Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.La madeleine du pauvre
La fonction de la mémoire est un formidable processus qui fait parfois remonter à la surface les bribes de certaines réminiscences étranges sans être extraordinaires. En effet, à la faveur d’un évènement futile ou de l’évocation banale d’un passé plus ou moins lointain, voilà qu’elle nous renvoie telle petite souvenance tapie entre l’effacement et l’oubli.
Il n’y a là rien de bien mystérieux ni de nouveau diront, à raison, les lecteurs chics et avertis de « La recherche du temps perdu » en brandissant la fameuse madeleine, élément déclencheur de l’œuvre de Marcel Proust. Sans ce banal évènement où le petit Marcel trempe une madeleine servie par sa mère dans une tasse de thé, nulle "Recherche du temps perdu" et point de "Temps retrouvé", titre du septième et dernier tome de son œuvre. C’est dire si cette petite friandise et sa réminiscence ont joué un rôle important dans l’histoire de la littérature universelle. Et c’est peut-être pour cela aussi que la madeleine de Proust est devenue le cliché littéraire par excellence.
Alors va pour le cliché, car, comme disait Hitchcock qui n’avait rien contre les figures de styles éculées tant qu’ils les transformait en suspens haletants : « il vaut mieux partir d’un cliché que d’y finir. »
A chacun donc sa madeleine, et ici il sera plutôt question d’un biscuit dont le goût quasi neutre et la texture assez sèche n’ont rien de commun avec ces gâteaux aux multiples fausses saveurs et couleurs qui circulent aujourd’hui dans le commerce. Bref, c’est la madeleine du pauvre. Pas de quoi inspirer une œuvre littéraire, mais son évocation n’en suscite pas moins une foison de souvenirs et de réminiscences chez l’enfant des rues étroites.
C’était au temps de jadis, à l’heure du goûter, c’est-à-dire n’importe quand. Lorsqu’un fond de verre de thé froid et sucré accueille les débris d’un biscuit effrité formant une pâte onctueuse qui avait le goût du bonheur et la douceur de l’insouciance. Cette souvenance qu’on n’oserait qualifier de proustienne a surgi en lisant une étrange information récente sur la marque de biscuit Oréo et sa « non-certification halal ». Interpellé, le ministère des Habous a été bien inspiré de publier un communiqué pour dire qu’il n’est pas du ressort de ce département de réglementer ou contrôler les produits alimentaires. Curieusement et juste avant, un site électronique algérien se demandait, dès le 18 décembre, si ces biscuits ronds , noirs en forme de jetons de casino et enfermant une garniture blanche supposée être du lait ne contenaient pas du porc.
Mus par un rare sens du professionnalisme dont ils ne font jamais montre pour d’autres questions, les journalistes sont allés jusqu’à contacter l’usine qui produit ces biscuits pour avoir des clarifications à ce sujet. La réponse, selon ledit site : « l’agence en charge des relations-presse des marques Mondelez en France qui produisent ces biscuits affirme que les produits, même s’ils n’ont pas de certification halal, ne contiennent pas d’ingrédients proscrits par la religion musulmane. » Halléluiah ! (Dieu soit loué).
En fait la question de la certification halal de ce biscuit est récurrente sur la Toile depuis quelque temps et il n’est pas le seul produit alimentaire à susciter une suspicion d’ordre religieux ou cultuel. En revanche, si revanche il y a, on s’interroge peu ou rarement sur l’origine, la traçabilité et la composition de nombreux produits de consommation, sur les ingrédients, les doses des entrants, des émulsifiants et autres additifs. Certes, le bien-être spirituel est important et légitime, mais celui, physique et sanitaire, ne l’est-il pas tout autant ?
En tout état de cause, on ne sait pas si cette petite friandise en noir et blanc qui émeut la Toile aujourd’hui fera surgir quelques souvenirs proustiens chez les petits quand ils seront assez vieux pour en avoir. D’autres générations en ont eu à profusion avec une autre marque dont l’emballage devenu vintage porte les deux couleurs improbables d’une nostalgie qui n’est plus ce qu’elle était : Henry’s. On a mis du temps pour savoir, plus tard, que M. Henri existait bel et bien, sans le Y qui a été ajouté pour faire « chic et noble » et l’apostrophe avant le S pour faire « so british ». Désormais, pour le peuple d’écoliers des années soixante de notre enfance insouciante, il y aura la Chèvre de Monsieur Seguin et le Biscuit de Monsieur Henri. Vive l’école publique et vive l’enfance !
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