Allal Boussata
ÉconomisteLa paradoxale résistance du dirham : un frein à l’économie marocaine ?
Le dirham marocain affiche une forte résistance face à l’euro, défiant toutes les logiques économiques. Pendant que le Maroc enregistre un déficit commercial abyssal, que les transferts des MRE chutent, et que le dollar s’effondre, notre monnaie, elle, se renforce. Même la flexibilité accrue du dirham, théoriquement censée refléter les fondamentaux du marché, ne semble pas infléchir cette tendance. Comment expliquer ce paradoxe ? Et surtout : à quel prix pour notre économie ?
Tout d’abord, si nous regardons de près les fondamentaux du marché, nous pouvons constater :
- Un déficit commercial structurel : nos importations (énergie, biens d'équipement…) dévorent nos recettes d’exportations (automobile, phosphates,..). Ce déficit s’est établi à 71 milliards de DH à fin mars 2025. Ce chiffre représente une aggravation de 17% par rapport à fin mars 2024 où le déficit était de 60,7 milliards de DH, créant, théoriquement, une pression à la baisse sur la monnaie nationale.
- Un transfert des MRE en baisse : première source de devises du pays, les transferts de fonds effectués par les MRE ont chuté de 3% à fin mai 2025 en comparaison à la même période de l’année 2024. Ce repli prive, théoriquement, le dirham d’un soutien vital.
- Un dollar faible : la valeur du dollar américain (USD) a chuté d’environ 10 % epuis le début de l’année 2025. Alors que le dirham est indexé à 60% sur l’euro, la chute du dollar a dû renforcer l’euro… et donc affaiblir, théoriquement, le dirham. Or, le dirham, lui, résiste face à l’euro.
En dépit de ces constats, le dirham reste, paradoxalement, "trop cher", ce qui étrangle l’économie nationale. En effet, avec un dirham fort, nos produits perdent en compétitivité. Les secteurs clés comme le textile et l’agroalimentaire voient leurs marges s’éroder face à la concurrence turque ou égyptienne. Même effet sur le secteur touristique, le Maroc devient trop cher pour les visiteurs européens comparé aux autres pays de l’Afrique du nord ou du sud de l’Europe. Pire encore, la vigueur du dirham favorise les importations massives, noyant sous les produits étrangers (subventionnés ?) nos entreprises fragiles.
Avec cette résilience inédite du dirham qui profite principalement aux importateurs, qui voient leurs coûts baisser avec une monnaie forte alors que nos exportateurs et producteurs locaux suffoquent, on ne peut s’empêcher de poser la question suivante :
La politique monétaire marocaine est-elle otage d’un lobby importateur, sacrifiant la souveraineté économique et l’emploi sur l’autel de profits privés ?
Il est urgent que Bank Al-Maghrib et le gouvernement clarifient leur stratégie : vouloir un dirham "fort" peut-il justifier l’affaiblissement de toute une économie ?
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