maintenant qu'un certain nombre de législateurs ont également contracté le virus, les délibérations du Congrès sur de nombreuses questions vitales seront retardées. Le Sénat américain n'a eu que peu de temps pour envisager autre chose que la nomination d'un nouveau juge à la Cour suprême, que la majorité républicaine voudrait faire adopter avant la fin du mandat de Trump. En conséquence, l'espoir d'un nouveau plan d'allégement budgétaire, de réformes structurelles favorables à la croissance ou de toute autre initiative politique américaine significative dans les prochaines semaines est limité.

Eviter une "fatigue pandémique"

Pendant ce temps, la participation des Etats-Unis aux délibérations politiques multilatérales, sans parler du rôle de chef de file mondial des Etats-Unis en général, reste limitée. Pour compliquer encore les choses, les réponses économiques et financières ailleurs dans le monde sont également en train d’atteindre un plafond, en particulier dans les pays en développement, où les gouvernements sont à court de marge de manœuvre, en raison de déficits élevés, d'une dette croissante et d'une dynamique monétaire plus fragile. Cette incertitude dans l'élaboration des politiques est amplifiée par la lutte plus large en vue d’atteindre les trois principaux objectifs de la période pandémique: maintenir la santé publique et protéger les citoyens; éviter d'autres dommages au tissu social, au bien-être économique et à la viabilité financière; et minimiser les restrictions, également dans l’intérêt d’éviter une "fatigue pandémique".

Malgré ce cocktail de fondamentaux, incertain et intrinsèquement volatil, les actions et autres actifs risqués ont fait preuve d'une résilience remarquable. Plus particulièrement, une part considérable des investisseurs a été disposé à continuer à acheter en phase baissière (buying the dip), soit parce qu'ils estiment qu’il n'y a pas d'alternative aux actions (there is no alternative), soit parce que les rebonds fiables du marché au cours des dernières années ont alimenté leur peur de rater quelque chose (fear of missing out). Cette triple situation BTD-TINA-FOMO, pour reprendre le langage du marché, repose sur deux facteurs.

Les banques centrales pourraient compromettre leur crédibilité

Premièrement, et c'est le plus important, les investisseurs sont extrêmement confiants dans la volonté des banques centrales d'importance systémique, à savoir, la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne, d'injecter des liquidités au premier signe de tensions graves sur les marchés, quelle que soit la nécessité de s'aventurer encore plus loin dans le domaine de la politique non conventionnelle expérimentale. Pourtant, en creusant un fossé de plus en plus large entre les évaluations de marché et les fondamentaux économiques, les banques centrales pourraient compromettre leur propre crédibilité, amplifier les inégalités de richesse et augmenter le risque pour la stabilité financière future.

Deuxièmement, les investisseurs ont tendance à considérer la plupart, sinon la totalité, des défis actuels du marché comme non seulement temporaires mais réversibles. L'hypothèse est que les incertitudes électorales américaines seront résolues rapidement; les efforts de réformes fiscale et structurelles seront redémarrés, compensant le temps perdu; et les progrès vers de nouveaux traitements, vaccins ou immunité collective contre la Covid-19 continueront de s'accélérer. Dans l'intervalle, les marchés en sont venus à "s'attendre à l'inattendu".

Je ne suis pas en mesure de prédire l'issue des élections ni les perspectives d'amélioration des conditions de santé publique. Mais j'ai une certaine confiance en la possibilité d’identifier des scénarios économiques possibles et leurs conséquences et, sur cette question, le timing est important. Le fait qu'une réponse politique globale soit adoptée maintenant ou dans quelques mois a une incidence directe sur son impact potentiel.

Après tout, à chaque jour de retard pris par les législateurs correspond son lot d’embauches perdues, de nouveaux licenciements et d’augmentation du risque de faillite d’entreprises, en particulier parmi le nombre croissant d'entreprises dont la résilience financière s'érode alors qu'elles sont confrontées à des conditions de crédit plus strictes et que leur consommation de liquidités se poursuit. Par conséquent, plus le délai est long, plus les problèmes que tout futur plan de réformes devra résoudre sont grands et plus il sera difficile à concevoir et mettre en œuvre.

Les dernières années ont eu tendance à récompenser largement les investisseurs qui ont mis de côté les déterminants traditionnels de la valeur de marché pour se concentrer sur une seule chose: les injections de liquidités abondantes et prévisibles sur le marché. Cependant, les prochains mois seront probablement un test plus important pour ce pari. Wall Street s'est découplée de Main Street d'une manière qui a surpris beaucoup de gens. Ce serait une erreur de continuer à extrapoler dans le futur sans s'arrêter un instant pour s'interroger sur les dommages collatéraux et les conséquences involontaires de cette politique monétaire qui s’accroissent de plus en plus.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

© Project Syndicate 1995–2020

Par Rédaction Medias24
Le 7 octobre 2020 à 12h10

à lire aussi

Le Nouvel an de l'hégire (1er Moharram) sera célébré ce mercredi 17 juin au Maroc
SOCIETE

Article : Le Nouvel an de l'hégire (1er Moharram) sera célébré ce mercredi 17 juin au Maroc

Le 1er Moharram de la nouvelle année de l’Hégire 1448 correspondra au mercredi 17 juin 2026, a annoncé le ministère des Habous et des affaires islamiques.

Adouls : la Cour constitutionnelle valide l’essentiel de la réforme, mais écarte plusieurs dispositions
DROIT

Article : Adouls : la Cour constitutionnelle valide l’essentiel de la réforme, mais écarte plusieurs dispositions

Saisie par 93 députés avant la promulgation du texte, la Cour a déclaré non conformes des articles touchant aux incompatibilités professionnelles, aux personnes en situation de handicap, au témoignage collectif dit “lafif” et à l’organisation des instances représentatives. Le texte devra donc être corrigé sur ces points, sans remettre en cause le cœur de la nouvelle loi 16.22.

En commission, les conseillers votent la nationalisation de la Samir et le plafonnement des hydrocarbures
POLITIQUE

Article : En commission, les conseillers votent la nationalisation de la Samir et le plafonnement des hydrocarbures

Deux propositions de loi portant sur les hydrocarbures et la Samir ont été récemment adoptées en commission à la Chambre des conseillers. Un vote "surprise" rendu possible par un rapport de forces numérique défavorable à la majorité, lors d’une séance où l’opposition était majoritaire en nombre. Si ces textes ont franchi l’étape de la commission, leurs promoteurs sont conscients qu’ils ont peu de chances d’être adoptés en plénière.

Retail : la guerre silencieuse pour conquérir le panier des Marocains
ECONOMIE

Article : Retail : la guerre silencieuse pour conquérir le panier des Marocains

Pendant longtemps, les courses du quotidien se sont surtout jouées entre l’épicier du quartier, le grossiste et quelques grandes surfaces. Ce modèle commence à se fissurer. Entre fusion capitalistique, rachats d’enseignes, master-franchises, centrales d’achat, logistique commune et formats de proximité, les grands opérateurs installent peu à peu des réseaux capables d’accompagner le consommateur du café du matin aux achats du week-end. Non sans bousculer les équilibres.

Crédit du Maroc : ce que cache l’augmentation de capital à 699 MDH
Actus

Article : Crédit du Maroc : ce que cache l’augmentation de capital à 699 MDH

Depuis son passage sous le contrôle de Holmarcom, Crédit du Maroc a changé de rythme. La banque affiche des bénéfices en hausse, prépare son plan CDM Boost 2028, et propose désormais à ses actionnaires de suivre le mouvement via une opération ouverte du 26 juin au 16 juillet. Derrière le prix fixé à 938 DH par action, le marché devra surtout juger si cette nouvelle étape confirme une trajectoire ou ouvre un pari plus large. Décryptage.

Nador West Med : derrière le port, le pari industriel de l’Oriental
ECONOMIE

Article : Nador West Med : derrière le port, le pari industriel de l’Oriental

ROUND UP. Prévu pour entrer en service fin 2026, Nador West Med se construit déjà au-delà de ses quais : routes dédoublées, future autoroute vers Guercif, projets chinois dans l’éolien, les pneus et les alliages, ambition énergétique autour du GNL et de l’hydrogène vert. L’enjeu est désormais de transformer cette infrastructure en véritable moteur économique régional.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité